Bilan

Banquiers privés, les derniers Mohicans

A l’ère de la transparence, la fin du statut particulier des banquiers privés en Suisse se précise: la plupart d’entre eux ont adapté leur structure en devenant des sociétés anonymes.

Grégoire Bordier, président de l’Association des banquiers privés suisses.

Crédits: Cabrera/TDG

Ils ne sont plus que six à faire partie de l’Association des banquiers privés suisses. Gonet a en effet annoncé, le 3  février dernier, la transformation de sa structure juridique de société en commandite en société anonyme (SA). Les six derniers représentants de ce modèle plus que centenaire sont Bordier & Cie, Baumann & Cie, E. Gutzwiller & Cie, Mourgue d’Algue & Cie, Rahn & Bodmer et Reichmuth & Co.

Mais qu’est-ce qui pousse ces établissements à changer de forme juridique? «A l’ère de la transparence, nous adaptons notre structure aux évolutions de l’environnement bancaire», répond Gonet & Cie. Même son de cloche provenant de Jan Langlo, secrétaire général de l’Association des banquiers privés suisses:  «Nos membres muent pour s’adapter au nouvel environnement réglementaire, prudentiel et international qui montre de moins en moins de compréhension pour les sociétés en nom collectif ou en commandite.» 

Certes, mais n’y avait-il pas des avantages à garder une structure en commandite? «Ces formes juridiques sont surtout avantageuses pour les clients», estime Grégoire Bordier, associé de la banque éponyme et président de l’Association des banquiers privés suisses. La fortune personnelle des associés étant engagée, ces derniers gèrent leur banque de manière beaucoup plus raisonnable,souligne Grégoire Bordier. «Puisqu’il y a un alignement d’intérêts entre le client et le propriétaire, la gestion des avoirs est plus prudente. Nous ne nous réfugions pas derrière les actions d’une société.» 

Plusieurs avantages

Les banques avec ce statut légal ont également une vision à plus long terme, selon le président de l’Association des banquiers privés suisses. «En restant indépendants, nous ne sommes pas influencés par la publication de résultats annuels.» Dès lors, la Banque Bordier estime avoir clairement un avantage concurrentiel par rapport aux autres établissements passés en SA. 

Pourtant, il existe d’autres raisons qui poussent les six «derniers Mohicans» à pérenniser le statut de leur banque, comme la protection du patrimoine familial lors des successions. Ce n’est pas le cas d’une société anonyme, où les actions sont diluées en cas de succession.

Alors qu’historiquement les banques utilisaient cette forme juridique, aujourd’hui, ce sont plutôt les professions libérales qui y ont recours, car la mise en place est très simple et n’alourdit pas la structure de la société. Autre bénéfice? Seuls les revenus des associés sont imposés alors que dans une SA l’entreprise est aussi taxée.

Grégoire Bordier admet toutefois que la structure de banquiers privés a aussi quelques désavantages pour les associés. Premièrement, l’établissement ne peut augmenter son capital avec des actions. Ce système est contraire au système capitaliste actuel qui permet à une entreprise d’obtenir du capital supplémentaire en émettant des titres.

Deuxièmement, la structure en commandite est moins flexible. Un collaborateur ne peut devenir actionnaire de la banque, par exemple. Et pour finir, elle est plus risquée pour les associés, car leur responsabilité est illimitée. 

Chantal Mathez

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