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Combien coûte une médaille des Jeux Olympiques à la revente?

Les médailles peuvent rapporter beaucoup aux athlètes qui décident de les vendre après les avoir gagnées. Un marché qui reste souvent discret car de nombreux athlètes éprouvent une certaine gêne à se séparer de leur breloque.
  • Que deviennent les médailles d'or, d'argent et de bronze après la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques?

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  • En décembre 2013, la seule médaille d'or authentifiable de Jesse Owens (ci-dessous sur le podium du 100m au JO de Berlin en 1936) a été vendue pour 1'466'574$ à un riche collectionneur américain.

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  • La maison d'enchères française Drouot a récemment vendu un lot de médailles avec une médaille des JO d'hiver de 1968 (à droite).

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Plusieurs dizaines de médailles figurent dans les collections du Musée Olympique à Lausanne. Mais loin d'Ouchy, plusieurs milliers de breloques dorment au fond des tiroirs ou prennent la poussière sur les murs d'appartements, chez des athlètes ayant connu leur heure de gloire lors d'olympiades du passé. A lui seul, le nageur américain Michael Phelps en détient 28 depuis quelques jours, dont 23 en or. Et pour les seuls JO de Rio, 2488 médailles sont attribuées (812 en or, autant en argent, 864 en bronze). Si, après la cérémonie de clôture des jeux, certains champions les conservent précieusement, d'autres ne tardent pas à s'en défaire.

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C'est ainsi que l'ancienne cycliste Erika Salumäe, qui avait remporté l'or en vitesse à Séoul en 1988 (sous le maillot soviétique) et à Barcelone en 1992 (sous le maillot estonien), a vendu en 2013 ses deux médailles. Vivant en Espagne et souffrant de problèmes de dos, elle avait besoin de revenus pour financer des soins médicaux et opérations chirurgicales. Confiée à la maison d'enchères Graham Budd, la vente avait rapporté 100'000 francs à la championne retraitée. D'autres athlètes ont fait de même, pour des raisons très variées. Le hockeyeur américain Mark Wells (Or, 1980) avait dû se séparer de sa médaille pour financer un traitement médical lié à une maladie rare touchant sa moelle épinière (l'acheteur l'avait ensuite revendue en 2010 pour 310'700$).

D'autres vendent leur médaille pour soutenir une cause qui leur tient à coeur. Le boxeur Wladimir Klitschko avait fait gagner à l'Ukraine la toute première médaille d'or de son histoire en 1996: désireux d'inciter les jeunes de son pays à se mettre au sport, il avait mis l'objet aux enchères et avait récolté plus d'un million de dollars pour la Klitschko Brothers Foundation, qui finance la construction de stades et installations sportives pour les enfants dans son pays. Même démarche altruiste de la part du nageur américain Anthony Ervin (or, 2000) qui a récolté 17'101$ par le biais d'une vente sur eBay, somme qu'il a remise aux victimes du tsunami de l'océan indien.

Les motivations de vente des athlètes

Et certains vont encore plus loin dans leur démarche. Toujours dans les bassins, la nageuse polonaise Otylia Jedrzejczak (or, 2004) avait annoncé avant même les Jeux d'Athènes que toutes les récompenses qu'elle pourrait remporter seraient vendues au profit d'oeuvres de bienfaisance. Victorieuse en 200m papillon, elle a tenu promesse et conservé sa médaille juste le temps de l'arborer lors de la cérémonie de clôture. Quelques temps plus tard, elle récoltait 80'000$ en vendant l'objet et remettait la somme à une association soutenant les enfants atteints de leucémie en Pologne. «Je n'ai pas besoin de la médaille de me rappeler. Je sais que je suis le champion olympique. C'est dans mon cœur», affirmait-elle alors.

