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Bulle ou boom de la techno: les experts s'affrontent

Les valorisations extravagantes de certaines startups et géants de la tech font craindre à de nombreux analystes une réédition de la bulle du dot.com du printemps 2000. Pour d'autres experts, la situation est radicalement différente.
  • Les montants records des valorisations et des IPO de certaines sociétés du secteur tech inquiètent une partie des experts financiers et économiques.

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  • Le différentiel entre l'investissement dans les startups actuellement et lors de la bulle de 1999-2000 tendrait à renforcer la thèse de ceux qui ne voient pas dans le secteur tech actuellement les signes d'une bulle spéculative.

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Le système de messagerie Snapchat valorisé entre 16 et 19 milliards de dollars. Le géant des VTC Uber à plus de 40 milliards de dollars. Sans oublier une dizaine d'autres startups estimées à plus de cinq milliards de dollars, les blockbusters de l'économie numérique. Dans le même temps, certaines entreprises de l'économie traditionnelle peinent à atteindre le milliard de dollars de valorisation, malgré une production de biens ou de services ancrée dans le quotidien des consommateurs depuis des décennies. Voilà un des arguments de ceux qui voient resurgir le spectre d'une bulle technologique, à l'image de celle qui a assommé la première vague internet à la fin des années 1990.

Dans leur argumentaire, les partisans de cette vision avancent régulièrement le montant de certaines IPO récentes qui ont battu des records, comme celles d'Alibaba. D'autres trouvent certaines sociétés surcotées au regard de leurs parts de marché plus que modestes: Tesla a produit 35'000 véhicules en 2014 (et prévoit 100'000 en 2015) pour une valorisation boursière supérieure à celle de Fiat et PSA alors que ces constructeurs mettent sur le marché chaque année des millions de véhicules chacun. Pour certains, même la valse des chiffres records qui entourent les géants de la technologie comme Apple, Google ou Facebook est déconnectée de l'économie réelle et suppose un atterrissage brutal.

Pour autant, d'autres experts économiques et financiers nient le terme de bulle et préfèrent celui de boom. Ainsi, l'analyste Henry Blodget, qui a apporté son expertise à CIBC Oppenheimer et Merill Lynch au moment de la bulle internet de 1999/2000, réfute le terme de bulle spéculative pour la situation actuelle du secteur technologique. Et il se base pour cela sur l'analyse trimestrielle sur les vingt dernières années du volume d'investissement dans les startups.

Cette analyse fait clairement apparaître un pic très soudain et clairement disproportionné dès la fin 1998 et dont le pic, proche des 29 milliards de dollars, a été atteint début 1999, avant de reculer au fil de l'année et de chuter vertigineusement dès la mi-2000. L'évolution du nombre d'accords de financement montre aussi qu'en période de bulle spéculative, le montant des investissements augmente plus vite que le nombre de contrats de financement.

Or, depuis vingt ans, les évolutions des montants d'investissements et du nombre d'accords de financements évolue globalement de manière comparable. Deux épisodes seulement montrent une nette différence entre les deux: la période de la bulle du dot.com entre 1998 et 2000, et le deuxième trimestre 2013, qui a vu les montants augmenter fortement alors même que le nombre d'accords restait en ligne avec les tendances des mois précédents. De là à voir soudain une nouvelle bulle spéculative? Pas selon Henry Blodget, qui note que la croissance actuelle est mois brutale que celle de 1998-1999.

Une phase de correction dans les mois à venir

L'ancien analyste de Merrill Lynch préfère utiliser le terme de boom: une croissance forte à très forte mais maîtrisée, mais dont l'amplitude n'est pas celle des pics que permet d'observer le phénomène des bulles spéculatives. Ce qui n'exonère pas d'une correction des marchés après la phase haussière, mais la chute est elle aussi plus calme que celle vécue suite aux krachs qui suivent les bulles.

D'ailleurs, le reste de la période étudiée, hormis la bulle de la fin des années 1990, va clairement dans ce sens avec des cycles de boom (notamment 2001-2007) qui précèdent des phases de correction (2007-2009). Et s'il refuse le terme de bulle pour le secteur technologique, Henry Blodget n'en prévoit pas moins pour les prochains mois l'entrée dans une phase de correction qui suivra le boom entamé voici six ans.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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