Bilan

A Sintra, la BCE avance prudemment vers un virage monétaire

Le président de la BCE Mario Draghi a estimé que la confiance revenant en Europe, davantage de demande et d'investissement pourrait suivre.

La BCE a toutes les raisons de rester "prudente" avant d'ajuster le cours de sa politique monétaire, a estimé Mario Draghi.

Crédits: AFP

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a estimé mardi que la confiance revenant en Europe, davantage de demande et d'investissement pourrait suivre, mais la "prudence" s'impose avant tout ajustement de la politique monétaire.

"Il y a une confiance nouvelle dans le processus de réforme et un nouveau soutien à la cohésion européenne, ce qui pourrait aider à libérer la demande et l'investissement", a souligné le banquier central en ouverture du forum annuel de la BCE à Sintra, près de Lisbonne.

"Tous les signaux indiquent maintenant un renforcement et un élargissement de la reprise dans la zone euro", a-t-il également déclaré.

Si "les forces pour une relance sont à l'oeuvre" et qu'on "peut être davantage assuré d'un retour de l'inflation qu'il y a quelques années", M. Draghi a toutefois estimé que le travail de la BCE vers l'objectif d'une inflation proche de 2% sur la durée était contrarié par une "stagnation" durable de la demande et de l'investissement, et ce alors que l'emploi s'améliore nettement en zone euro.

Lors de débats économiques à Sintra, le professeur Thomas Philippon, de l'Université de New-York, a estimé que le reflux des investissements en Europe était surtout conjoncturel, une relance étant à attendre une fois réglées les difficultés en matière bancaire et de dette souveraine.

Ajustement monétaire graduel 

De fait, le cycle de reprise en zone euro s'est affermi depuis trois ans, mais la BCE attend toujours que des pressions inflationnistes plus fortes se manifestent. Point encourageant, le sous-emploi des capacités de production, considéré à la BCE comme un frein principal à la remontée des prix, est en train de diminuer, a noté l'Italien.

Mais malgré ce contexte encourageant, "nous devrons être graduels lors de l'ajustement de nos paramètres de politique" monétaire, a-t-il prévenu.

Depuis 2015, la BCE a ramené ses taux directeurs à leur plus bas niveau et commencé à inonder le marché de liquidités, en rachetant chaque mois des dizaines de milliards d'euros de dette. Cela a permis de soutenir la croissance économique et de refouler le spectre de la déflation en zone euro, qui menaçait en 2014.

En même temps, la BCE doit agir face à des facteurs internationaux, comme les taux de change, les prix des matières premières et la remontée des taux d'intérêts à long terme, lesquels influent aussi sur les conditions financières en zone euro, a expliqué Mario Draghi.

Les taux à long terme ont entamé leur remontée en zone euro sans que la BCE n'ait eu à agir, mais dans la lignée d'un resserrement monétaire en cours par la Réserve fédérale américaine (Fed). Janet Yellen, la présidente de la Fed, devrait d'ailleurs expliciter sa propre vision de la situation économique lors d'un discours à Londres à 17H00 GMT.

Soutien maintenu à l'économie 

Du fait de ces incertitudes persistantes, la BCE a toutes les raisons de rester "prudente" avant d'ajuster le cours de sa politique monétaire, a estimé Mario Draghi.

"Au fur et à mesure que l'économie continuera de se redresser, une politique (monétaire) constante offrira davantage de soutien, et la banque centrale pourra accompagner la reprise en ajustant les paramètres de ses instruments de politique, non pas pour durcir sa politique, mais pour la maintenir globalement inchangée", a élaboré le président de la BCE, dont chaque mot est décortiqué par les investisseurs à l'affût de tout signal d'un changement de position.

Pour Mario Valli, économiste de chez UniCredit, cette phrase suggère que la BCE va annoncer, probablement début septembre, la diminution progressive des achats de dette publique et privée, lequel repli devrait s'étaler sur l'année 2018.

Les propos de Mario Draghi ont eu un effet dopant sur l'euro, la monnaie unique cotant 1,13 dollar à 12H15 GMT.

Sans citer de pays en particulier, le président de la BCE a également considéré que "les vents politiques deviennent des vents arrière" permettant à l'Europe de pouvoir repartir de l'avant.

Lundi, il avait aussi estimé que la voix des anti-euro, très porteuse il y a un an après le Brexit, ne représentait aujourd'hui à peine plus que "des chuchotements" à travers l'Europe.

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