Bilan

«Notre plus vieux client sur mobile banking a 101 ans»

La Banque cantonale de Genève (BCGE) se lance dans la banque privée digitale. Son CEO Blaise Goetschin estime que la conversion au digital se fera par paliers.

Blaise Goetschin, CEO de la BCGE, estime que la transition vers le digital sera progressive et dépendra de la culture de chaque utilisateur, pas uniquement de son âge.

Crédits: Loris von Siebenthal

La finance personnelle digitale devient de plus en plus une évidence pour les banques. La Banque Cantonale de Genève (BCGE) lance aujourd’hui sa plateforme web avantageservice.ch. Elle cible la clientèle privée résidente en Suisse. Compte épargne, prêt hypothécaire en ligne (contractable en moins de 15 minutes), prévoyance individuelle, fonds de placement et mandat de gestion sont désormais accessibles au client à travers un processus digital sécurisé.

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«Ce site ne vise pas à conquérir le marché de la clientèle de détail, mais celui de la clientèle affluente qui dispose d’économies à placer», explique Blaise Goetschin, CEO de la BCGE: «La plateforme propose d’entrer dans un programme construit sur l’épargne. Il s’agit de suivre nos clients, des Genevois, des personnes travaillant pour des sociétés du bassin lémanique, et les communautés francophones dans le reste de la Suisse. De notre point de vue, c’est la meilleure offre de plan de fidélité en Suisse».

Digitalisation bancaire incrémentale et graduelle

La banque cantonale, qui a collaboré pour sa plateforme avec Emakina, Swisscom, Appway, SERIAL, et Network Effects, croit en la digitalisation bancaire en Suisse, mais de manière incrémentale et graduelle. «L’évolution sera progressive. De notre côté, c’est une courbe d’apprentissage. Nous mettons en place la plateforme, avec des conseillers dédiés, et serons à l’écoute des besoins du marché», ajoute Blaise Goetschin.

Commentant l’aspect instantané de ces nouvelles prestations, à l’instar des hypothèques, il estime que cela correspond à l’émergence d’une culture de «digital natives». «En réalité, il y a plusieurs cultures superposées, poursuit-il, non seulement pour des raisons de génération, mais aussi pour des raisons de développement socio-culturel, c’est-à-dire pas nécessairement lié à l’âge mais au degré d’éducation. Notre plus vieux client sur mobile banking a 101 ans».

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Cette nouvelle banque ne remplacera pas l’ancienne banque, insiste Blaise Goetschin: «Ce canal complète les autres canaux. Pour survivre demain, nous devons être multi-canaux». Certains clients, explique-t-il, n’auront plus besoin de venir dans une agence, et feront tout à distance, par voie électronique; il est ainsi possible pour les clients résidents en Suisse d’ouvrir un compte en ligne à distance, et de s’identifier via un système Swisscom intégralement par écran (et s’il le faut, par documents notariés postés, ce qui veut dire que tout peut être fait à distance).

«Une banque bionique»

Pour certains clients, lorsqu’il y a une certaine intensité d’affaires, le contact direct restera indispensable. D’autres clients, en général âgés, voudront venir dans les agences avec leur ordinateur, pour rentrer en ligne, avec l’aide d’un conseiller. D’autres encore voudront uniquement le contact humain, parmi lesquels ceux qui sont fatigués des écrans. «Je suis persuadé que la conversion au digital se fera par paliers», résume le CEO.

De ce fait, la banque insiste sur le fait qu’elle n’entend pas déléguer la relation clientèle à une machine, mais «s’appuyer sur des algorithmes éprouvés pour proposer une offre transparente, disponible simplement et rapidement». Et de conclure: «Ce n’est donc pas l’émergence d’une banque robotisée anonyme, mais bien celle d’une banque bionique qui prolonge les capacités et compétences humaines de ses conseillers par une technologie asservie ».

Dès 2013, la BCGE, qui emploie 740 personnes, avait mené une vaste réflexion et investi 20 à 25 millions de francs pour être équipée afin d’accompagner le passage de générations de la clientèle vers le digital de manière fluide, en faisant de la technologie une alliée plutôt qu’une menace.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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