Enfin, il reste certains athlètes pour qui la vente n'est pas motivée par la somme qu'ils peuvent en retirer (à leur bénéfice ou pour une oeuvre caritative), mais par le fait de se débarrasser de la breloque. Si certains choisissent de jeter purement et simplement l'objet, d'autres les vendent. A l'instar du gymnaste allemand Andreas Wecker (or, 1996), qui souhaitait «(se) libérer de son passé, de (sa) vie antérieure, faite de péchés»: l'homme avait rejoint un courant évangélique prônant un mode de vie détaché de tous les biens matériels. La somme obtenue en contrepartie de sa médaille (26,37€) prouve que l'argent n'était de loin pas son intérêt premier...

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De l'autre côté, si l'identité l'acquéreur des récompenses d'Erika Salumäe et de la plupart des autres pièces commémoratives des victoires n'a pas révélée, il existe différentes destinations pour les médailles. Tout d'abord le Musée Olympique de Lausanne, qui missionne pendant les Jeux des envoyés spéciaux chargés de collecter des artefacts en lien avec l'événement, comme le relatait 24Heures voici quelques jours. Mais pour ces envoyés, le défi est de réussir à convaincre les athlètes de leur confier les breloques (et autres artefacts) sans contrepartie sonnante et trébuchante. Mais, comme le confiait Yasmin Meichtry au quotidien vaudois, «il existe un véritable marché des memorabilia sportifs, qui se négocient très cher».

Or, ce marché reste assez mystérieux. D'une part en raison de la pudeur des athlètes qui rechignent à reconnaître qu'ils se séparent du symbole ultime de leur succès planétaire contre une somme d'argent. D'autre part car les acquéreurs ne souhaitent pas être sous les feux de la rampe. Mais pourquoi acheter une médaille?

La valeur des métaux précieux dans les médailles

La dénomination des récompenses laisse penser que les acheteurs pourraient être intéressés par le métal précieux contenu dans l'objet (au moins pour l'or voire l'argent, moins pour le bronze). Mais si les médailles ont été très largement composées d'or, d'argent et de bronze lors des premières olympiades modernes (1896, 1900, 1904, 1908 et 1912), la Première Guerre Mondiale et la multiplication des disciplines en lice ont eu raison de cette composition précieuse. De ce fait, seules les (rares) médailles de ces premiers Jeux modernes représentent encore un intérêt pour les métaux précieux. La plupart ont toutefois disparu, souvent fondues pendant les périodes de guerres ou de crise pour que leurs détenteurs puissent monnayer l'or et l'argent.

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La part de métal précieux a varié entre les deux conflits mondiaux et depuis 1948, jusqu'à ce que le Comité international olympique (CIO) n'édicte ses règles: une médaille doit mesurer au minimum 60mm de diamètre, pour une épaisseur de 3mm minimum. La médaille d’or doit être recouverte de 6 grammes d'or pur au moins, présenter une composition avec une teneur minimale de 92,5 % d’argent. Pour sa part, la médaille d’argent doit présenter la même composition, sans la dorure. Quant à la médaille de bronze, le CIO précise qu'elle doit être principalement composée de cuivre, avec un peu d’étain et de zinc. A Rio, les organisateurs ont conçu avec Casa do Moeda do Brasil des médailles plus lourdes (500g) et plus écologiques (30% de matériaux recyclés) que celles des précédents Jeux. La pureté de l'or est très élevée (99,2%), de même que celle de l'argent (92,5%). Et des médailles moins nocives pour l'environnement, l'or ayant été extrait sans recours au mercure, comme l'expliquent les organisateurs sur le site officiel des JO: «les athlètes qui seront sur la plus haute marche du podium recevront des médailles dont l’or a été extrait sans recours au mercure, et qui ont été produites en respectant des critères stricts de durabilité depuis l’extraction jusqu’à la frappe de la médaille».

Au final, le bronze ne présentant pas une valeur exceptionnelle en tant que métal, chaque médaille d'or vaut 550 francs et chaque médaille d'argent vaut 320 francs, selon les cours actuels de ces deux matières premières. Pas de quoi déchaîner en soi l'appétit des acheteurs.

