Bilan

Chine: la finance est en ébullition

Ouverture des capitaux, possibilité de prendre le contrôle de banques chinoises... Analyse des grandes mutations qui auront un impact pour les banques et les investisseurs.
  • Les bourses de Shanghai (photo) et de Shenzhen sont maintenant connectées.

    Crédits: Dr

L’Asie est connue pour être le principal relais de croissance des banques suisses dans la gestion de fortune. Mais en ce qui concerne la clientèle chinoise, il s’agit, dans la grande majorité, de gestion de fortune offshore. Soit la gestion des avoirs à l’étranger de Chinois fortunés, que celle-ci soit réalisée depuis les hubs proches de Hongkong et Singapour, ou depuis d’autres juridictions internationales.

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Une raison simple à cela: la Chine continentale est particulièrement stricte et restrictive en matière financière. Cependant, une véritable révolution est à l’œuvre, avec une libéralisation des marchés sans précédent pour le pays. 

La porte ouverte aux investisseurs étrangers

La Chine met en place de nombreuses mesures pour développer les investissements étrangers en Chine continentale, permettre aux Chinois d’investir en dehors des frontières et faciliter les activités des établissements étrangers sur le sol chinois. Pékin a ainsi annoncé en fin d’année que les investisseurs étrangers pourront détenir une part majoritaire dans les entreprises financières, mettant fin à la limite de 49%. D’ici à 2020, ils pourront même en posséder 100%. Le plafond de 25%, fixé pour les participations étrangères dans les banques chinoises, sera lui aussi supprimé.

Côté investissement, le programme Stock Connect, entamé l’an dernier, a permis de relier les Bourses de Shanghai et Shenzhen et d’ouvrir environ 70% du marché chinois des A-shares (entreprises domestiques et listées sur les deux places précitées) aux investisseurs étrangers, et environ 85% des H-shares (domestiques et listées sur Hongkong). Un vrai succès car, en septembre 2017, les avoirs d’investisseurs étrangers détenant des A-shares avaient augmenté de plus de 50% en un an.

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Son pendant obligataire, le programme Bond Connect, vise également une ouverture plus grande aux investisseurs étrangers. «Le marché des obligations chinoises est devenu le troisième au monde, avec 9000 milliards de dollars. Je pense qu’il va doubler dans les cinq années à venir pour devenir le deuxième, juste après les Etats-Unis», anticipait Sergio Ermotti, CEO d’UBS, lors de la Greater China Conference, organisée par la banque début janvier.

Parmi les 300 conférences mises en place par l’établissement chaque année dans le monde, la plus imposante se tient en effet à Shanghai, ce qui donne une idée de l’importance qu’il accorde à ce marché. La Greater China Conference a enregistré plus de 2000 participants, en hausse de 20% sur un an. Une délégation suisse de journalistes, dont Bilan faisait partie, a pour la première fois été invitée à ce rendez-vous organisé depuis 2001, essentiellement destiné aux clients et partenaires. 

UBS fait partie des précurseurs, avec une présence établie en Chine continentale dès 1989. L’objectif de la banque est de capter une bonne part de la croissance des richesses du pays. UBS renforce d’ailleurs sensiblement ses effectifs dans la région: le cap des 1000 employés vient d’être dépassé, alors que cet objectif avait été fixé pour 2020. Pour 2018, près de 200 engagements sont prévus en Chine, d’après Kathryn Shih, présidente de la zone APAC pour UBS. 

Richesse et compétition s’accentuent

Dans les premiers jours de janvier, Yang Huiyan, à la tête de la société immobilière Country Garden, a vu la valorisation de son entreprise gagner plus de deux milliards en quatre jours. A 36 ans, elle est ainsi devenue la cinquième fortune et la plus jeune milliardaire de Chine, avec plus de 25 milliards de dollars. L’anecdote est symptomatique de la création de richesses phénoménale en Chine, sans compter une classe moyenne aisée qui se constitue à vive allure. UBS s’attend à ce que la fortune des milliardaires chinois dépasse celle des Etats-Unis dans la décennie à venir.

Tout n’est pas rose pour autant. Dans un article de décembre dernier consacré à la gestion de fortune, le Financial Times titrait: «The decline of the Swiss private bank.» Le journal commençait par rappeler qu’UBS est effectivement leader du private banking en Asie en termes de montants sous gestion, suivi par Credit Suisse (3e), et de Julius Baer (5e). Mais le Swissness perdrait de sa superbe, au profit des banques asiatiques locales, plus proches culturellement de la nouvelle génération de millionnaires.

D’après les derniers chiffres annuels disponibles (pour 2016) compilés par Asian Banker, Bank of Singapore a augmenté ses montants sous gestion de 44% en un an, UOB Private Bank de 23%, et DBS de plus de 8%. Ceux d’UBS n’auraient augmenté que d’un peu plus de 4%, même si on peut arguer que la base de comparaison est nettement plus élevée. La compétition est également de mise avec les gérants américains, notamment Citi, deuxième figure du private banking en Asie, qui compte engager près de 100 personnes en Chine continentale en 2018. 

Toujours minoritaires 

Si les banques suisses ont su se positionner en Asie, elles sont encore minuscules en Chine continentale. Mais elles ne sont pas les seules. Une récente étude de KPMG permet de se rendre compte du gouffre qui sépare les banques locales et étrangères en Chine continentale. 

D’après le Mainland China Banking Survey 2017, le montant total des actifs des banques étrangères en Chine continentale est passé de 92,8 à 2680 milliards de renminbis entre 2006 et 2015, avec une croissance annuelle d’en moyenne 20%. Mais leur part de marché ne s’étend pas pour autant: la part des actifs détenus par les banques étrangères par rapport à la totalité des actifs dans le secteur bancaire chinois a même baissé, passant de 2,38% en 2007 à 1,38% en 2015.

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Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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