Bilan

«Nous quittons la banque Syz à un moment très favorable»

Alfredo Piacentini, membre fondateur de la banque Syz, explique à Bilan pourquoi lui et son associé Paolo Luban ont choisi de quitter la banque.

Alfredo Piacentini

Crédits: Wavre/Rezo

Pourquoi avoir décidé aujourd’hui de vendre vos parts dans la Banque Syz?

Nous avions un contrat d’association qui avait été renouvelé en 2006 et qui arrivait à échéance en juin 2014. On s’est posé la question en début d’année comment le renouveler. J’ai fait personnellement énormément de management ces dernières années et j’avais envie de revenir à ma formation de base et ce que j’aime, qui est de gérer de l’argent et surtout de gérer des fonds. Je rappelle aussi que cela fait vingt ans que nous sommes associés et nous sommes un des rares exemples d’associations à avoir débuté et duré aussi longtemps.

On a quand même un peu l’impression que vous quittez le navire en pleine tempête ?

Non, vraiment pas, au contraire. Ça aurait été le cas il y a 3 ou 4 ans. Nous quittons à un moment très favorable où nous avons une relève que nous avons formée ces dernières années et qui peut sans autre reprendre des services de manière autonome. On part au moment où la structure a une configuration idéale, avec des marchés qui se reprennent, des actifs qui rentrent et des fonds qui performent.

On dit souvent que l’association est comme un mariage. Aujourd’hui, vous divorcez ?

Non, je ne dirai pas cela, car nous avons beaucoup d’enfants en commun (rires). Et je vais garder des liens étroits avec la banque en gardant la présidence de la structure en Italie et en continuant à gérer le fonds italien que j’ai crée il y a 18 ans. Eric Syz était majoritaire, c’était naturel qu’il reprenne le tout à terme. Et je vous dis encore une fois, on se quitte en très bonne amitié. On reste copains et nous n’avons aucune animosité.

Deux associés fondateurs qui quittent la banque en même temps alors que le contexte est difficile pour la place financière suisse. Vous comprenez les interrogations et les interprétations de certaines personnes?

Oui, je comprends très bien. Toutefois, cette échéance de 2014 était connue depuis 2006. Donc, notre décision de vendre nos parts s’est faite de manière très naturelle.

C’est quand même une page qui se tourne pour la banque Syz...

Oui, c’est la deuxième saison pour la banque (rire). Et elle peut-être bien meilleure que la première. La banque a aujourd’hui une structure relativement archaïque, un peu collégiale, à l’ancienne, avec trois associés et du staff en dessous. Avec 450 collaborateurs, la banque devait évoluer vers une structure plus moderne, façon pyramidale, avec un CEO et un comité exécutif qui s’occupe des différents secteurs.

Est-ce qu’il y a un risque que des clients quittent la banque suite à votre départ ?

Non, absolument pas. Les clients sont très attachés à la banque. En plus, ni Paolo Luban, ni moi-même avons une clientèle significative pour impacter la banque.

Vous avez parlé de fonder une structure plus petite, type family office. Dès lors, n’entrez-vous pas directement en concurrence avec la banque ?

Non, je ne crois pas. La banque gère 33 milliards, donc ça serait difficile d’entrer en concurrence avec elle. Par ailleurs, je tiens énormément à cette banque et j’ai beaucoup de sympathie pour Eric Syz. Ensuite, je ne sais pas encore exactement quelle configuration aura ma nouvelle activité, mais elle se concentrera principalement sur la gestion de fonds. J’aimerais surtout avoir une activité qui m’amuse et qui sera non conflictuelle avec la banque.

Aujourd’hui, êtes vous plutôt nostalgique ou soulagé ?

Je suis extrêmement nostalgique parce que je suis très attaché aux gens qui travaillent ici, surtout à ceux que j’ai engagé et pour qui j’ai beaucoup d’estime. J’ai énormément de peine à me détacher de cela. Par contre, je suis aussi soulagé car je m’enlève le poids des responsabilités du management au quotidien.

Quel bilan tirez-vous de l’aventure Syz ?

Exceptionnel ! L’aventure a été au-delà de tous nos espoirs. Nous n’arrivons même pas vraiment à identifier pourquoi nous avons eu un tel succès. C’est sûrement la conjonction entre le travail, une bonne entente, et la chance. Et l’une de nos forces a été d’être capable d’identifier des talents et des gens de qualité. Par ailleurs, nous étions au départ trois techniciens et non pas trois private Bankers.

Quelle est l’ambiance au sein de la banque en ce moment ?

Certains sont un peu tristes. Mais en même temps, ils sont rassurés car notre départ tord définitivementle cou aux rumeurs de rachat de la banque.

Parlez-nous de vos projets personnels à court terme ?

Si j’arrive à me libérer un peu de temps, je le consacrerai premièrement à ma famille. J’ai aussi deux ou trois projets que je n’ai jamais réussis à faire. Je me réjouis aussi de faire quelques escapades en bateau… Mais quand vous avez l’habitude de travailler, c’est difficile de décrocher complètement...

Chantal Mathez

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