Bilan

A qui a profité la politique de l’argent facile?

La stratégie des banques centrales s’est répercutée plus favorablement sur les personnes fortunées que sur l’économie réelle.

A la Bourse de New-York, le Dow Jones ne cesse de battre des records.

A qui a profité la politique monétaire ultra-accommodante menée par les banques centrales américaine et européenne? La question se pose au moment où elles prennent un nouveau virage. Dix ans après le début de la crise financière mondiale, la Fed réduit depuis le début octobre ses investissements dans les bons du Trésor et les titres hypothécaires monétaires. A partir de l’an prochain, la Banque centrale européenne (BCE) suivra le même chemin en diminuant ses achats d’actifs. Autrement dit, une page se tourne dans un environnement économique plutôt encourageant.

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Dans la zone euro, le produit intérieur brut a augmenté de 2,4% au 3ème trimestre 2017 par rapport à la même période de l’an dernier, alors que le taux de chômage a baissé à 8,9% en septembre. Aux Etats-Unis, l’activité économique a progressé de 3% au cours des neuf premiers mois de cette année, tandis que le nombre de sans-emplois a fléchi à 4,1% en octobre.

Les marchés financiers stimulés

Si la politique monétaire des banques centrales a permis d’éviter un désastre économique, elle a d’abord stimulé les marchés financiers. Aux Etats-Unis, Wall Street ne cesse de battre de records. Depuis le printemps 2009 où les valeurs avaient chuté à un plus bas historique, le Dow Jones a plus que triplé pour dépasser les 23'000 points. En Allemagne, l’indice-vedette de la Bourse a presque quadruplé pendant la même période.

Cette flambée des actions a profité aux personnes les plus fortunées. Le palmarès de Forbes n’a jamais recensé autant de milliardaires qu’en 2017. Il en compte 2043. Selon une étude de Credit Suisse, le patrimoine accumulé par les plus riches est toujours plus concentré. 1% de la population mondiale détient 50,8% du total des actifs des ménages. Soit davantage que dans les années 2000. A l’inverse, affirme l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), 75% des ménages des pays développés ont enregistré une stagnation de leurs revenus au cours des dix dernières années.

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De nombreux économistes estiment que la politique monétaire a été trop accommodante et ce pendant trop longtemps. Avec leur stratégie baptisée «Quantitative Easing», les deux banques centrales américaine et européenne ont accumulé des titres pour des sommes impressionnantes: 4200 milliards de dollars pour la Fed et 2000 milliards d’euros pour la BCE. Selon les calculs de l’économiste français Patrick Artus, la monnaie créée par l’ensemble des instituts d’émission de la planète s’est élevée à 20'000 milliards de dollars, ce qui représente environ 30% du produit intérieur brut mondial contre 6% à la fin des années 1990.

La bourse déconnectée de l'économie réelle

En inondant les marchés de liquidités, les stratèges monétaires ont favorisé les comportements spéculatifs au point que l’évolution de la Bourse s’est, une nouvelle fois, complétement déconnectée de celle de l’économie réelle. De même, ils ont encouragé le recours à l’endettement. Aux Etats-Unis, la dette des ménages a dépassé au 2ème trimestre 2017 le record établi au 3ème trimestre 2008.

En clair, la politique des banques centrales risque de conduire à une nouvelle déflagration. «La crise de 2008 pourrait être une aimable répétition», écrivent Patrick Artus et la journaliste Marie-Paule Virard dans leur ouvrage La folie des banques centrales: pourquoi la prochaine crise sera pire.

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Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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