Bilan

Cap sur l’Amérique pour un été profitable

Quels seront les meilleurs rendements pour les mois à venir? Les spécialistes conseillent de réinvestir dans la bourse américaine. Côté secteur, ils privilégient les valeurs bancaires et la pharma.
  • A l’image de Captain America veillant sur l’ouverture de la Bourse de New York, les investisseurs ont les yeux rivés sur les titres américains. Crédits: Richard Drew/Keystone
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  • Oerlikon figure parmi les titres à privilégier. Crédits: Dr

 Est-ce le bon moment pour investir dans les actions? La question revient régulièrement ces derniers mois. Pour de nombreux analystes, le potentiel de hausse de ces actifs est bien là, mais il faut être sélectif dans ses choix. Comme en 2012, le «stock picking» est la clé de la performance. Pour rappel, l’année dernière a été un bon cru pour les bourses, qui ont réalisé un rendement total de 14% sur l’année. Et, pour l’instant, 2013 affiche des taux à deux chiffres: l’indice MSCI au niveau monde réalise du 15% depuis janvier et l’indice suisse est le seul en Europe qui se porte mieux que le baromètre mondial.

Selon les prévisions des spécialistes, la consolidation amorcée à la mi-mai devrait se poursuivre les mois d’été. Puis les marchés devraient reprendre leur envol. En effet, l’environnement de taux d’intérêt bas, la faible inflation et des prévisions de croissance globale en hausse pour 2014 (4% contre 3-3,5% en 2013) favorisent ces actifs. D’ailleurs, les indices boursiers ont beaucoup progressé ces derniers mois.

«Les niveaux d’évaluation des titres sont raisonnables, surtout en Europe. Nous recommandons d’être un peu plus prudent au second semestre de cette année, car les marchés seront un peu plus volatils. Nous préférons donc des titres avec de la visibilité à long terme. Mieux vaut jouer la simplicité dans un environnement complexe en misant sur des valeurs solides et stables», explique Jérôme Schupp, responsable de la recherche à la Banque Syz & Co.

En outre, la santé financière des entreprises reste bonne, avec une reprise des fusions et acquisitions. L’analyste estime que le marché est en phase avec l’économie réelle. La publication des résultats des sociétés est globalement bonne et supérieure aux attentes des spécialistes de la finance dans près de 70% des cas.

«La situation est moins brillante si on analyse l’évolution des chiffres d’affaires, car seules 50% des entreprises battent les attentes sur ce point», tempère Michel Thierrin, stratégiste actions à la BCV.

Cet été, l’intérêt pour les titres de participation prend d’autant plus d’importance pour un investisseur à la recherche de rendement que le contexte économique n’est pas très attractif pour tous les placements. En effet, peu d’actifs offrent des gains avec les taux bas du marché. Les obligations d’Etat de la Confédération montrent un rendement quasi nul.

Laisser ses avoirs en compte donne un résultat très similaire. De plus, les politiques monétaires des banques centrales plutôt accommodantes engendrent une abondante liquidité.

Le fait qu’elles ont prévu de poursuivre sur cette voie favorise la prise de risque sur les actions. Même si on ne peut exclure la possibilité que cette générosité des instituts centraux s’arrête, ou du moins diminue, les marchés retrouvent vite leur calme. Pour celui qui ose une prise de risque, certaines zones géographiques et certains secteurs se démarquent.

Investir par région

Aux Etats-Unis, il est recommandé de mettre l’accent sur les valeurs américaines ou sur des valeurs très exposées outre-Atlantique. En effet, les perspectives économiques y sont parmi les meilleures du monde développé. «Même si la croissance prévue au second semestre n’est pas exceptionnelle, soit de l’ordre de 2 à 2,5%, le pays possède les fondamentaux les plus forts», explique Michel Thierrin.

Si la macroéconomie n’est pas le moteur de la bourse, plusieurs facteurs favorisent la croissance américaine. La reprise à la hausse du marché immobilier, le fait que les ménages soient moins endettés et plus confiants qu’auparavant, l’amélioration des conditions de prêts, la baisse des coûts de l’énergie suite à une augmentation de la production indigène. Du moins pour l’instant. Certains analystes prédisent encore une hausse entre 5 et 10% sur le marché des actions américaines d’ici à la fin de l’année.

En Europe, en revanche, la situation est plus contrastée. La récession perdure cette année, mais 2014 devrait reprendre le chemin de la croissance. Les taux de chômage continuent d’afficher des niveaux inquiétants, et de nombreux Etats peinent à réduire leur endettement.

Depuis que la Banque centrale européenne (BCE) a lancé un programme de rachat d’obligations des pays en crise, les marchés se sont repris. Les actions ont déjà intégré dans leurs cours les mauvaises nouvelles. En outre, les sociétés européennes ont bien résisté à la crise de la dette. Nombre d’entre elles ont maintenu leur rentabilité et offrent des valorisations attractives aujourd’hui. Selon Syz & Co, les titres européens pourraient encore croître de 5 à 10% jusqu’au 31 décembre 2013.

