Bilan

Attaques de drones en Arabie saoudite: quelles conséquences sur les marchés pétroliers?

Même si le risque de crise géopolitique dans la région s’est renforcé, il semble que la hausse des prix de l’or noir devrait rester limitée. Par Sophie Chardon, Cross-asset analyst, Lombard Odier Private Bank

Energie Lorsque les incertitudes liées à la guerre commerciale ont commencé à peser sur la croissance mondiale ces derniers mois, les marchés pétroliers se sont principalement concentrés sur la question de la demande. Or, en réduisant temporairement de moitié la production quotidienne d’Arabie saoudite, les attaques perpétrées le 14 septembre sur deux des plus grandes installations pétrolières du royaume ont ravivé le risque d’un choc pétrolier provoqué par l’offre. Ce qui serait la dernière chose dont la croissance mondiale aurait besoin. Malgré l’ampleur de leur récente évolution, les prix du pétrole n’ont fait que revenir aux niveaux observés en juillet. En d’autres termes, si le choc n’est que de courte durée, nous ne nous attendons pas à un impact majeur sur la croissance mondiale et les actifs financiers en général.

A ce jour, le niveau actuel des stocks commerciaux est supérieur à celui observé lors de précédents épisodes de perturbations. Par ailleurs, la majorité des pays consommateurs disposent de réserves stratégiques de pétrole (RSP) destinées à faire face à ce type d’événement et à prévenir des dommages tels que ceux provoqués par le choc pétrolier dans les années 70. Tenant compte des capacités disponibles, des stocks, des réserves stratégiques et du secteur américain du pétrole de schiste, notre analyse montre qu’une nouvelle envolée des prix resterait limitée, même si l’interruption de la production devait perdurer.

La dynamique à moyen terme n’a pas été affectée par les attaques, raison pour laquelle nous conservons notre objectif sur douze mois à 60 dollars le baril de Brent. Si les dernières annonces sont rassurantes quant à la capacité de l’Arabie saoudite à répondre à la demande le temps des réparations, il faut cependant s’attendre à un regain de volatilité à court terme, car le marché physique semble plus vulnérable à de nouvelles perturbations jusqu’à la fin de l’année, date à laquelle l’Arabie saoudite aura retrouvé ses pleines capacités.

Indépendamment de l’évolution des fondamentaux, une prime de risque géopolitique (d’environ 5-10 dollars/baril) continuera vraisemblablement à s’appliquer, au moins à court terme. Les attaques en Arabie saoudite constituent en effet une nette escalade des tensions au Proche-Orient. Bien que les rebelles yéménites aient revendiqué les attaques, il est peu probable qu’ils aient pu les mener sans l’aide de l’Iran, ce qui explique la réaction de l’Arabie saoudite et des Etats-Unis. Les espoirs que le sommet du G7 du mois d’août et le départ du conseiller américain à la Sécurité John Bolton début septembre apaiseraient les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran s’estompent. Le risque d’un conflit plus dur dans la région s’est renforcé.

Seule une crise géopolitique de longue durée – impliquant des actions militaires et déclenchant la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite un cinquième du pétrole échangé dans le monde – pourrait faire grimper les prix à plus de 75 dollars/baril de Brent et constituerait une menace pour l’environnement économique et financier actuel. Dans le contexte d’un scénario du pire, les indices d’actions souffriraient de l’aversion au risque à un moment où les perspectives de bénéfices sont déjà ternies par la situation sur le front du commerce mondial. Concernant les devises, une hausse durable des prix du pétrole, associée au ralentissement de l’économie mondiale, devrait conduire à une appréciation du dollar américain (valeur refuge) par rapport à des devises à bêta élevé, sensibles au cycle, en particulier celles des pays importateurs nets de pétrole. Etonnamment, l’or n’a pas réagi à la nouvelle, mais il attirerait certainement des afflux substantiels – renforcés par le manque d’actifs refuges traditionnels dans le contexte de faible rendement – si la situation évoluait vers un conflit plus large.

Bilan.ch

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."