Bilan

Banques: en marche vers la consolidation

De nombreuses conditions sont désormais remplies en Europe pour des fusions sensées, tel un rapprochement entre UBS et Credit Suisse, mais certaines barrières restent baissées. Par Loïc Bhend*

Le rapprochement possible entre Credit Suisse et UBS a fait couler beaucoup d’encre.

Crédits: Urs Flueeler/Keystone

Les investisseurs sont comme les enfants, ils aiment les histoires. Alors quand les banques espagnoles Bankia et CaixaBank annoncent leur fusion et qu’un blog zurichois spécule sur un rapprochement entre UBS et Credit Suisse, l’effervescence gagne le marché. Mais le mouvement de consolidation du secteur bancaire européen est-il effectivement en marche ou n’est-il qu’une lubie passagère?

Depuis la crise financière de 2008, la rentabilité du secteur est restée inférieure au coût des fonds propres, ce qui détruit du capital. En effet, les taux d’intérêt bas, voire négatifs, observés depuis lors pénalisent les revenus des banques. Dans cet environnement, une baisse des coûts est devenue le seul moyen d’améliorer une rentabilité faible. Ce mouvement a déjà débuté avec la numérisation, qui consiste à élargir les services en ligne au détriment des réseaux d’agences physiques. Mais la crise du Covid-19 est passée par là et il est désormais politiquement sensible d’annoncer des suppressions d’emplois. A moins que celles-ci ne soient justifiées par d’évidentes redondances, résultant en principe d’une consolidation.

Si les conditions d’une fusion économiquement viable restaient nombreuses, la situation s’est simplifiée au début de l’été. La Banque centrale européenne (BCE) a en effet récemment assoupli son approche de la consolidation du secteur. Le régulateur est devenu moins gourmand en fonds propres pour l’entité fusionnée en n’imposant plus systématiquement d’apports préliminaires. Par ailleurs, le badwill (écart négatif entre la valeur d’acquisition d’un actif et sa juste valeur comptable, considéré comme un profit) peut être utilisé pour passer des provisions afin de nettoyer des prêts d’une qualité douteuse. Mais il peut également servir à financer des frais de restructuration, issus du coût souvent rédhibitoire des plans sociaux imposés en cas de licenciements massifs. Cette mesure tombe à point nommé, la performance boursière calamiteuse du secteur bancaire a créé de multiples opportunités d’achat à des prix très inférieurs à leur valeur comptable. Parallèlement, la suspension des dividendes par les autorités européennes a permis aux établissements les plus solides de constituer un petit trésor de guerre pour des emplettes.

La solution miracle pour toutes les banques?

Dans certains marchés particulièrement fragmentés comme l’Allemagne, l’Italie, la France ou l’Espagne, l’intérêt d’une consolidation nationale est évident. Elle permet de réaliser des économies d’échelle, de se diversifier et d’obtenir un meilleur pouvoir de négociation par effet de taille. Mais ces avantages ont des limites. Si le groupe ainsi créé devient trop gros, la transaction se heurte au refus des autorités antitrust. Dans le cas par exemple d’une fusion UBS-Credit Suisse, l’entité fusionnée devrait, selon toute vraisemblance, céder une part substantielle de sa clientèle helvétique.

Sur le papier, les fusions transnationales atteignent davantage les objectifs de diversification et de synergies espérés. Seulement, les contraintes politiques et réglementaires restent à ce stade trop cloisonnées nationalement. Une OPA (offre publique d’achat) étrangère sur une grande banque est souvent perçue comme une perte de souveraineté nationale. Tant que la solvabilité et la liquidité demeureront l’affaire des autorités nationales, il ne sera pas possible d’allouer efficacement les ressources au sein d’un groupe international.

Les avantages d’une consolidation du secteur bancaire européen sont indéniables, mais le mouvement sera progressif. Les incertitudes liées à l’émergence d’une deuxième vague de Covid-19 rebuteront les dirigeants à se lancer dans des acquisitions potentiellement aléatoires dans les mois à venir. Quant aux grandes fusions transnationales, leur intérêt reste conditionné à une union bancaire plus intégrée
encore.

* Asset Management, Bordier & Cie

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