Bilan

«Le cash n’existera plus dans dix ans»

La banque de détail et la gestion des données bancaires connaissent une révolution, selon les dirigeants du FMI, de Morgan Stanley, de Deutsche Bank et de Paypal réunis à Davos.

Pour Christine Lagarde, directrice du FMI, le fait que des jeunes recourent à des services bancaires souvent sans jamais être entrés dans la succursale d’une banque signifie que le secteur de la banque de détail connaît une transformation profonde.

“Le plus grand défi pour le secteur financier, ce n’est pas la régulation, mais les nouveaux challengers numériques des banques”, lance Gillian R. Tett, rédactrice en chef du Financial Times aux Etats-Unis. «Nous pourrions même voir les banques apprécier soudainement les régulateurs, car ils ont le pouvoir de freiner leurs concurrents du web».

Pour Christine Lagarde, directrice du FMI, le fait que des jeunes recourent à des services bancaires souvent sans jamais être entrés dans la succursale d’une banque signifie que le secteur de la banque de détail connaît une transformation profonde.

Pour Dan Schulman, CEO de Paypal, on assiste à une redéfinition des services bancaires de base, “qui se transformeront davantage ces cinq prochaines années que durant les 20 dernières”, estime-t-il, soulignant que c’est un phénomène que reflète le e-commerce en général, tous les commerçants créant des plateformes web pour se rapprocher de leur client. Ainsi, avec l’explosion du mobile, Dan Schulman estime que «tout ce que peut faire une succursale bancaire sera contenu dans votre main». Et les masses de données ainsi récoltées permettront aux banques de créer des propositions de valeur dans les prêts et d’autres domaines. 

Le challenge des assureurs 

De même, le blockchain, technologie d’enregistrement des transactions, et avec lui le domaine des monnaies virtuelles comme le bitcoin, portent les germes de changements majeurs pour l’économie, selon Christine Lagarde. Mais cette technologie soulève des risques élevés car elle n’est pas réglementée, n’est pas soumise à une banque centrale et à une supervision étatique et peut être utilisée aux fins de transactions illicites, notamment dans le financement du terrorisme, avertit la responsable du Fonds monétaire.

Pour James Gorman, CEO de Morgan Stanley, la technologie tire depuis longtemps le secteur bancaire, depuis l’avènement des cartes de crédit et des distributeurs automatiques. A présent, il s’agit d’imaginer la version entièrement digitale des paiements, du crédit, et de la gestion de patrimoine. Pour John Cryan, CEO de Deutsche Bank, si les banques évoluent trop lentement sur le plan numérique, elles risquent de voir leur activité désintermédiée. Pour lui, "le cash n’existera plus dans dix ans".  

“L’argent se numérise clairement. Même si 85% du nombre de transactions sont toujours effectuées en cash, ces opérations portent sur de très petits montants. En termes de montants, l'essentiel est évidemment en monnaie scripturale. La tendance à la numérisation complète de l'argent est inexorable”, confirme Dan Schulman. Quant au blockchain, il sera la nouvelle technologie d’identification digitale. A cet égard, John Cryan le voit devenir un outil à l’usage des entités supranationales, «et les Etats-Unis devraient prendre un rôle de leader dans ce processus». Ceci dit, le bitcoin reste largement perfectible. «Ce n’est pas une vraie valeur refuge, il n’est pas assez fiable ni assez liquide», estime John Cryan, qui indique que Deutsche Bank collabore avec plusieurs autres banques dans le but de développer la technologie blockchain.

Du point de vue des assureurs, les challengers du web sont clairement complémentaires à leur business. «Nous devons trouver des alliances avec les disrupteurs, qui ont besoin de nous, souligne Tom de Swaan, président du groupe Zurich Insurance. Aucun d’entre eux ne veut prendre de risque assurantiel sur son bilan. Et de notre côté, nous avons des raisons évidentes de collaborer avec les disrupteurs et de les utiliser pour créer de nouveaux produits, de nouveaux mécanismes de distribution, et d’accroître la valeur des deux côtés ».  

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."