Bilan

«Les taux d'intérêt sont entrés dans une ère glaciaire»

La période de taux au plancher est partie pour durer encore des années, selon l’économiste Tobias Straumann et Serge-François Lhabitant, directeur de Kedge Capital.

Selon Kedge Capital, les taux ne doivent pas retrouver des niveaux de 2 à 3% avant des années.

«Historiquement, les taux sont déjà passés par une phase où ils étaient nuls à négatifs comparable à aujourd’hui à partir de 1945. Ce n’est que dans les années 80 que les bons du Trésor américain sont remontés au niveau de 2 et 3%. Cette période a duré trente-cinq ans.» Professeur à l’Université de Zurich, Tobias Straumann a présenté début novembre à Zurich ses hypothèses sur l’évolution des taux, sur l’invitation de Kedge Capital. D’après l’historien économiste: «Les taux sont maintenant entrés dans une ère glaciaire.»

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«Comme dans l’après-guerre, nous sommes aujourd’hui dans une période de répression financière», poursuit Tobias Straumann. Connaissant un retour de popularité chez les économistes, le concept de répression financière désigne un modèle qui répond à une situation de fort endettement, comme c’est le cas actuellement, aux Etats-Unis et en Europe. D'un point de vue libéral, cette politique est basée sur l’intervention de l’Etat dans le système financier, au bénéfice du système bancaire et des finances publiques. Il se caractérise par des taux réels bas et une nationalisation indirecte des banques par le biais des abondantes liquidités fournies par les banques centrales et la garantie de l'Etat. La répression financière a pour but de diminuer le fardeau de la dette publique, colossal aux Etats-Unis, en opérant un transfert de l’endettement des débiteurs - les Etats - vers les épargnants. L'instrument central de ce système, ce sont des taux d'intérêt bas, qui scellent une alliance contre nature entre l'Etat, les banques centrales et les banques commerciales.

Des gérants expérimentés face aux pertes

«Je ne vois pas de normalisation possible au niveau des taux avant cinq ans. Mais cette situation peut aussi durer beaucoup plus longtemps», affirme Tobias Straumann. Un avis que partage François-Serge Lhabitant, directeur de Kedge Capital. «J’envisage un retour à la normale des taux américains - entre 2 et 3% - à un horizon de 5 à 10 ans.»

Filiale de Waypoint Holdings, la société de la famille Bertarelli, Kedge Capital est spécialisée dans les hedge funds. Quelque 80% des 4 milliards de dollars que gère Kedge Capital appartiennent à la famille Bertarelli. Fondée en 2001, la société offre depuis 2004 ses services à des investisseurs extérieurs. Alors que l’absence de rendement du côté des taux conduit les investisseurs à chercher des alternatives lucratives, François-Serge Lhabitant a présenté des performances enviables pour Kedge. Depuis 2001, le rendement annuel s’établit à 5,9%, soit davantage que l’indice Nasdaq qui enregistre 4,8%. Kedge n’a en outre jamais eu de Madoff dans son portefeuille ni rencontré de cas de fraude.

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La stratégie du Genevois est en premier lieu, d’éviter les pertes. Face à Warren Buffet, les rendements de Kedge sont certes moins élevés (5,9% par an contre 7,4% pour Buffet). Mais la volatilité culmine à 4,9%, contre 17% pour le sage d’Omaha. Dans la pratique, Kedge se prépare en permanence à réagir à toute baisse potentielle. Parallèlement, la firme cherche à investir dans différentes classes d’actifs acquises à leur plus bas prix, après un retournement. «Nous n’engageons que des gérants qui ont été confrontés par le passé à des lourdes pertes, sourit François-Serge Lhabitant. Vous ne devriez confier votre argent qu’à des personnes qui ont déjà vécu cette expérience. J’ai moi-même beaucoup perdu lors de la crise de 1987. Cet épisode m’a beaucoup appris.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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