Un thème d’investissement porteur en Europe? Les valeurs exportatrices. Soit des entreprises qui réalisent une partie de leur chiffre d’affaires hors du continent, notamment dans les pays émergents.

Elles s’assurent ainsi une croissance soutenue et des revenus pour ces prochaines années. Par ailleurs, les valeurs allemandes sont à suivre avec attention, selon BNP Paribas Wealth Management. Un peu plus risquée, l’Italie, dont l’économie repose sur la finance et l’industrie, est aussi digne d’intérêt. 

Concernant la Suisse, le marché secondaire représente un certain attrait. De petites et moyennes capitalisations, qui montrent des carnets de commandes encourageants, affichent des potentiels d’appréciation attractifs d’ici à la fin de l’année. Par exemple Oerlikon, Implenia ou encore Walter Meier. 

Dans les pays émergents, qui offraient jusqu’à présent de belles opportunités, la prudence est aujourd’hui de mise. Récemment encore, la Turquie, agitée par une crise politique, a vu ses valeurs chuter. Un excès de volatilité a soufflé sur le marché en un rien de temps.

Tous les grands pays de cette catégorie – Brésil, Russie, Chine, Hongkong – ont déçu en bourse. Leurs indices sont en très faible hausse, voire dans le rouge. Les régions très dépendantes du prix du pétrole et des matières premières ont subi les revers de la chute des prix des ressources naturelles. Certaines peinent à échapper à des problèmes plus structurels.

Comme l’Inde, qui doit lutter contre une forte inflation, supérieure à celle existant dans d’autres pays. Ou encore la Corée, qui souffre de la compétitivité du Japon. En revanche, les performances restent plus attractives sur les plus petits marchés émergents, telles la Thaïlande, l’Indonésie ou encore l’Arabie saoudite.

«Les perspectives économiques sur ces marchés frontières sont excellentes. Les taux de croissance sont hauts, l’endettement des gouvernements peu élevé et l’inflation maîtrisée», explique Jean Médecin, membre du comité d’investissement de Carmignac Gestion.

Au Japon, l’économie est sortie de son marasme depuis novembre 2012, avec le lancement de plusieurs mesures fortes du gouvernement et de la Banque centrale pour accroître le PIB. Il n’est pas inintéressant de participer activement à la restructuration et au développement du pays et d’acquérir une exposition japonaise, surtout si on a raté le rally de ce premier trimestre.

Comme tous les marchés, le Japon a corrigé fortement depuis le 23 mai 2013. La tendance reste haussière mais très volatile sur ce marché où il est recommandé de privilégier les valeurs exportatrices et les financières (lire aussi en pages 74 et 75).

Les secteurs à privilégier

Une remontée des taux d’intérêt, toujours à craindre, pourrait coûter cher aux sociétés très endettées, comme les télécommunications et les utilitaires. Le doute plane sur la force future de leurs cash-flows et de leurs bénéfices. «Nous devrions assister à une rotation progressive des secteurs.

Les défensives, et en particulier le secteur de la consommation de base qui présente aujourd’hui une prime de valorisation importante, devraient sous-performer. Il nous semble aujourd’hui judicieux d’augmenter graduellement notre exposition à des secteurs plus cycliques», explique Dominique Schulthess, spécialiste actions chez BNP Paribas Wealth Management.

Par ailleurs, les valeurs de rendement offrant une bonne visibilité en termes de résultats et de sécurité ont la cote. C’est le cas notamment du luxe ou de certaines sociétés comme Nestlé ou Diageo. Tour d’horizon.

Les pharmas ont le vent en poupe. En Europe, c’est le secteur qui revendique la plus forte hausse depuis le mois de janvier, avec une progression globale de 14,4% contre seulement 4,9% pour l’indice Stoxx 600. Il a notamment été influencé par les sociétés suisses (+24,6%) et Novartis (+16,7%).

Aux Etats-Unis, le secteur se porte encore mieux: ses titres ont grimpé de 21,2% depuis le début 2013, contre 14% pour le S&P 500. D’ici à la fin de l’année, les pharmas pourraient encore offrir une valorisation de 10 à 15%. Peu sensible à la conjoncture économique, ce secteur défensif dépend en revanche des pipelines de nouveaux produits. De nombreux groupes ont su rebondir après avoir atteint la phase cruciale d’expiration des brevets pour une molécule.

Les fondamentaux sont positifs avec une bonne visibilité sur les bénéfices et les dividendes, des flux de liquidité puissants, une réduction du risque sur les médicaments génériques. De plus, la branche dispose d’une valorisation raisonnable, ses firmes présentant des prix relativement bon marché.

