Bilan

«Le champion de l’innovation? C’est le régulateur»

Pour le secteur de la finance, l’impact des réglementations et des risques géopolitiques est plus disruptif que nombre d’innovations technologiques, selon Blaise Goetschin, patron de la Banque cantonale de Genève (BCGE).

Pour Blaise Goetschin, CEO de la BCGE, les risques d’ordre réglementaire et sécuritaire ont un poids nettement plus important sur les affaires que les innovations technologiques.

Crédits: Keystone

L’innovation est-elle une qualité de Genève, un canton connu pour ses fleurons tels que Caran d’Ache, qui produit des crayons depuis 1924, et berceau de la Société genevoise d’instruments de physique (SIP) qui a fait sa fierté par ses machines-outils de haute précision depuis 150 ans?

Pour Blaise Goetschin, CEO de la Banque cantonale de Genève (BCGE), cela fait peu de doute: s’agissant du secteur financier, les risques d’ordre réglementaire et sécuritaire ont un poids nettement plus important sur les affaires que les innovations technologiques. Il répondait à cette problématique aux côtés de Blaise Matthey, directeur général de la Fédération des Entreprises Romandes Genève, lors d’une conférence à l’American International Club.

Le secteur bancaire est un contributeur majeur au PIB genevois. Mais est-il innovateur pour autant? « La qualité des services financiers, c’est cela qui distingue vraiment Genève», selon Blaise Goetschin. Le canton est un écosystème élaboré de services sophistiqués juridiques, comptables et de contrôle. «Genève, c’est 85% d’emplois dans les services, poursuit-il. La croissance du tertiaire a été de 25% depuis 2005, et s’est faite essentiellement dans le secteur financier et les entreprises.»

Risques de cybersécurité

Outre ses atouts de hub de services, le canton est biensûr aussi une terre d’innovation. Aux côtés de la qualité suisse, et de l’ouverture à la globalisation, Blaise Goetschin cite l’innovation comme le troisième moteur de l’économie genevoise. Les startups dans les fintechs sont basées à 46% à Zurich et à 30% sur l’Arc lémanique (GE/VD). « Les technologies bancaires sont certes très dynamiques à l’heure actuelle, mais il faut prendre en compte les risques de cybersécurité. »

Ces derniers mois, l’actualité a été ponctuée d’affaires de piratage informatique, que ce soit en Suisse (RUAG, régies genevoises) ou à l’international, des accusations de hacking ayant entaché la présidentielle américaine. Et alors que l’industrie des paiements veut disrupter les cartes de crédit en passant par les téléphones mobiles, ces derniers sont, eux aussi, vulnérables aux cyberattaques. « Mes principaux risques, en tant que banquier ? Ce sont, outre le cybercrime, la réglementation et les risques géopolitiques. C’est ce qu’il y a en réalité de plus disruptif pour nous », résume Blaise Goetschin.

Parmi les innovations en finance, le Genevois ne se laisse pas facilement impressionner. Le bitcoin notamment, évoque le patron de la Banque cantonale de Genève, présente des risques. « Il ne peut être considéré comme une monnaie sûre: son fondateur est introuvable, ses réseaux informatiques sont en bonne partie en Chine, et il n’y a pas de régulation gouvernementale ; même réserve sur le crowfdunding.» La BCGE a préféré s’investir dans des innovations, jugées sûres, comme l'appli de paiement et de transferts sécurisés Paymit. Parmi les innovations financières venues de Suisse, le patron de la banque cantonale évoque aussi: le fonds de placement sur l’eau qu’a lancé Pictet en 2001, le premier dépôt en yuan en Suisse à la BCGE, ou encore les premières hypothèques en ligne de la banque cantonale de Glaris.

Supprimer des innovations antérieures 

Mais en réalité, souligne le patron de la BCGE, le champion de l’innovation, pour les banques, ce n’est pas la technologie: «l’innovateur le plus créatif en finance, reste le régulateur». Il en veut pour preuve qu’en un jour, le gouvernement indien a par exemple supprimé les billets de 500 roupies. «Cette décision a eu pour résultat de réinjecter des milliards de dollars dans le système bancaire indien améliorant sa liquidité. L’innovation passe parfois par la suppression d'innovations antérieures. Il y a 1500 ans, les Assyriens ont créé les billets de banque. Les Celtes avaient mis 600 ans avant d’adopter cette innovation…»

 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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