Bilan

Banques stressées? Vous voulez rire?

La Réserve fédérale américaine a analysé la résistance des grands établissements bancaires du pays en cas de crise majeure. Mais ses «stress tests» sont-ils vraiment fiables?
  • La Fed, présidée par Janet Yellen, juge robustes les 31 banques analysées.

    Crédits: Dr

Demandez à la présidente de la Banque centrale américaine si elle pense que les marchés financiers souffrent de fièvre acheteuse: Janet Yellen vous répondra que la mission première de la Réserve fédérale n’est pas de régenter les achats compulsifs des investisseurs et qu’une bulle spéculative ne se laisse identifier que lorsqu’elle éclate au grand jour.

Plutôt que s’échiner à savoir si les marchés financiers sont surévalués, la Fed préfère soumettre les banques à des «stress tests» pour savoir si elles ont les reins solides et pourront surmonter toute crise économico-financière majeure.

C’est à ce titre que les résultats des tests de résistance que la Fed vient de publier sont intéressants. Ils sont on ne peut plus réjouissants: sur les 31 banques analysées, toutes sont jugées suffisamment robustes pour faire face à une nouvelle crise. Assurément, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… américains. Certes, mais… voyons un peu quelles sont les conditions de «stress» retenues par la Fed.

La Banque centrale américaine envisage un scénario «fortement défavorable» où le taux de chômage décolle des 6% actuels pour atteindre 10% en douze mois, avant de revenir progressivement vers sa norme actuelle. Le produit intérieur brut suit cette même évolution: une forte baisse de 6% au 1er  trimestre de cette année, suivie d’une reprise en V qui ramène la croissance du PIB au niveau antérieur à la crise, en moins de dix-huit mois. Même évolution pour la Bourse américaine: une chute vertigineuse de 60%, suivie d’une flambée spectaculaire de… 88% en moins de dix-huit mois.

La Fed parle de «récession profonde et durable»: je ne suis pas certain que le deuxième adjectif soit pertinent. Il le serait bien davantage si la Banque centrale américaine avait envisagé un scénario pour l’évolution du PIB en «racine carrée» plutôt qu’en «V», voire carrément en «L», qui prend plusieurs années avant de se transformer en «U».

Aussi sévère soit-il, un choc qui ne dure que quelques mois peut être facilement encaissé par des banques, surtout lorsqu’elles savent que ce «prêteur de dernier recours» qu’est la Fed est prêt à tout pour éviter que la récession ne se mue en dépression.

Justement, c’est la résistance à la dépression qui atteste de la réelle solidité des banques. Etre soumises à la déflation: voilà quel serait le véritable «stress test» pour les banques américaines. Sur les 130 pages que compte l’étude de la Fed, je n’ai trouvé le mot de «déflation» qu’une seule fois. Et encore, c’était pour qualifier l’état dans lequel sombreraient les économies européennes, suite à la récession que connaîtraient les Etats-Unis…

Un drôle d’indicateur

L’agence Bloomberg vient de publier un drôle d’indicateur: à partir des enregistrements rendus publics des séances de la Fed, elle a compté le nombre de rires et de gloussements chez les gouverneurs. Le graphique (ci-dessus) témoigne d’un pic à 80 manifestations de bonne humeur en juillet 2007, juste avant le début de la «Grande Récession».

Dommage qu’il faille attendre cinq ans pour avoir les enregistrements: je suis persuadé que nous découvrirons en 2020 que les «stress tests» des banques américaines ont suscité de franches rigolades chez les grands argentiers du monde. 

* Professeur en macrofinance à l’Université de Genève

Michel Girardin*

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