Bilan

Banquier suisse, un métier d'avenir? Assurément, selon Laurent Alexandre

L'essor de l'intelligence artificielle va être favorable à la gestion de fortune suisse, mais pas pour les raisons auxquelles vous pouvez pensez... Insécurité, datapolitique, neutralité, identification des clients, de nombreux facteurs vont venir renforcer les atouts suisses. Décryptage.

En termes de sécurité et de cybersécurité, l’humain va prendre de l’importance selon Laurent Alexandre, à l’heure où il est aujourd’hui très facile de réaliser des fausses vidéos ou de falsifier des données, même biométriques.

Crédits: DR

«Si je devais parier sur les métiers phares dans les années à venir, il y aurait banquier suisse!»: C’est la prophétie de Laurent Alexandre que l’on n’attendait pas forcément. Le Français était de passage à Genève il y a quelques jours, dans le cadre d’une conférence dédiée à l’intelligence artificielle (IA), organisée par l’Union Bancaire Privée (UBP). Connu pour son franc-parler, Laurent Alexandre ne semblait pourtant pas spécialement vouloir flatter son audience financière (les banques en ont pris pour leur grade sur d’autres sujets, comme leur retard technologique).

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Le fondateur du site Doctissimo.fr est l’un des personnages francophones les plus médiatiques s’agissant de la sensibilisation aux promesses et aux dangers des nouvelles technologies. Et si l’IA porte en elle des espoirs de progrès, elle recèle aussi de nombreuses menaces. «Celui qui deviendra leader en IA sera le maître du monde», avait déclaré Vladimir Poutine l’an dernier. Elon Musk allait même encore plus loin, en disant que l’IA provoquera la 3ème guerre mondiale.

Neutralité et sécurité valorisée

Sans verser dans ce catastrophisme, Laurent Alexandre estime que l’IA devrait assurément accentuer l’instabilité et l’insécurité dans le monde. Et donc mécaniquement renforcer la valeur et le besoin de neutralité, de confidentialité et de sécurité. En particulier chez les personnes les plus fortunées. Autant de caractéristiques qui font la force des banques suisses. «Près d’une décennie après la fin du secret bancaire, nous voyons bien que les banques suisses sont toujours numéro un dans la gestion de fortune, notamment grâce à ces atouts», relève encore Laurent Alexandre. Des atouts qui se révèleront déterminants à l’avenir face à plusieurs tendances. Nous en avons retenu quatre.

La «datapolitique» est la nouvelle géopolitique

La Chine réalise des progrès considérables tant dans l’intelligence économique que dans la censure grâce à l’IA, permettant une maîtrise encore plus grande de l’information. «Les gens pensaient que la censure était un frein au progrès technologique. Or, grâce à l’intelligence artificielle, il est possible de mettre en place une censure beaucoup plus sélective: en laissant passer les idées business et technologiques, tout en censurant les opposants politiques. La Chine commence d’ailleurs à vendre sa technologie à certains pays d’Asie ou d’Afrique». Laurent Alexandre rappelle que le journal Financial Times a fait au moins 20 articles en un peu plus d’un an pour s’inquiéter du fait que la Chine dépasse les USA en termes d’investissements dans l’IA.  Ce sera bientôt une réalité.

La fin de «l’utopie bisounours»

Pour Laurent Alexandre, nous avons atteint la fin de «l’utopie bisounours» des débuts d’internet. «A chaque avancée technologique majeure, le même schéma se répète dans l’histoire: au moment du développement de la radio, de la télévision ou même de l’aviation, on pensait que ce serait la fin des guerres et des affrontements idéologiques, car ces progrès technologiques permettraient de rapprocher les gens et de se parler. Naturellement, on a pensé cela d’internet. Sauf que nous en sommes très loin». Pire, c’est même l’inverse qui semble se dessiner, avec la montée en puissance des extrémismes, politiques et religieux notamment.

Les GAFA sont des «corsaires»

Pour Laurent Alexandre, les mastodontes de la tech sont des «corsaires» modernes, agissant de connivence avec les Etats, rappelant ces navires privés qui étaient habilités par le roi à capturer des bâtiments de commerce ennemis. Aux Etats-Unis, ils s’appellent GAFA  (pour Google, Amazon, Facebook et Apple) ou NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber). En Chine, il s’agit par exemple des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

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Ces oligopoles de «corsaires» se renforceront encore car, contrairement aux entreprises de première génération de la tech, l’IA dispose de fortes barrières à l’entrée. «Il faut d’énormes quantités de données et de technologies pour arriver à une technologie d’IA satisfaisante, ce qui fait que nous aurons probablement une dizaine d’entreprises au monde qui seront fournisseurs de services d’IA dans les années à venir». L’IA renforce aussi l’horizontalité, car une entreprise comme Google peut amortir ses investissements dans l’IA sur de nombreuses divisions, que ce soit internet mais aussi dans la génétique ou les véhicules autonomes, ce qu’une banque ou un constructeur automobile ne peut pas faire.

L’importance de l’humain dans le private banking 

En termes de sécurité et de cybersécurité, l’humain va prendre de l’importance selon Laurent Alexandre, à l’heure où il est aujourd’hui très facile de réaliser des fausses vidéos ou de falsifier des données, même biométriques. «L’intelligence artificielle a tout de même ses limites. C’est là où le gérant de fortune a l’avantage de bien connaître son client et d’établir ses relations sur le long terme. A l’avenir, l’authentification des clients passera probablement par l’évocation de souvenir partagés et infalsifiables».

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Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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