Bilan

Caisses de pension: taux, c’est trop

Le taux de conversion minimum LPP de 6,8% nécessite des rendements sur les placements difficiles à atteindre. Certaines caisses pourraient imposer des hausses de cotisation.

Le taux de conversion en Suisse sera en moyenne de 5,63% dans cinq ans à l’âge de 65 ans.

Crédits: Ikon images/Getty images

Rejetée en votation populaire le 24 septembre dernier, la réforme Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020) concernait différents domaines de la prévoyance. Concentrons-nous ici sur le 2e pilier et plus particulièrement sur le taux de conversion.

Prenons l’exemple d’un homme de 65 ans, qui a accumulé dans sa caisse de pension un capital de 600 000 fr. Il souhaite l’investir de façon à retirer un montant chaque année (sa rente) jusqu’à la fin de sa vie. S’il décède avant son conjoint, il prévoit pour ce dernier l’équivalent de 60% de sa rente jusqu’à la fin de sa vie.

Pour déterminer quel montant il peut se permettre de retirer chaque année, il faut estimer deux choses. La première est le nombre d’années qu’il lui reste probablement à vivre: mettons 85 ans environ, soit l’espérance de vie moyenne d’un homme de 20 ans, et quelques années de plus pour son conjoint. La seconde estimation touche au rendement net annuel sur son capital (qui diminue peu à peu): fixons-le à 2,75%. 

Dans ce cas, cet homme peut théoriquement se permettre une rente annuelle de 32 000 fr. environ, et une rente de 19 200 fr. pour son conjoint dès son décès. Cela correspond à un taux de conversion de 5,3%.

Pour sa caisse de pension, un objectif de rendement annuel de 2,75% est relativement ambitieux dans le contexte actuel des taux d’intérêt bas, si elle a opté pour une répartition «traditionnelle» des placements. En effet, 40% des placements des caisses suisses sont en moyenne investis en obligations avec un rendement proche de zéro, selon le rapport sur la situation financière des institutions de prévoyance 2016 publié par la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP). 

Or, pour appliquer un taux de conversion de 6,8% (le taux de conversion minimum LPP prévu par la loi et dont l’abaissement à 6% a été refusé avec le projet PV 2020), le rendement annuel nécessaire avoisine 5%! Il faudrait prendre des risques très importants sur son avoir de retraite pour atteindre de tels rendements, et le risque de consommation totale de celui-ci avant le décès et celui du conjoint serait marqué! Par prudence, mieux vaut donc viser un taux de conversion inférieur au taux minimum légal. 

Pas de marge de manœuvre 

Les caisses de pension ont fait le même raisonnement. Elles n’ont d’ailleurs pas attendu PV 2020 pour abaisser progressivement le taux de conversion: au niveau suisse, il sera en moyenne de 5,63% dans cinq ans à l’âge de 65 ans. Cela est possible car les caisses ont en moyenne 56% de capitaux surobligatoires et peuvent proposer un taux de conversion plus bas que le minimum de 6,8% tout en garantissant les rentes minimales LPP.

En réalité, le taux de conversion minimum LPP de 6,8% n’est contraignant que pour les caisses appliquant des plans proches du minimum légal. Celles-ci n’ont pas de marge de manœuvre et sont contraintes d’appliquer ce taux élevé qui nécessite des rendements sur les placements difficilement atteignables. Ces caisses attendaient impatiemment un «oui» à PV 2020 afin de pérenniser leur situation financière.

Avec le rejet de la votation populaire, elles n’ont d’autre choix que de respecter la contrainte du taux de conversion de 6,8%: pour éviter de prendre des risques excessifs sur les placements en visant des rendements trop ambitieux, elles devront réduire l’intérêt crédité aux plus jeunes assurés et imposer des augmentations de cotisation. A défaut, leur situation financière va progressivement se détériorer… 

* GiTeC Prévoyance 

Myriam Blanc*

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