Bilan

Adam Said préfère investir localement

Le millionnaire genevois veut augmenter la part d’entreprises suisses dans son portefeuille. Il explique comment il a réussi à multiplier certains investissements, notamment via des SPAC.

Crédits: Niels Ackermann / rezo

«J’ai étudié aux Etats-Unis et aurais pu m’y établir, mais ma femme et moi avons choisi de revenir en Suisse; je souhaite soutenir et dynamiser le tissu économique du pays où j’ai grandi et qui m’a tant offert, déclare Adam Said à Bilan. Une Suisse prospère et stable, ce n’est pas acquis, cela se mérite!» Diplômé de Harvard en 2012, le cofondateur et CEO d’ACE & Company, qui gère 1,2 milliard d’investissements depuis Genève, a investi dans des enseignes helvétiques comme Swissquote, Sophia Genetics, SIG, Batmaid, Luigia ou encore Pouly. Il préfère le «local investing» à l’«impact investing» et aimerait hisser l’allocation à la Suisse de 6% à 15-20% de son portefeuille.

Mais cette année, c’est aux Etats-Unis qu’Adam Said et ses investisseurs ont réalisé des exits à plusieurs multiples dans la tech, et ce grâce à un véhicule particulier qui n’existe pas en Europe: «les SPAC». «Trois différents véhicules de ce type sont venus acquérir trois de nos entreprises.» Analyste financier de formation, Adam Said s’y est donc intéressé de près. Les SPAC ou Special Purpose Acquisition Companies, ce sont les héritiers des SPV (ou véhicules à but spécial) des années 2005-2006, qui étaient typiquement utilisés dans le secteur de l’énergie. Revenus au goût du jour, ils offrent un atout majeur: coter une entreprise en bourse en un rien de temps. Ces fonds se créent d’abord, entrent eux-mêmes en bourse, et ensuite acquièrent des parts d’entreprises non cotées, typiquement dans la tech. Cela dispense les entreprises sous-jacentes d’effectuer les démarches classiques pour s’introduire en bourse. «En six mois, le listing est fait, sans prospectus, ni banque d’investissement ni roadshow», selon le fondateur d’ACE. Les SPAC sont appréciés des fonds de pension anglo-saxons. Ces véhicules décident eux-mêmes dans quelles cibles ils vont investir: «Les clients qui leur confient leurs capitaux ne savent pas quelles seront ces cibles à l’avance», explique Adam Said. L’eldorado des SPAC, ce sont les Etats-Unis, où des hedge funds comme Pershing Square, de Bill Ackman, en sont les fers de lance.

Manque d’informations

ACE avait investi depuis quatre à cinq ans dans ChargePoint, numéro un des bornes de recharge aux Etats-Unis. La firme a vendu ses parts à un SPAC spécialisé dans le gaz naturel. Résultat: ACE affiche une performance de près de 4 fois la mise initiale. Dans Eos Energy, qui offre une alternative au lithium pour batteries, ACE a multiplié par deux sa mise. Enfin, dans Momentus Space, société de transport de satellites et d’équipements dans l’espace, ACE a investi une plus petite somme, mais depuis que la société est cotée via un SPAC, la performance se situe à près de 25 fois la mise. Comme l’explique l’investisseur genevois, les SPAC ont aussi leurs limites: offrant nettement moins d’informations sur les entreprises que si elles étaient cotées de manière classique, ils sont risqués pour les investisseurs. «Les SPAC ne sont pas tous qualitatifs, et le marché reviendra très probablement aux IPO classiques ou à des formes intermédiaires comme le «listing direct» qu’a réalisé notamment Spotify.»

Reste que la flexibilité des SPAC a procuré un avantage certain au marché américain, en y canalisant capitaux, innovations, développement. «En Europe, notre système financier n’a pas réussi à favoriser l’essor de champions continentaux, regrette le financier genevois. Il n’y a pas de Google, de Facebook, ou d’Amazon européen, faute de soutien du marché.» Il note que le talent est pourtant bien présent en Europe dans la réalité virtuelle, l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies. «Il faut soutenir ces innovations afin qu’elles s’établissent en Europe et y créent des écosystèmes, encourager le passporting européen, et aider les étudiants EPFL à rester en Suisse et à s’intégrer dans le tissu local.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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