Bilan

Actions: il est temps de faire le grand saut

Elles se heurtent au scepticisme des investisseurs. Pourtant, la Bourse a repris de la vigueur, et l’histoire a montré que les placements en actions étaient profitables à long terme.
  • Ceux qui déjouent le pessimisme ambiant en plaçant leur argent en bourse devraient tirer profit de leur courage sur le long terme. Crédits: Richard Drew/Keystone

«Les jeux sont faits. Tous les Etats sont en faillite.» Ces deux phrases, qui auraient pu être écrites aujourd’hui, ont trente ans déjà. Elles sont extraites d’un livre publié à Munich en 1982 sous le titre Wann kommt der Staatsbankrott? (A quand la banqueroute de l’Etat?), un ouvrage très lu à l’époque, et qui a atteint un tirage de 80 000 exemplaires.

Son auteur, l’économiste populaire Paul Martin, conseillait de se rabattre sur les placements en or et sur les énormes réserves d’argent liquide. Les actions lui semblaient un mauvais choix.

Pas de chance: les deux décennies qui ont suivi la parution du livre ont été parmi les meilleures de toute l’histoire de la Bourse. En Suisse également: entre 1982 et 2000, l’investisseur qui a placé 100 000 francs en actions suisses a vu sa fortune croître à 1,5 million de francs, ainsi que l’a établi le banquier privé Pictet dans une étude.

Le courage d’acheter des actions

On est toujours plus intelligent après-coup. En 1982, investir dans des actions exigeait beaucoup de courage. Endettement, chômage élevé, dépression économique et dévaluations monétaires, ces fléaux affectaient toute la société. En 1983, le rapport d’activité de la Banque nationale suisse (BNS) relevait qu’une économie en stagnation, un chômage en hausse et une scène financière internationale assombrie avaient été les signes distinctifs dominants de l’année 1982. Aux Etats- Unis, le taux de chômage se montait à 9,7% – à peu près au niveau actuel.

Dans un tel contexte, personne ne voulait investir dans des actions, même pas en rêve. En outre, depuis 1962, la Bourse était bredouillante. Pour retrouver son niveau de 1961, il lui a fallu attendre 1985, comme le démontrent les données mises en évidence par Pictet.

Durant cette longue phase de baisse, toute une génération s’est détournée des titres à dividendes. En 1979, le magazine Business Week a même proclamé la mort des actions en une. L’article ne prétendait pas seulement que seule la vieille génération faisait encore confiance aux actions, mais que l’inflation allait tuer le marché boursier. Effectivement, celle-ci était alors incroyablement élevée, atteignant des pourcentages à deux chiffres aux Etats-Unis, tandis que les emprunts d’Etat américains à vingt ans avaient une rentabilité annuelle de 15% – contre 2% seulement aujourd’hui.

Mais, dès 1982, le cours des actions est reparti à la hausse. Calculée en termes réels, cette hausse a été de 7% en 1982, de 24% l’année suivante et de 2% encore en 1984. Les actions ont continué à grimper jusqu’en juillet 1985. Les investisseurs qui n’avaient pas pris le train de la Bourse en marche se demandaient s’il n’était pas trop tard. En juillet 1985, le Tages-Anzeiger commentait: «La crise internationale de la dette est tout sauf réglée.» Cette phrase pourrait être reprise telle quelle aujourd’hui.

Les investisseurs qui, faisant fi des inquiétudes, ont misé sur les actions, ont gagné une fortune. 1985 a été l’année la plus faste pour les actions suisses: en termes réels, après déduction de l’inflation, ils ont gagné 56%. Et l’investisseur qui a tenu bon jusqu’en l’an 2000 a vu croître sa fortune de quatre fois et demie.

L’histoire permet de tirer des conclusions positives pour aujourd’hui: même si le monde semble au bord du gouffre, les actions peuvent évoluer à la hausse. Le fait que l’année boursière 2012 ait été un très bon cru et que l’année en cours a offert jusqu’à aujourd’hui des rendements à deux chiffres ne signifie pas qu’il soit trop tard et que le cours des actions va chuter. Il peut même grimper encore bien plus haut.

