Bilan

Banques: les bonus des managers se maintiennent en 2020

Salaires fixes et bonus des managers de l’industrie bancaire devraient résister à des niveaux élevés malgré la crise du Covid, selon une étude de Michael Page. Le top management tire particulièrement son épingle du jeu.

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L’impact de la crise économique devrait rester limité en 2020 pour les cadres des banques suisses, avec au minimum un maintien de leurs revenus dans plus de 70% des cas. C’est ce qui ressort d’une étude sur les salaires de l’industrie menée par le cabinet de recrutement Michael Page, relevant des bonus compris entre 45 et 90% du salaire fixe pour les postes les mieux payés.

Parmi ceux-ci, on retrouve sans surprise les fonctions de direction, avec par exemple un package global moyen de près de 580'000 francs annuel pour un head of private banking ou encore plus de 500'000 pour un directeur général dans le private equity. Une tendance qui contraste avec le tassement des revenus du low et middle management depuis plusieurs années.

L’étude s’appuie sur des données collectées en mars et une estimation de l’évolution depuis. Le constat s’explique par la bonne tenue des marchés financiers, ce que détaille Stephan Surber, Senior partner chez Page Executive: «On voit que le niveau des indices boursiers est revenu à peu près à celui de l’année passée à la même période. Les frais de gestion appliqués par les banques n’ont pas vraiment bougé au vu de l’activité qui est restée soutenue sur les marchés. Les bonus devraient donc n’être impactés que modérément.»

Le bonus moyen des directeurs bancaires, en pourcentages.
Le bonus moyen des directeurs bancaires, en pourcentages.

Private equity et profils IT soutiennent le marché

La bonne marche des affaires durant les premiers mois participe largement au résultat global, selon Stephan Surber : «L’acquisition d’actifs a été en très forte augmentation au premier trimestre, avant de se stabiliser sur le second trimestre. Même si on constate de plus fortes réticences à investir dans le contexte actuel, les volumes de transactions restent elevés et les bonus en conséquence.»

L’investissement sur les marchés privés (private equity, private debt, infrastructure et immobilier) s’est révélé un moteur pour l’emploi et les salaires avec des profils de plus en plus recherchés. Un analyste touche en moyenne 100 000 francs de fixe auquel s’ajoute un bonus de 30%. Le chiffre monte à 200 000 pour un directeur de l’investissement, et un bonus de 65% en sus. De nouveaux département crées, notamment pour l’analyse des critères ESG, tendent à tirer les salaires à la hausse.

Les profils hybrides informatique et finance -en particulier pour l’optimisation du traitement de la donnée- font également l’objet d’une forte demande relève Stephan Surber: «Il y a une concurrence sur ces compétences avec les néobanques et l’industrie fintech qui prennent une partie du business notamment au niveau des paiements. On voit également que des professionnels qui ont mené des projets digitaux d’envergure sont recrutés sur des postes fonctionnels même sans expérience du secteur bancaire, depuis la tech ou les médias par exemple.»

Retour d’une part variable centrée sur la performance individuelle

A l’inverse, la tension sur les postes de compliance tend à se calmer selon le spécialiste: «L’essentiel des efforts des banques a été réalisé durant les trois dernières années, même si les compétences sur les aspects légaux et juridiques reste appréciée du marché, notamment chez les COO.» On trouve en moyenne des salaires fixes compris de 90 000 francs pour un junior compliance officer à 250 000 pour un «Head legal», avec des bonus entre 5 et 30% inférieurs à ceux du front office. «Globalement, on constate une inversion de la tendance à la réduction du bonus et l’augmentation du salaire fixe qui prévalait depuis deux décennies, relève Stephan Surber. Toutefois, les bonus sont plus faibles sur les fonctions supports car ils sont de plus en plus centrés sur une performance individuelle mesurable, ce qui favorise le front.»

Ainsi, les directeurs des départements dédiés aux fusions et acquisition (M&A) voient en 2020 leur part fixe baisser de 8% tandis que les bonus augmentent du même montant malgré une année difficile, grâce notamment à un très bon premier trimestre. Autre tendance, le développement dans le private equity de programmes d’intéressement sur le long terme, soit par le versement de dividendes, soit par des primes sur les plus-values réalisées lors des cessions. «On sait que les investissements en private equity se font sur le moyen terme, avec une revente 5 à 7 ans plus tard. Ce type d’intéressement, souvent assez significatif, permet de retenir les talents dans l’entreprise.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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