Bilan

«RIE III: l’incertitude n’aide pas Genève»

Les associés de la fiduciaire Berney estiment que le canton doit clarifier les conditions de la réforme fiscale et faire davantage pour la création d’entreprises et l’innovation.

Des sociétés de trading cherchant à se domicilier à Genève calculent leur dépense nette.

Crédits: Michele Falzone / GETTY IMAGES

«Les entreprises sortent d’une année difficile», témoignent Laurent Berney et Philippe Joerg, associés de Berney, un des plus importants cabinets fiduciaires en mains privées. Berney Associés, qui fêtera ses 25 ans en 2016, observe les tendances chez un grand nombre de PME romandes actives dans la distribution, le commerce, la restauration, le trading de matières premières ou encore la finance. 

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Pour ces experts, l’incertitude qui plane toujours à Genève au sujet de la RIE III (troisième réforme de l’imposition des entreprises) n’est pas favorable au canton, alors que des sociétés de trading cherchant à s’y domicilier sont orientées essentiellement sur la dépense nette en termes d’impôt sur le revenu et le bénéfice et doivent avoir une visibilité pour faire leurs calculs.

«L’absence d’une certitude au sujet du taux d’imposition définitif à Genève et d’une échéance claire freine l’arrivée de nouveaux acteurs, qui dans le doute optent pour d’autres localisations, y compris la région lausannoise, puisque le canton de Vaud a déjà fixé son taux à 13,79%», observe Laurent Berney. Il note que le canton de Vaud montre en général une approche plus business friendly, qu’il souhaiterait revoir à Genève. 

La patent box (imposition avantageuse pour la propriété intellectuelle) est, selon lui, intéressante pour nombre de sociétés établies à Genève: «Il faudrait l’assortir de crédits d’impôt plutôt que de surdéductions, dans l’idée d’attirer des entreprises innovantes à Genève, au lieu de voir les riches fortunes d’ici investir ailleurs, là où se trouve l’innovation.» 

La RIE III est une opportunité à ne pas manquer, selon les associés de Berney, alors que ces dernières années ont été marquées par des incertitudes au sujet du forfait fiscal et de l’initiative sur les successions. «Certes, ces incertitudes ont été levées, et entre-temps le Royaume-Uni a décidé de taxer les résidents non domiciliés, ce qui rend la Suisse attractive en comparaison, mais pas suffisamment.»

En effet, l’impôt sur la fortune, par exemple, est selon eux trop élevé à 1%, alors que le rendement du capital n’a jamais été aussi faible. «Le taux de 1% devient inadéquat dans le contexte actuel.» 

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En outre, «pour les entrepreneurs, être imposé sur la fortune qui est investie dans l’entreprise est pénalisant. «Pourquoi être taxé si l’on laisse la totalité de l’argent dans l’entreprise?» Pour eux, il n’est pas logique qu’un chef d’entreprise paie un impôt sur une valeur immobilisée, qui n’est donc pas liquide. Philippe Joerg évoque le cas où un héritier d’une maison d’une valeur de 20 millions a préféré la vendre en raison de l’impôt sur la fortune. «Heureusement, ajoute-t-il, que nous n’avons pas eu la triple imposition fortune, revenus et successions!»

«Favoriser la valeur ajoutée»

Philippe Joerg souligne que, cette année, les entreprises romandes ont eu nombre de contraintes. Les sociétés financières ont dû mettre en œuvre la législation américaine Fatca et l’échange automatique d’informations fiscales. Les PME tournées vers l’exportation ont dû comprimer leurs marges, déjà peu élevées. «Il y a eu des cessations d’activités, et des faillites sont dans le pipeline», observe-t-il.

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Ce contexte n’a pas aidé les affaires de la fiduciaire Berney, les PME ayant réduit l’externalisation des services comptables, de gestion des salaires et des tâches administratives. Mais la fiduciaire a d’autres cordes à son arc: elle conseille les PME à l’aide d’outils de reporting automatisés et de mesures d’amélioration du ratio de coûts-revenus. «On s’appuie sur notre large base de données pour conseiller les PME sur les meilleures stratégies fiscales, comptables et RH», souligne Laurent Berney. Si Genève doit se relever, concluent les associés, le canton doit clairement «favoriser ceux qui créent de la valeur ajoutée».  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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