Bilan

C’est le moment de changer ses euros contre des francs suisses

Vendre ses euros pour acheter des francs préventivement fait sens à court terme, estime le chef économiste de Swissquote, qui n’exclut pas une chute importante de l’euro entre les deux tours de l'élection française.

«A moins de croire réellement à une victoire de Marine Le Pen au second tour, le risque sur l’euro est en fait limité.»

L’élection présidentielle française fait trembler le porte-monnaie de nombre d’épargnants français et par extension européens, qui s’interrogent, à l’heure actuelle, s’ils ne devraient pas vendre leurs euros avant le premier tour du scrutin, qui a lieu le 23 avril, pour se réfugier en francs suisses. Bien d’autres sont déjà passés à l’acte, et la valeur du franc n’est restée sous les 1,06 qu’à la faveur des interventions massives de la BNS pour l’affaiblir.

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Vendre, donc, ses euros, quitte à les racheter une fois la certitude acquise qu’un candidat favorable à l’euro a le plus de chances de victoire, est une option envisagée par bien des Français, notamment ceux qui travaillent en Suisse.

 

Peter Rosenstreich, chef économiste de Swissquote, répond par l’affirmative : «Cela fait sens d’échanger ses euros contre des francs maintenant, de manière préventive. Nous nous attendons à court terme à une appréciation du franc contre la monnaie unique, due à l’incertitude qui plane sur les marchés.» Il cite d’autres stratégies qui ont la cote à l’heure actuelle, comme la vente d’euros contre couronne islandaise ou contre livre sterling, pour diversifier le risque de la monnaie unique.

Un potentiel choc au premier tour 

Il modère toutefois ce constat : «A moins de croire réellement à une victoire de Marine Le Pen au second tour (ndlr: qui a lieu le 7 mai), le risque sur l’euro est en fait limité.» En effet, poursuit Peter Rosenstreich, même si les sondages sont peu fiables, la probabilité est bonne qu’Emmanuel Macron arrive au second tour, auquel cas sa victoire entraînerait un rebond potentiellement important de l’euro.»

Dans l’intervalle, les analystes de Swissquote s’attendent à ce que Marine Le Pen crée potentiellement un choc au premier tour, en obtenant davantage de voix que ne l’avaient anticipé la France et les marchés financiers. «Dans un tel scénario, l’euro pourrait tomber à 1,05-1,04 au premier tour, voire à la parité si la surprise est forte. Mais ce mouvement ne sera pas durable si elle ne remporte pas l’élection.»

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Les investisseurs, qui ne peuvent plus croire les yeux fermés aux sondages, ne savent à quelles prévisions se fier. «D’importants capitaux sont d’ailleurs déjà allés se réfugier en francs suisses par peur de l’issue des élections françaises », constate Peter Rosenstreich. L’euro rebondira si, peu avant le second tour, la certitude est acquise que Macron gagnera. «Un trader actif peut donc vendre et racheter des euros dans cette perspective, mais un investisseur de long terme peut conserver ses euros s’il a confiance dans le scénario de base.»

Peter Rosenstreich ajoute cependant qu’à plus long terme, la pression va se maintenir dans le sens d’une hausse du franc contre l’euro, notamment en raison de la complexité des négociations entre l’UE et la Grande-Bretagne sur le Brexit. Du point de vue de l’investisseur, le franc restera donc probablement la première monnaie refuge.

Une situation qui n’arrangera pas la Banque nationale Suisse (BNS), qui se trouve contrainte à intervenir constamment depuis la fin du taux plancher (janvier 2015), gonflant de plus en plus son bilan, qui détient plus de 300 milliards d’euros à l’heure actuelle: «La BNS devrait envisager de cesser ses interventions, estime Peter Rosenstreich. Certes, cela compliquerait la donne pour la compétitivité de l’économie helvétique. Mais l’alternative, à savoir le fait de grossir son bilan encore davantage, implique des questions de crédibilité du franc suisse et d’hyperinflation, à terme.» Un dilemme auquel, peut-être, la BNS pourrait échapper si l’euro devait, en cas de confirmation du retour de l’UE aux politiques de relance par des dépenses publiques, se rétablir durablement. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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