Bilan

Allons au-delà de l’investissement ESG

L’impact investing est bien plus qu’un simple slogan publicitaire en faveur de la durabilité. Il ne doit pas y avoir de compromis entre la croissance et la responsabilité environnementale. Par Michael Sieg*

Crédits: John Cameron/Unsplash

Le secteur des investissements est aussi avide de suivre les dernières tendances que les journalistes assis au premier rang d’un défilé de mode. Toutefois, les gérants de fortune rencontrent un intérêt à proposer à leurs clients des produits d’investissement en une seule fois ou avec un plan de paiement régulier, pour ensuite leur facturer des frais annuels. La performance à long terme n’est donc pas seulement une stratégie d’investissement, mais également un modèle commercial.

L’importance que les gérants de fortune accordent au long terme n’est dès lors guère surprenante. Leurs collègues du marketing, quant à eux, adorent le storytelling, qui consiste à raconter une histoire convaincante bien dans l’esprit du temps, où le produit d’investissement est décrit de telle sorte qu’il en devient alléchant. L’investissement durable, pourraient argumenter les cyniques, fait le bonheur des deux groupes. Après tout, il offre une vision à long terme, un avenir plus radieux et la promesse d’une meilleure planète pour les générations futures. Qu’y a-t-il de mal à cela?

(Crédits: DWalker44/Getty images)

Bien connaître les produits

Les investisseurs doivent se faire une idée du produit et se demander si les promesses, parfois exagérées, correspondent vraiment à la réalité. L’investissement durable a évolué d’une philosophie basée sur l’exclusion – pas d’armes, de tabac, de jeu ou d’autres activités non éthiques – à une philosophie qui tente d’influencer le comportement des consommateurs ou de provoquer un changement sociétal.

Pas de combustibles fossiles, de moteurs à combustion ou de centrales électriques au charbon sont des objectifs louables, et la décision d’investir consciemment dans des industries inoffensives est un exemple frappant du pouvoir de la décision individuelle. Malheureusement, l’univers des fonds durables est limité, ce qui a donné lieu à des interprétations, des définitions et des comportements quelque peu créatifs.

Par exemple, il est permis d’investir dans un constructeur automobile traditionnel s’il a déjà des véhicules électriques en phase de développement, ou dans une compagnie pétrolière si elle a l’intention de passer aux énergies renouvelables à l’avenir, et les participations déjà existantes sont justifiées par référence au dialogue en cours concernant les changements à apporter. Pourtant, une vieille voiture rouillée n’offrira pas plus de sécurité parce qu’on la repeint en vert fluo.

Un autre problème se pose lorsque l’on tente de provoquer le changement en investissant dans des actions cotées en bourse. Pour l’investisseur, son achat ne fait que modifier la structure de propriété des actions des sociétés existantes, et ce souvent dans une mesure extrêmement modeste. Il ne fournit aucun nouveau fonds à l’entreprise, il n’en acquiert pas le contrôle ni ne peut y exercer une quelconque influence. Et, comme nous l’avons vu au début de la pandémie de Covid-19, un tel achat peut également apporter une volatilité indésirable dans un portefeuille, c’est-à-dire l’exact opposé d’une valeur durable.

Créer de la valeur

Les investisseurs exigent à juste titre plus de transparence de la part de ceux à qui ils confient leur épargne et leurs investissements. Ils veulent que leur argent soit investi là où il aura un impact positif et mesurable, en évitant les branches, les technologies et les secteurs qui contribuent au réchauffement climatique, qui ont des effets négatifs sur la santé, qui participent à la répartition inéquitable des richesses ou à la restriction des libertés politiques. Dans le même temps, ils veulent également voir des résultats positifs et quantifiables, c’est-à-dire l’impact réel de leurs investissements. Dans l’idéal, les effets positifs et les rendements des investissements durables s’équilibrent. En investissant dans des projets d’infrastructure dans les pays émergents, par exemple, ils peuvent permettre de créer des emplois dans des régions structurellement faibles et offrir des moyens de subsistance durables aux populations locales.

La création de valeur réelle à long terme à partir de sources de revenus fiables et durables doit faire partie intégrale de toute stratégie d’investissement. Par exemple, les effets et les résultats des investissements devraient être dûment documentés dans des rapports d’impact annuels complets allant bien au-delà des rapports traditionnels comportant des chiffres clés purement financiers.

L’impact investing est bien plus qu’un simple slogan publicitaire en faveur de la durabilité. Ciblé et bien pensé, cet investissement axé sur les résultats souligne la nécessité de faire ce qui est juste et d’obtenir en même temps un impact positif tant pour l’investisseur que pour le bénéficiaire. Il va bien au-delà de l’investissement ESG, qui est sur toutes les lèvres.

L’accent mis sur les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance peut être utile pour comprendre les valeurs, les processus et les politiques d’une entreprise, toutefois ceux-ci doivent faire partie du voyage et non être attendus comme des résultats, une fois à destination.

Trouver des rendements attrayants

Les investisseurs d’impact doivent se considérer comme des promoteurs et des investisseurs, et non comme des philanthropes. Leur rôle est de rechercher des rendements attrayants et le remboursement intégral du capital par le développement, la propriété ou la vente future des infrastructures ainsi créées. Il ne doit pas y avoir de compromis entre la croissance et la responsabilité environnementale. Il est possible d’obtenir un avenir durable avec des entreprises en croissance, tout en préservant la culture et les valeurs traditionnelles.

Le développement durable est une croissance qui profite à toutes les parties prenantes, ce qui constitue une trilogie en matière de rendements, sur les plans social, environnemental et économique. Et celle-ci n’est pas déterminée par la mode, mais par des valeurs fondamentales.

* Président et CEO du groupe ThomasLloyd

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