Bilan

Al Walid Bin Talal, ex-propriétaire des Bergues arrêté en Arabie saoudite

Le puissant prince Al-Walid, propriétaire du George V, est la victime d’une opération anti-corruption menée par son cousin, le prince héritier Mohammed bin Salman. Il a été pendant plusieurs années le propriétaire des Bergues à Genève et du George V à Paris.

Le prince Al Walid Bin Talal a été arrêté en Arabie saoudite pour des accusations de corruption.

Crédits: Sedrik Nemeth

Du jamais vu en Arabie saoudite: onze princes de la famille royale, tous descendants du roi Ibn Saoud, fondateur du royaume, ont été arrêtés samedi soir, en même temps que plusieurs dizaines de ministres et hommes d’affaires. Parmi eux, le multimilliardaire Al-Walid bin Talal, le plus médiatique d’entre tous qui s’est rendu célèbre en investissant 580 millions de dollars en 1991 dans l’américaine Citicorp; son investissement sera multiplié par 15 en 1998, lors de de la fusion de Citicorp avec Travelers Group pour devenir le plus grand établissement financier du monde.

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Depuis lors, le prince né en 1955 n’a cessé d’investir gros dans toutes sortes de domaines. En 1994, il acquiert 50% de la chaîne d’hôtels Fairmont; la même année pour 345 millions il achète 24% de Disneyland Paris et pour 120 millions de dollars des parts de Four Seasons, l’autre chaîne de luxe canadienne. En 1996, il s’offre le George V parisien pour 185 millions de dollars et le rénove pour 120 millions. Par ses chaînes Four Seasons, Fairmont et Mövenpick, il contrôle plus de 200 établissements hôteliers dans le monde, y compris 6% de la chaîne française Accor et ses 4100 hôtels dans 95 pays.

Après la débâcle de Swissair

En 1997, le prince Al-Walid réalise son premier coup de dé dans la technologie avec 5% d’Apple, puis c’est au tour de la chaîne suisse Mövenpick d’entrer dans son giron (33%) avec des hôtels en Arabie saoudite, au Liban, en Jordanie, en Egypte, au Qatar, etc. Dans la foulée, il s’offre le groupe Swissôtel et ses 22 établissements rescapés de la débâcle de Swissair (Montreux Palace, Métropole à Genève, Plaza à Bâle, etc.), ainsi que la chaine Raffles à Singapour: «Tout a débuté en Suisse avec l’acquisition de l’Hôtel des Bergues en 2003, nous avait confié en 2006 le prince Al-Walid qui l’avait racheté pour 125 millions de francs après une visite d’à peine 20 minutes (avant de le revendre en 2008). L’argent est une bénédiction divine, mais il faut l’utiliser judicieusement et ne pas le gaspiller bêtement.» Un homme d'affaires malaisien, Ananda Krishnan, a racheté en 2008 les parts du prince dans l'établissement genevois.

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Ce qui ne l’empêche pas d’être le propriétaire de 200 modèles de voitures différents, quatre avions privés dont un Boeing 747 et un Airbus A340 quadriréacteur, ainsi que deux yachts souvent amarrés dans la baie de Cannes. En 2008, il avait même passé commande d’un Airbus A-380 aménagé sur trois ponts (!) pour son usage personnel avant d’y renoncer. Avec 26 milliards de dollars, le prince occuperait le 20e rang des plus grosses fortunes mondiales.

Une tour de 1 km de haut

Depuis vingt ans, il est aussi présent dans la construction avec Canary Wharf, le quartier d’affaires de la City à Londres et entreprend actuellement la construction de la tour la plus haute du monde à Djeddah, la Kingdom Tower, une tour de 1 km de haut, plus haute de près de 200 m que celle de son rival des Emirats à Dubaï, le Tour Khalifa. D’importantes parts d’AOL, Motorola, News Corporation (Sunday Times, Fox News, Sky, Star TV) e-bay, Twitter et beaucoup d'autres sociétés font aussi partie de son portefeuille d’actions.

Plutôt considéré comme un progressiste favorable à l’émancipation des femmes dans le royaume bien que plusieurs fois divorcé, préférant travailler la nuit plutôt que le jour, ne se couchant jamais avant 5 heures du matin, défenseur d’une image plutôt progressiste de l’islam, le prince Al-Walid connaît bien la Suisse qu’il fréquente depuis son enfance.

Son arrestation ce week-end ressemble à un grand nettoyage au sein des «Princes à papa» que sont les concurrents du jeune prince-héritier Mohammed, âgé de 32 ans seulement. Il doit succéder à son père, le roi Salmane, qui est âgé de 81 ans.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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