Bilan

Après les attentats, Paris relance le débat sur le système bancaire Swift

La France déplore la main-mise américaine sur la manne d'informations du système bancaire international Swift, dans un contexte de traque des flux financiers du terrorisme.

"Plus de 90% des transferts de fonds internationaux passent par Swift. En tant qu'Européens nous n'avons pas la capacité d'exploiter nos propres données", a-t-il déploré le ministre des Finances Michel Sapin.

Crédits: AFP

En déplorant lundi la main-mise américaine sur la manne d'informations issues du système bancaire international Swift, dans un contexte de traque des flux financiers du terrorisme, la France a relancé un vieux débat.

"Cela ne peut plus durer", a lâché lundi le ministre des Finances Michel Sapin lors d'une conférence de presse consacrée à la lutte contre le financement du terrorisme, en évoquant le système Swift, acronyme de "Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication", qui signifie également "rapide" en anglais.

"Plus de 90% des transferts de fonds internationaux passent par Swift. En tant qu'Européens nous n'avons pas la capacité d'exploiter nos propres données", a-t-il déploré, faisant valoir que les Etats-Unis avaient au contraire mis en place "un centre d'analyse avec des moyens humains absolument considérables".

Swift est une coopérative spécialisée dans la "messagerie financière", qui permet d'effectuer toute une batterie d'opérations financières (virements, opérations sur devises etc.) de manière sécurisée et confidentielle.

Elle émet par exemple les codes d'identification bancaire BIC, qui apparaissent sur les relevés d'identité bancaire et servent à effectuer des virements internationaux.

La coopérative, qui appartient à des sociétés du secteur financier, en majorité des banques, traite environ 20 millions de transactions par jour, émanant de plus de 10.800 établissements financiers et entreprises répartis dans 200 pays, constituant une manne sans pareille d'informations sur les flux financiers.

Bien que domicilée en Belgique, les informations issues de Swift sont majoritairement exploitées par les Etats-Unis, l'Europe n'ayant pas les capacités d'analyse dont disposent les Américains.

"Aujourd'hui quand on est Européen et qu'on veut avoir des informations on les demande à l'administration américaine", a regretté M. Sapin. Or il arrive selon lui que les Etats-Unis, s'intéressent "à certaines données pas seulement parce que ce sont nos alliés mais parce que ce sont nos concurrents."

Le ministre français compte évoquer le sujet lors d'un prochain déplacement à Washington.

Réactivé après les attentats du 13 novembre à Paris, le débat autour de Swift et de l'usage qu'en font les Américains n'est pas nouveau.

L'an dernier, le Parlement européen avait ainsi demandé de suspendre un accord liant les Etats-Unis et les Européens sur l'exploitation des données Swift, suite au scandale sur les écoutes de la NSA.

Dès 2006, des médias américains avaient révélé l'exploitation intensive par les Etats-Unis des informations de Swift dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Ces informations avaient provoqué des tensions diplomatiques, tournant autour de la protection des données personnelles, jusqu'à la conclusion en 2010 d'un traité entre les Etats-Unis et l'Union européenne.

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