Bilan

Ces attitudes qui entravent le futur

Des biais comportementaux freinent la capacité de nombreuses personnes à constituer une épargne pour leur retraite. Les comprendre permet de mieux évaluer les enjeux à long terme.

L’évolution démographique et le vieillissement de la population amènent les personnes actives à s’interroger sur le niveau d’épargne nécessaire qu’il leur faudrait planifier afin de s’assurer une «deuxième vie active» convenable. Cependant, ce processus est soumis à des biais comportementaux, qu’il convient de comprendre pour en mesurer les enjeux.

Le Prix Nobel d’économie Richard H. Thaler, théoricien de la finance comportementale, aborde, dans son dernier ouvrage Misbehaving, la question de l’épargne liée à la préparation de la retraite. Il met en avant les principales raisons d’ordre comportemental pour lesquelles une personne ne réussirait pas à suffisamment économiser pour sa retraite. Analyse de trois d’entre elles.

L’inertie

Nombre d’assurés estiment qu’ils devraient économiser davantage et prévoient de s’y mettre… prochainement. Or, le temps passe et ils regrettent de ne pas avoir commencé plus tôt! Cela est encore plus flagrant lorsque l’assuré a le choix entre plusieurs taux d’épargne dans sa caisse de pension. Car une fois que l’assuré adhère à un des plans de prévoyance de l’entreprise, il en change rarement. Cependant, il serait opportun de vérifier si sa caisse de pension offre cette possibilité. Sinon, il peut être judicieux d’utiliser la prévoyance individuelle afin d’optimiser son épargne. 

En effet, le pilier «3a» permet d’investir comme suit: un assuré assujetti à une caisse de pension peut verser un maximum de 6826 fr. par année. S’il ne cotise pas à une caisse de pension, il peut verser annuellement jusqu’à 20% de son revenu provenant d’une activité lucrative, mais au maximum 34 128 fr. L’intérêt en est l’économie fiscale. 

Prenons un cas pour illustrer ce propos: Kathy, 40 ans, cadre dans une entreprise, avec un revenu annuel imposable de 102 000 fr., domiciliée à Lausanne, avec un taux marginal d’imposition de 35,8%. Si elle investissait les 6826 fr., elle économiserait environ 2444 fr. par an. Pour résoudre le problème potentiel de l’inertie, il faudrait qu’elle opte pour un versement automatique via un ordre permanent.

Savoir qu’il faudrait économiser davantage ne suffit pas pour s’y mettre concrètement. (Crédits: Artpuppy/Getty images)

L’aversion à la perte

Il existe une certaine résistance à investir dans des périodes de forte volatilité des marchés et de «méfiance» envers les caisses de pension. Néanmoins, les institutions sont très contrôlées par les Autorités de surveillance LPP et des fondations, qui s’assurent qu’elles respectent les dispositions légales et que la fortune est employée conformément à sa destination, notamment la retraite. Cela dit, il est important de se renseigner sur l’état
de la caisse de pension, surtout en termes de rendement par année. 

Imaginons que Kathy vienne de changer d’employeur et que sa nouvelle caisse de pension offre de meilleures prestations. Dans le cadre des années de rachat à effectuer, elle décide d’investir 10 000 fr. par année pendant dix ans. A la retraite, elle retirera le capital ainsi accumulé. Sa nouvelle caisse de pension verse en moyenne 2,56% de rendement. Le rendement moyen net de ce placement est de 4,28%. Il s’explique par l’effet fiscal de la déduction de son investissement. Dans ce cas, l’aversion à la perte n’est pas justifiée. 

Le self-control

L’être humain ferait preuve d’un self-control plus important quand il s’agit d’envisager l’avenir que lorsqu’il s’agit d’appréhender le présent. On préférerait donc se faire plaisir maintenant, au lieu d’attendre pour avoir une «meilleure récompense» plus tard et, ainsi, repousser le moment d’épargner. La meilleure manière de pallier cet obstacle est d’être plus réaliste et de mieux évaluer les enjeux à long terme!

* Directeur, conseil patrimonial et prévoyance, BCGE

Albert Gallegos*

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