Bilan

Après le crash boursier, l'Argentine peine à rassurer les marchés

L'Argentine, troisième économie d'Amérique latine a connu un lundi noir le 12 août. Les investisseurs doutent des capacités du probable nouveau gouvernement à rembourser sa dette.

La crise actuelle est consécutive à la défaite du président actuel Mauricio Macri lors des élections primaires.

Crédits: AFP

Un crash sans précédent. Lundi, l'indice Merval des valeurs boursières argentines calculé en dollars a dégringolé de 48%. Dans l'histoire des marchés, seule la bourse du Sri Lanka avait fait pire en juin 1989 avec un recul de 61,7% en une séance en raison de l'éclatement d'une guerre civile. La bourse a repris quelques couleurs mardi et mercredi avec une hausse totale de 11%, mais plusieurs années seront nécessaires pour compenser la chute de lundi.

De son côté, le peso a perdu lundi 15% de sa valeur face au dollar. Mercredi, les annonces de soutien aux PME et aux familles défavorisées par le gouvernement n'ont pas permis d'inverser la tendance. Un dollar s'échange à 58,75 pesos, soit son plus bas niveau historique.

La défaite de Mauricio Macri

La crise actuelle est consécutive à la défaite du président actuel Mauricio Macri lors des élections primaires. Alors que les sondages anticipaient un coude à coude avec son adversaire Alberto Fernandez, Mauricio Macri a perdu avec 15 points de retard. «Cet écart n'était absolument pas attendu et il a créé une grande incertitude sur les marchés. Les élections présidentielles ont lieu en octobre et les prochaines semaines seront très délicates. Il n'y a pas beaucoup de marge pour un dialogue entre le parti au pouvoir et l'opposition», relève Bernardo Kosacoff, professeur d'économie à l'Université de Buenos Aires.

Pour Fernando Baer, économiste au sein de la société de conseil Quantum Finanzas, les marchés ne sont pas satisfaits du probable nouveau gouvernement et du programme économique davantage régulé qui devrait être proposé.

«L'inflation sera reléguée et même si Alberto Fernandez essaie de démontrer qu'il sera différent des gouvernements précédents, il a déjà fait partie du pouvoir (ndlr: entre 2003 et 2008, il était chef du Cabinet des ministres durant l'ère des Kirchner). En matière tarifaire, des changements radicaux pourraient se produire. C'est la raison pour laquelle le Merval, composé notamment d'entreprises du gaz et du pétrole, ont réagi très rapidement de manière négative. Par ailleurs, les banques, composantes importantes de l'indice, ont elles aussi été assez touchées. Durant les dernières années, elles ont bénéficié d'un système obligataire très rentable avec des taux d'intérêt élevés. La perspective que ce système pourrait être démantelé par le prochain gouvernement les affecte actuellement», relève-t-il.

Doutes des investisseurs

En dehors de la Bourse, les investisseurs estiment que l'Argentine pourrait rencontrer de graves difficultés dans le remboursement de l'emprunt de 57 milliards de dollars contracté auprès du FMI.    

«Le marché commence à évaluer un défaut de paiement», estime Edwin Gutierrez, responsable de la dette souveraine des marchés émergents auprès d'Aberdeen Asset Management cité par Bloomberg. Un scénario comparable à ce qui s'est produit durant la crise de 2001 en Argentine et qui a abouti à la faillite du pays est-il envisageable?

Mario Rapoport, professeur d’économie et directeur du Centre d’investigation de l’histoire économique, sociale et des relations internationales de l’Université de Buenos Aires, ne le pense pas. «En 2001, le gouvernement était complètement perdu et il n'y avait aucune force de changement. La population ne voulait rien savoir des politiques. Mais actuellement, il y a une opposition disposée à améliorer la situation économique», estime-t-il.

De son côté, Bernardo Kosacoff juge également que l'Argentine remplira ses obligations, mais les conditions du remboursement au FMI devront être renégociées. «La situation est totalement distincte par rapport à 2001. Le gouvernement dispose de réserves et le secteur privé a un niveau d'endettement très faible comparativement au début des années 2000. De plus, les secteurs agricole et énergétique, capables de générer des devises, ainsi que les services, sont beaucoup plus développés. En définitive, si l'économie se normalise, l'Argentine a la capacité de rembourser sa dette. La première échéance sera pour 2021, mais il faut retrouver de la confiance dans le gouvernement».

Quant à Fernando Baer, il estime que l'échelonnement des remboursements ne devrait pas changer. «En revanche, les conditions imposées par le FMI en terme de stabilité fiscale et monétaire, ainsi que de restructuration économique pour retrouver la croissance et honorer ses engagements devrait faire l'objet d'une renégociation», souligne l'économiste. 

Daniel Eskenazi

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