Bilan

Après les subprimes, une bulle des prêts étudiants aux USA?

Moins de dix ans après la crise des subprimes, le niveau d'endettement des ménages américain flirte à nouveau avec les records. Deux domaines inquiètent particulièrement les observateurs: les emprunts liés à des achats d'automobiles et les prêts étudiants.
  • L'augmentation des prêts étudiants fait craindre un endettement excessif des jeunes actifs aux Etats-Unis.

    Crédits: Image: University of Florida
  • Les emprunts immobiliers des années 2000 se sont reportés sur d'autres domaines dont les prêts aux étudiants.

    Crédits: Image: IIT Chicago-Kent
  • Pour faire face aux frais de scolarité mais aussi aux coûts de la vie étudiante, des centaines de milliers de jeunes Américains souscrivent des emprunts chaque année afin de financer leur cursus.

    Crédits: Image: University of South Dakota

Voici dix ans, les Etats-Unis s'apprêtaient à vivre l'une des crises économiques les plus graves de leur histoire. Avec la hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine et l'effondrement du marché immobilier lié aux subprimes, l'endettement excessif de nombreux ménages allait conduire de nombreux organismes de crédit et banques à la faillite, avec un impact ravageur sur une économie qui se remettait à peine des conséquences des attaques terroristes du 11 Septembre 2001.

Lire aussi: L’aberration du crédit

Une décennie plus tard, la situation est-elle assainie? Dans le domaine des emprunts immobiliers, les deux mandats de Barack Obama ont vu une réglementation drastique se mettre en place pour éviter pareille déconfiture. Entre 2008 et 2013, les demandes de prêts immobiliers ont baissé, avant de se stabiliser, puis de remonter légèrement en 2015 et 2016. Prudentes, les banques ont serré la vis pour éviter de se retrouver face à des emprunteurs étranglés par les taux et les mensualités de remboursements.

Forte hausse de l'endettement des ménages

Cependant, la relance de la consommation observée depuis le début des années 2010 a également été permise par le recours à l'emprunt. Mais le choix s'est reporté sur d'autres types de dépenses pour les ménages américains. La Réserve fédérale de New York a publié jeudi un rapport sur l'endettement des ménages américain, et il en ressort que le total des dettes des familles américaines atteint 12'580 milliards de dollars en rythme annuel, en hausse de 226 milliards de dollars (+1,8%) entre octobre et décembre, et de 460 milliards sur l'ensemble de l'année 2016. Il s'agit là de la plus forte hausse trimestrielle de l'endettement des consommateurs depuis le dernier trimestre 2013, constatent les auteurs du rapport.

Au troisième trimestre 2008, juste avant que la bulle des subprimes n'éclate, l'endettement cumulé des ménages américains s'élevait à 12'680 milliards de dollars. Au 31 décembre 2016, il ne manquait que 99 milliards pour égaler ce record. Cependant, la situation 2017 n'est pas exactement comparable à 2008, de par la nature et l'objet des emprunts actuels. «La dette des Américains approche de son pic précédent, mais sa composition actuelle est largement différente, car elle est tirée par des prêts qui ne sont pas liés au logement», note Wilbert van der Klaauw, vice-président de la Fed de New York.

Moins de crédits défaillants qu'en 2008

Si la part des crédits défaillants est moitié moindre aujourd'hui par parpport à 2008 (4,8% au dernier trimestre 2016, contre 8,5% au 3e trimestre 2008), la situation actuelle de l'endettement des ménages combinée à la situation politique américaine avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, pourrait faire naître certaines inquiétudes.

Lire aussi: Impôts, investissements, immigration: les promesses de Trump à l'épreuve

Sur les dernières années, ce sont les prêts liés à des achats automobiles et surtout les emprunts contractés par des étudiants pour financer leur cursus qui ont joué le rôle de moteur de l'endettement. Ces deux postes représentent respectivement 1160 et 1310 milliards de dollars. Pour les prêts consentis aux étudiants, il s'agit d'un record, lié non seulement à un accès toujours plus important (en volume) des jeunes aux universités et hautes écoles, mais aussi à des hausses importantes des frais de scolarité dans les établissements américains.

Entre 2006 et 2015, le volume des prêts étudiants aux Etats-Unis a été quasiment triplé, passant de 521 à 1318 milliards de dollars. Ils devraient largement dépasser la barre des 1400 milliards de dollars en 2016. Les plus fortes hausses trimestrielles ont été constatées en 2012 avec consécutivement +8,7%, +8,9%, +11% et +11,7% sur les quatre trimestres 2012. Or, cette hausse avait été permise par la politique de Barack Obama. L'ex-président américain avait placé le secteur public en première ligne dans ces prêts: 93% sont accordés par l'Etat fédéral, qui se rémunère sur les intérêts. Barack Obama avait deux objectifs en organisant cette mainmise du public sur ce marché: assurer un accès égal de tous les étudiants au crédit, quelle que soit leur profil d'emprunteur, et les protéger des lois du marché, mais également s'assurer via les intérêts une source abondante de revenus pour l'Etat, afin de financer la coûteuse réforme de l'assurance-maladie (Obamacare).

Un marché qui suscite les convoitises

Avec 40 millions de prêts étudiants en cours (11 millions de plus qu'en 2005), pour un volume moyen de 32'000$ (le double de celui de 2005), ce sont des millions de dollars qui alimentent les caisses de l'Etat fédéral... et qui échappent aux organismes du secteur privé. Sallie Mae, Wells Fargo et Discover, les trois principaux acteurs privés du domaine, se partagent moins de 7% des prêts et donc peu de rentrées financières. D'autres comme JP Morgan sont même totalement absents de cette branche. Or, avec l'Etat fédéral comme garantie, les universités avaient profité de cette sûreté pour augmenter les frais d'inscription et de scolarité ces dernières années. Alimentant les besoins en prêts. Ce qui n'a pas manqué de susciter des convoitises: Amazon s'était associé à Wells Fargo pour tenter une incursion sur ce marché, comme l'expliquait le Wall Street Journal l'été dernier.

Avec le changement d'occupant à la Maison Blanche, la situation devrait évoluer. Durant sa campagne, Donald Trump avait plusieurs fois répété que cette activité de prêt aux étudiants relevait du secteur privé et n'incombait pas à l'Etat fédéral, et que les organismes devraient se baser sur les revenus futurs estimés des étudiants pour définir les prêts et les taux, et non pas accorder de contrat identique à tous. Sous l'administration Obama, le taux accordé par l'Etat était de 3,74%, contre 13,76% en moyenne pour les organismes privés. Sans compter des avantages substantiels pour les emprunteurs (allongement d'échéances, suspension temporaire en cas de difficultés financières), absents des contrats privés. Dès son élection, le cours de l'action de Sallie Mae a grimpé de 55%.

Lire aussi: L'ambitieuse feuille de route de Donald Trump et des républicains

Si Donald Trump venait à réduire drastiquement voire à supprimer les prêts de l'Etat fédéral, le secteur privé en profiterait largement. Il semble difficilement envisageable que les universités puissent soudain revenir à leurs frais d'avant les réformes d'Obama. Les perdants de cette affaire pourraient bien être les étudiants les plus fragiles, dont les prêts coûteront bien plus cher, avec moins de garanties. Or, en cas de crise économique, ils pourraient bien se retrouver à être des millions à se déclarer incapables d'honorer leurs échéances. Avec des impacts certains sur les organismes de crédit.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."