Certes, l’évolution passée des actions n’est pas une garantie de leur évolution future. Mais il est étonnant de constater que les périodes de stagnation, et respectivement de hausse, ont systématiquement duré entre quinze et vingt ans. Cette alternance pourrait être liée à la psyché humaine, qui incline à minimiser comme à exagérer. Si, à l’avenir, ces alternances se poursuivent au même rythme, on peut s’attendre à une nouvelle hausse à long terme dès 2015. Dans une perspective à long terme, on peut en conclure que c’est le bon moment d’acheter des actions. Quant à savoir s’il y aura un meilleur moment encore, cela se discute, selon le professeur de finance Erwin Heri (lire l’interview page 87).

Préférer un rythme trimestriel

Il est difficile de prédire le meilleur moment pour investir dans des actions. Toutefois, on recommande aux investisseurs privés de se baser sur des règles fixes et d’acquérir ces titres selon un rythme trimestriel ou semestriel. Cette manière de procéder ôte sa gravité à l’acte d’investissement et se traduit dans la plupart des cas par de meilleures performances à long terme.

Les investisseurs qui souhaitent tout de même obtenir une orientation concernant les meilleurs moments d’entrée et de sortie du marché boursier peuvent utiliser une moyenne mobile, grâce à laquelle il devient assez facile d’identifier les tendances à long terme à la hausse et à la baisse des dix années précédentes. Actuellement, la moyenne mobile sur deux cent dix jours n’incite pas à la vente, et pourtant, le dernier signal d’entrée date déjà d’un bon moment, et se situe à fin juin 2012.

L’argument le plus fort en faveur des actions est l’absence d’alternatives de placement. Les obligations d’Etat helvétiques à dix ans rapportent encore quelque 0,6%, et sur la plupart des comptes épargne les taux d’intérêt sont encore plus bas: selon le comparateur Comparis, PostFinance offre 0,5%, la Banque Migros 0,25%, Credit Suisse 0,15% et UBS 0,1% seulement.

Par comparaison, avec ses 3,2%, le rendement sur dividendes des actions de l’indice SMI est très élevé. Pour la première fois depuis quarante ans, le rendement sur dividendes des actions américaines est plus élevé que celui des obligations d’Etat.

A moyen terme, cela devrait se traduire par un transfert des placements des comptes épargne et des obligations vers les marchés boursiers. Ce ne sera pas brutal, mais cela se produira à mesure que les obligations arrivent à échéance. Là, les investisseurs devraient se décider plus souvent à réinvestir leurs fonds dans des actions qui offrent un rendement sur dividendes nettement plus élevé que les obligations avec coupons.

Thomas Della Casa, responsable des investissements auprès de la Neue Helvetische Bank, en est convaincu. Il voit un autre argument en faveur des actions. Les titres pris individuellement, comme Bucher Industries, sont moins bien cotés aujourd’hui qu’il y a trois ans. «En outre, l’économie mondiale est en croissance. Pas en Europe, mais aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Asie», argumente-t-il.

Toutefois, de manière générale, l’ambiance n’est pas à la fête. De plus en plus de banques, comme la Banque Cantonale de Zurich, la Banque Sarasin et Hyposwiss, s’attendent à une correction. Les prévisions les plus sombres voient le SMI chuter en dessous des 7000 points – contre près de 8000 aujourd’hui. L’inquiétude domine aujourd’hui, comme c’était le cas en 1982 ou en 1985. Investir dans les actions demande du courage, et c’est bon signe.

Car les investisseurs ne doivent pas acheter leurs actions au moment où tous les autres le font, car, dans ce cas, c’est qu’il est temps de vendre. Et ceux qui, malgré le pessimisme ambiant, s’y risquent, devraient tirer profit de leur courage sur le long terme et gagner une fortune d’ici à vingt ans. Comme cela a été le cas entre 1981 et 2000 ou même ces vingt dernières années.

Un avenir radieux

Pour évaluer l’évolution de la Bourse à long terme, il vaut peut-être le coup d’observer les tendances de la mode vestimentaire, dont les artisans doivent saisir au vol l’atmosphère générale qui influence fortement la Bourse. L’indicateur de la longueur des jupes des dames est très connu. Il dit que plus les jupes se raccourcissent, mieux la Bourse se porte.

Autre indicateur: les couleurs. Les couleurs lumineuses, très en vogue dans les années 1980, semblent faire leur grand retour et sont un bon signe. Voyons voir combien de pantalons aux teintes vives arpenteront les trottoirs cet été.  

Harry Büsser

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