Ceux-ci accordent généralement bien plus d'importance au symbole. Une médaille d'argent obtenue dans une discipline peu médiatisée par un athlète méconnu pour le compte d'un pays qui truste les récompenses sera souvent moins bien cotée qu'une médaille d'or au 100m ou au marathon remportée par Usain Bolt ou une autre star. C'est ainsi que la seule médaille authentifiable de Jesse Owens lors des JO de 1936 (les trois autres ont eu un parcours tortueux qui fait peser des doutes sur leur authenticité) a été adjugée en décembre 2013 pour 1'466'574$ lors d'une vente aux enchères.

Milliardaires et passionnés

Pour cette transaction, la maison d'enchères SCP Auctions a révélé que l'acquéreur n'était autre que Ron Burkle, richissime copropriétaire de la franchise de hockey NHL des Pittsburgh Penguins. Comme le révèle ESPN, l'homme est un collectionneur qui détient également le Nobel de littérature décerné à William Faulkner en 1949. Il aurait des projets de mise sur pied d'une institution ouverte au public pour découvrir ces témoins de l'histoire.

Selon CNBC, le plus grand collectionneur de médailles olympiques au monde est un Américain souhaitant garder l'anonymat qui détiendrait des médailles d'or, d'argent et de bronze de toutes les olympiades sauf quatre d'entre elles jusqu'aux Jeux d'hiver de Vancouver. Une passion qui lui aurait déjà coûté plusieurs centaines de milliers de dollars.

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Tous les collectionneurs ne sont toutefois pas aussi fortunés. Certains sont mûs par la passion, à l'instar de Dave Schmidt, qui fut arbitre de boxe et prit part à ce titre aux Jeux de Tokyo en 1964 et de Mexico en 1968. S'il a lui-même ramené une médaille de ces rendez-vous, elle n'était que commémorative et pas liée à un podium. Mais sa fièvre de collectionneur et son amour pour les Jeux olympiques l'a poussé depuis de nombreuses années à collecter tout ce qu'il peut en lien avec les JO, des torches aux bannières de délégations en passant par des billets de spectateurs, comme le relate The News Tribune. Parmi les pièces les plus rares, il a en sa possession une médaille des Jeux d'Athènes de 1896, une médaille de vainqueur en aluminium (!) des Jeux de Stockholm en 1912, ou encore une médaille d'argent en judo féminin lors des Jeux de Pékin en 2008. «J'aime le fait de savoir que chacune de ces médailles a un jour appartenu à un athlète qui a pris part à la compétition», explique-t-il.

Il avoue n'avoir vendu qu'une seule des médailles qu'il ait eus en sa possession: une breloque des Jeux de 1904 pour laquelle il a touché 20'000$. Quant aux autres médailles, il les conserve précieusement, même s'il n'a pas hésité, pendant de nombreuses années, à les présenter au public dans le cadre d'un club de collectionneurs de Tacoma, dans la banlieue de Seattle. Pour devenir propriétaire de ces médailles, il a déboursé à chaque fois de quelques dizaines à plusieurs milliers de dollars. Mais il reconnaît qu'aujourd'hui, le marché s'est ralenti, avec «moins de transactions qu'il y en a eu par le passé».

Des prix très variables

Pas de panique toutefois pour les collectionneurs: il reste des occasions de racheter des médailles. La maison d'enchères française Drout a ainsi récemment vendu pour 26€ un lot de quatre médailles dont une des Jeux olympiques d'hiver de 1968. Bien loin donc des sommes astronomiques des ventes de médailles les plus emblématiques de l'histoire, comme celle de Jesse Owens. Preuve que les prix des médailles peuvent fortement varier.

Pour conclure sur une note plus heureuse: certains acquéreurs n'achètent pas ces médailles pour leur seul plaisir égoïste mais font preuve de pure générosité. Ainsi, la personne (restée anonyme) qui avait acheté la médaille du boxeur ukrainien Wladimir Klitschko la lui a immédiatement rendue sans contrepartie. Le fruit de la vente était resté à la Klitschko Brothers Foundation. Et la médaille a retrouvé sa place dans une étagère de la maison du boxeur.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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