Bilan

« Maintenant à 7000 dollars, la valeur du bitcoin peut encore décupler »

Expert dans le domaine de le blockchain et du bitcoin, Luzius Meisser plaide pour que la Suisse s'affirme comme pôle de compétence mondial dans les monnaies cryptées. Les monnaies virtuelles vont continuer d'évoluer sur des montagnes russes. Mais pourraient rapporter gros.
  • La valeur du bitcoin a maintenant crevé le plafond des 7000 dollars.

  • D'origine grisonne et basé à Zurich, Luzius Meisser est le fondateur de la Bitcoin Association Switzerland.

L'économiste et informaticien Luzius Meisser est le fondateur de la Bitcoin Association Switzerland. Originaire des Grisons, ce doctorant à l’Université de Zurich est un pionnier dans le domaine des cryptomonnaies qu’il explore depuis 2011. Il participait cette semaine au CEO DAY organisé à Zurich par le fonds d’investissement Venture Incubator. Luzius Meisser répond aux questions de Bilan.

La valeur du bitcoin a franchi la barre invraisemblable des 7000 dollars. Sommes-nous dans une bulle?

Luzius Meisser: Le niveau de 7000 dollars est très très haut. Mais le bitcoin pourrait monter encore davantage du moment que le trading de futures est introduit à grande échelle sur le marché traditionnel. Une opération qui a d’ores et déjà été annoncée par le groupe CME. Personnellement, je n’achèterais pas à ces prix. Il y a un truc pour garder la tête froide. Si vous êtes tenté d’investir dans un actif dont tout le monde parle à un moment donné, fixez-vous une échéance à quelques mois de là pour reconsidérer votre intention. De cette manière, vous découplez votre décision d’achat du point où cet investissement est particulièrement «chaud».

Est-il trop tard pour investir dans le bitcoin?

Je continue à penser que sa valeur peut encore décupler dans les années à venir. Mais les prévisions sont toujours hasardeuses. Si vous aimez le bitcoin et pouvez en acquérir pour un montant qui vous rendra heureux s’il décuple, mais ne vous manquera pas si vous en perdez la totalité, alors allez-y.

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Il existe maintenant différentes autres cryptomonnaies comme l’Ethereum. Laquelle est votre préférée?

Ma favorite est l’Ethereum. Le bitcoin est devenu ennuyeux dans la mesure où il a trouvé un rôle similaire à celui de l’or, en servant de monnaie de réserve et à la préservation de valeur. L’Ethereum est beaucoup plus innovant et se profile comme la plateforme de premier choix pour les ICOs. Mais il faudra encore quelques années pour que l’Ethereum déploie tout son potentiel.

Comment expliquer le développement d’une «crypto-valley» à Zoug, au cœur de la Suisse?

Les start-up actives sont très bien accueillies à Zoug. Comme il s’agit d’un petit canton, les autorités sont plus facilement approchables qu’ailleurs. L’administration fiscale répond de manière rapide et ouverte aux questions, tandis que dans les autres cantons, les réponses sont plus lentes et plus réservées. Le fédéralisme helvétique est une grande force en raison de la décentralisation du pouvoir. En France, si Paris prend une décision défavorable aux cryptomonnaies, elle est valable pour tout l’Hexagone.

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Comment les autorités helvétiques peuvent-elle favoriser le développement de l’industrie des crypto-monnaies?

Une utilisation primordiale de la blockchain concerne les actions et obligations digitales. Il y a là un énorme potentiel. Mais cette application reste irréalisable tant que la loi suisse continue à exiger une signature écrite pour le transfert de dette et de titres (articles 165 et 973c de la Loi fédérale complétant le code civile). D’autres pays comme l’Allemagne par exemple ignorent ce genre de contraintes. Lever cette restriction en Suisse donnerait un coup de fouet à la digitalisation de l’économie.

De plus en plus de sociétés annoncent des ICOs (Initial Coins Offering), des opérations qui sont moins contrôlées que les entrées en bourse ou IPOs (Initia Public Offering). Comment l’investisseur peut-il être certain qu’il ne se fait pas rouler?

Il ne peut jamais en être certain. Les start-up dans les cryptomonnaies sont actuellement beaucoup trop surestimées. Bancor par exemple est une société basée sur une idée brillante. Mais jamais elle ne vaut les 150 millions de dollars qu’elle a levés en juin. Pour les entrepreneurs, les ICOs constituent une formidable alternative aux IPOs, ne serait-ce que par leur légèreté administrative.

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Les ICOs ont déjà dépassé les moyens traditionnels de lever des fonds chez les start-up IT (Technologies de l’information). Cette évolution représente une énorme opportunité pour la Suisse, en tant que base privilégiée où effectuer les ICOs. J’espère que la Confédération ne laissera pas passer cette occasion de s’imposer au niveau mondial. Actuellement, la Suisse est en pole position. Mais Londres et Singapour rêvent de s’approprier le marché et ne sont pas loin derrière.

Un conseil pour investir dans les crypto-monnaies?

Dans l’âge digital aussi, il reste vrai que le gagnant ramasse tout (the winner takes it all), comme le dit l’adage. Ne pariez pas sur d’obscures monnaies qui vont et viennent. Choisissez les plus importantes et conservez-les au moins trois ans. Ne vous endettez pas pour en acheter et ne vous engagez pas pour du court terme. Ne vendez pas dans un moment de panique si le cours chute de 50%. C’est normal. Amusez-vous de ces montagnes russes.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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