Bilan

«Open banking»: le seul futur possible

Pour rester compétitives, les banques doivent collaborer activement avec les fintechs, selon la plateforme Saxo Bank. Une directive européenne trace la voie du partenariat technologique.

Kim Fournais, cofondateur et CEO du spécialiste du négoce en ligne Saxo Bank.

Crédits: Dr

«Dans dix ans, il va nous sembler quelque peu absurde de se dire que toutes les banques détenaient chacune leur propre plateforme, alors que les services financiers sont basés dans le cloud.» Pour Kim Fournais, cofondateur et CEO du spécialiste du négoce en ligne Saxo Bank, le constat est sans appel: les banques traditionnelles vont devoir se débarrasser de leurs anciennes infrastructures technologiques si elles veulent conserver des services compétitifs. Moins de coûts et de complexité informatique leur permettraient de se concentrer sur une expérience finale sur mesure et de mieux soutenir leur gestion de la relation client. 

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«Elles ne sont pas agiles comme Google, alors qu’elles rencontrent des opportunités pour le devenir», ajoute le Danois, précurseur de la banque numérique, de passage au bureau genevois du groupe en septembre dernier. 

L’écosystème des start-up actives dans les technologies financières a confirmé, au cours des deux dernières années, son rôle déterminant dans cette transformation. «Les banques doivent collaborer avec les fintechs pour mener à bien la numérisation de leurs services, souligne Daniel Diemers, associé Financial Services chez PwC Strategy & Suisse. Des segments ont déjà bien avancé dans leur mue. C’est le cas par exemple du paiement digital. La transformation de la banque privée, quant à elle, est plus complexe. Les robo-advisors commencent doucement à intéresser les clients.»

Développement à moindre coût

«Les banques ont compris qu’elles ne pouvaient continuer ainsi, chacune de leur côté, poursuit Kim Fournais. Les discussions que nous avons désormais avec elles sont beaucoup plus rationnelles.» 

Saxo Bank prône un modèle «ouvert» et transparent des services financiers. Fondé en 1992, devenu une banque européenne en 2001, le groupe danois se définit comme la «seule vraie plateforme de trading multi assets». Son offre d’investissement diversifiée s’est étendue fin septembre avec le lancement d’une solution entièrement numérique de négoce d’obligations, première du nom. 

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«Nous construisons des pipelines pour les services et instruments des banques traditionnelles et des entreprises fintechs, faciles à maintenir et qui s’adaptent aux évolutions technologiques», détaille son CEO. Soit un accès libre à une plateforme tierce multi assets pour que petites structures innovantes et grandes institutions y développent des produits et distribuent leurs services. Sa commercialisation a débuté en 2015. La banque développe ce type de partenariats depuis de nombreuses années.  

«Nous ne pouvons pas être les meilleurs en termes de volume de clients – les grandes banques en ont des millions – rappelle Kim Fournais. Or, nous pouvons être bons dans l’offre à disposition sur notre plateforme, en proposant d’améliorer l’expérience clients et de réduire les coûts de complexité technologique.»

Partenariat technologique

Le modèle d’interface ouverte constitue une étape primordiale pour dynamiser le secteur. «Le futur de la banque ne peut passer que par là et une gestion meilleure des API (interfaces qui permettent d’établir des connexions entre plusieurs logiciels, ndlr), affirme Alexandre Gaillard, CEO d’InvestGlass, une start-up qui propose un robo-advisor pour optimiser la gestion de fortune. C’est la seule manière pour les banques de réduire leurs coûts de connexion avec la fintech. Il est nécessaire de miser sur la programmation collaborative.» 

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Si, d’après lui, le rapprochement des fintechs et des banques traditionnelles n’est pas encore opéré, le jeune entrepreneur constate un changement radical du discours des propriétaires de banques sur la place genevoise. «Ils ont pris la mesure de l’évolution actuelle des fintechs et des attentes des clients et parlent désormais davantage de la façon de mieux servir la clientèle. Une stratégie qui nécessite de s’interconnecter avec les fintechs, souvent spécialisées dans des domaines de pointe comme le crowdlending et l’automatisation des ventes.»

PSD2 confirme le tournant 

Du côté législatif, la directive européenne remaniée sur les services de paiement PSD2, introduite d’ici à 2018, confirme le tournant dans l’open banking. En proposant un accès standardisé aux données et aux structures de paiement via des API, elle facilitera le déploiement des prestataires tiers et des fintechs. «C’est une régulation stratégique, très innovante, souligne Daniel Diemers, de PwC Strategy & Suisse. Elle rend possible l’émergence de nouveaux modèles d’affaires, ce qui va créer davantage d’opportunités pour les clients, des produits plus innovants et, dans certains cas, moins chers.» 

Un coup d’accélérateur salutaire en matière de réglementation, selon Alexandre Gaillard. «Chaque client pourra devenir sa propre banque. Les institutions seront obligées de changer leur façon d’analyser le risque et leur politique d’investissement.»

Si les fintechs considèrent l’introduction de cette directive avec enthousiasme, les acteurs traditionnels demeurent pour la plupart méfiants. Selon une étude de PwC menée au premier semestre 2016, 68% des banquiers interrogés ont fait part de leur crainte de perdre le contrôle de l’interface clients et de voir leur position globalement affaiblie par cette concurrence accrue. 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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