Bilan

«Riyad a gagné la guerre du pétrole»

Pour l’expert Kenneth Hersh, il faudrait un prix du baril à 50 dollars pour que les producteurs américains soient rentables. Il prévoit que les prix reviendront à 60-70 dollars d’ici à la fin de 2017.

Champ pétrolifère en Californie.

Crédits: Mark Ralston/AFP

Le 8  février, le pétrole est passé sous les 30  dollars, avant de se reprendre légèrement. Alors que les faillites parmi les sociétés pétrolières et gazières américaines ont atteint un niveau record, l’avenir dans le secteur pétrolier se jouera sur les prix. «Le prix chute car l’offre reste excédentaire, explique le spécialiste américain Kenneth Hersh, CEO de NGP Energy Capital Management. Mais il rebondira lorsque la production deviendra insuffisante.»

A l’heure actuelle, la production mondiale décline, car les producteurs qui ne font pas partie de l’OPEP n’ont plus les moyens de réinvestir, en raison de la fonte de leurs marges. Les dépenses d’investissement ont baissé de 500 milliards de dollars depuis 2014. «Dès lors, la production baissera de 600 000 barils cette année pour les pays non OPEP», poursuit Kenneth Hersh. A terme toutefois, la demande excédera l’offre, même en tenant compte de la production iranienne.

En raison des prix bas, la demande des consommateurs pour 2016 s’avère en effet déjà trois fois plus élevée que les prévisions antérieures. Kenneth Hersh anticipe que le prix se stabilisera à la fin de cette année. En 2017, les stocks se réduiront et, automatiquement, le prix rebondira. «Il se situera vers les 60-70  dollars à la fin de 2017», prévoit-il.

Quant aux producteurs américains de pétrole de schiste, dont la moitié se sont retrouvés en difficulté avec la chute des prix, avec des dégraissages portant sur quelque 100 000 emplois, «ils se remettront en activité lorsque le prix remontera, mais ne pourront plus générer la croissance des débuts». Leur production est passée de 5 millions de barils par jour il y a cinq ans, à un pic de 9,7  millions en 2015, pour décliner à présent à 9,2  millions. «Ce déclin de 500 000 barils équivaut à la production supplémentaire iranienne quotidienne», compare Kenneth Hersh. 

La faiblesse du pétrole de schiste réside dans le rythme très rapide d’épuisement des puits, avec des déclins de 30% par année, tandis que les nouveaux gisements se font rares. «Les Etats-Unis ont réussi à réduire leur seuil de rentabilité de 80 à 50  dollars le baril, mais cela reste une moyenne», résume le spécialiste. 

Aujourd’hui, le secteur est arrivé à ses limites en termes de gains d’efficience, et son seuil de rentabilité ne baissera pas davantage, estime Kenneth Hersh. «Lorsque le prix rebondira, l’investissement dans le secteur repartira, mais l’activité ne sera pas très rentable: une bonne part des profits, explique-t-il, est absorbée par les compagnies de services pétroliers, ce qui ramène à zéro la marge de profit des producteurs.» 

74  millions de barils non rentables

Pour l’heure, selon lui, un baril à 30  dollars est «totalement insoutenable pour les producteurs des Etats-Unis, du Mexique, du Canada, de la mer du Nord ou du Nigeria». Or, cela représente 74  millions de barils par jour, qui ne sont pas produits de manière rentable. L’Arabie saoudite, quasi seule à pouvoir entrer dans ses frais aux prix actuels du marché, ne représente que 10 millions de barils sur les 94 millions produits globalement.

«A l’évidence, estime Kenneth Hersh, l’Arabie saoudite a gagné la guerre du pétrole, car les Etats-Unis et le Venezuela ont réduit leur production; Riyad a décidé de voir quel est le plancher naturel du marché et de ne plus subventionner les producteurs à coûts élevés. Mais leur budget souffrira jusqu’à ce que le marché fasse naturellement remonter les prix du baril.»

En effet, les Saoudiens n’ont pas seulement les coûts de production à couvrir: ils ont aussi, depuis le Printemps arabe, des coûts sociaux élevés que la production pétrolière doit aussi couvrir. Dès lors, leur marge bénéficiaire s’est nettement réduite. Peu de véritables gagnants, donc, du côté des producteurs.  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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