«Le secteur des pharmaceutiques offre de belles sociétés qui ont tiré profit d’une croissance rapide des bénéfices et de rentabilité très élevée. Nous apprécions Roche Holding qui affiche une forte progression et qui propose aujourd’hui un portefeuille de produits de qualité. Son potentiel de hausse est de quelque 20% sur un an», constate Jérôme Schupp. Parmi d’autres exemples, Bayer, AstraZeneca, GlaxoSmithKline, Sanofi ou Gilead sont des options d’investissement.

Le business agricole et le marché des pesticides abritent aussi certaines pépites. Le milieu est dominé par un petit groupe d’acteurs de renom, comme Syngenta et BASF, qui s’assurent un avenir avec la demande croissante des besoins en produits agricoles. 

Les financières reviennent en force. Après les turbulences de la crise, les actions bancaires se démarquent aux Etats-Unis avec une hausse conséquente de 17,9% depuis le début de l’année. En raison des disparités par pays, l’Europe est à la traîne avec 3,9%. Comme pour les pharmas, les valeurs suisses se distinguent avec Credit Suisse (+20%) et UBS (+15,5% ).

Toutes les deux présentent aujourd’hui une structure solide avec un reformatage progressif de la banque d’investissement. Julius Baer (+13,7%) se profile aussi. D’ici à la fin de l’année, les valeurs bancaires pourraient encore augmenter leur rendement de 10 à 15%.

Si on analyse la branche globalement, on constate que la banque d’affaires reprend des couleurs. Même s’il a perdu des acteurs importants ces dernières années, le domaine profite du retour des activités de fusion et acquisition. En effet, les entreprises cherchent à nouveau de la croissance externe pour se développer.

Les instituts européens présentent aussi un certain attrait pour l’investisseur. Le secteur devrait poursuivre à la hausse. Certains de ses fondamentaux restent à surveiller, comme l’impact de la mauvaise conjoncture sur les bénéfices, le bas niveau des taux d’intérêt et l’incertitude liée aux nouvelles réglementations à venir.

«La plupart des banques européennes ont mis sur pied des plans de restructuration pour diminuer les coûts de plusieurs milliards d’euros. C’est le cas notamment de Deutsche Bank, BNP Paribas ou encore Credit Suisse», confie le chef de la recherche de la Banque Syz.

De son côté, BNP Paribas Wealth Management favorise aussi les établissements européens, car même si la croissance économique reste faible, l’institut considère qu’elle va s’améliorer. «En outre, les établissements financiers européens sont faiblement valorisés. Il faut rester vigilant, car la volatilité restera élevée sur ce secteur, mais elle est relativisée par le potentiel de hausse encore important. Nous aimons bien Société Générale, ING - qui est en cours de restructuration-, ou encore Intesa Sanpaolo», relève encore Dominique Schulthess. 

Bien sûr, les institutions du sud de l’Europe incitent toujours à la prudence, ces régions souffrant encore de la récession. Enfin, les maisons scandinaves, à la solidité éprouvée et peu sujettes à la crise des subprimes, apparaissent trop chères actuellement.

Aux Etats-Unis, le thème banque d’affaires peut être joué sur Goldman Sachs ou sur Bank of America, qui s’est bien repris. Carmignac Gestion, de son côté, a réintroduit Morgan Stanley dans sa stratégie d’investissement. Credit Suisse favorise J.P. Morgan, Mastercard ou encore Invesco. La grande banque apprécie aussi certains assureurs, comme par exemple Swiss Re, Axa ou encore Allianz.

«Le secteur assurance est important, car il offre des rendements des dividendes de près de 4,5%, nettement plus hauts qu’il y a dix ans. Les sociétés d’assurance sont en outre bien capitalisées», confie Javier Lodeiro, analyste senior à Credit Suisse.

L’industrie et l’énergie présentent de belles perspectives de croissance. Non seulement leurs titres cycliques bénéficient de la reprise de l’économie globale et de la réindustrialisation américaine, mais ils connaissent des niveaux de valorisation encore faibles. Par exemple, une société comme Linde en Allemagne a de l’attrait pour un portefeuille.

Par ailleurs, la baisse du prix de l’énergie va permettre aux sociétés consommatrices de ces ressources de diminuer leurs coûts et d’améliorer leurs marges. Dans le domaine pétrolier, le marché américain évolue notamment au niveau de la distribution.

«Nous sommes positifs sur le secteur du raffinage aux Etats-Unis. Il existe des volumes de pétrole qui ne peuvent pas être exportés à l’étranger, suite à l’augmentation considérable de la production de pétrole de schiste, et qui doivent donc être raffinés sur place. Cette situation profite à une société comme Valero», confie Jean Médecin, membre du comité d’investissement de Carmignac Gestion. Dans le domaine du forage, National Oilwell Varco, active dans l’industrie du forage du pétrole et du gaz, est une autre possibilité. 

Patricia Meunier

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