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"La recherche du bénéfice, pas la priorité principale de la BNS"

La BNS "doit agir dans l'intérêt général du pays, sans que la recherche du rendement soit sa priorité principale", a déclaré Jean Studer, lors de l'assemblée générale.

Le bénéfice de 54 milliards de francs de l'an dernier "a suscité des convoitises", a expliqué Jean Studer vendredi à Berne. 

Crédits: keystone

La Banque nationale suisse (BNS) "doit agir dans l'intérêt général du pays, sans que la recherche du rendement soit sa priorité principale", a déclaré Jean Studer, lors de l'assemblée générale. Le président du conseil de banque l'a rappelé à plusieurs reprises, en réponse aux actionnaires souhaitant une répartition différente du résultat.

Le bénéfice de 54 milliards de francs de l'an dernier "a suscité des convoitises", a expliqué Jean Studer vendredi à Berne. Mais sa redistribution est régie par la loi et l'institut doit "garder sa capacité d'action" pour mener à bien sa mission de politique monétaire.

Le président du conseil de banque a rappelé que la somme du bilan de l'établissement a fortement crû l'an dernier, en raison de la hausse des réserves de devises, liée aux mesures pour contrer la fermeté du franc. La somme de bilan est passée de 746 milliards de francs à fin 2016, à 843 milliards un an plus tard et a fortement progressé depuis fin 2013, où elle ne se montait qu'à 490 milliards.

"Avec l'expansion du bilan, les risques augmentent et cela doit être pris en compte dans la répartition du bénéfice", a ajouté Jean Studer.

"Manque à gagner pour les cantons"

Bernard Dugas, membre de l'Association des actionnaires actifs positifs (AAA+) de la BNS, estime que la répartition du bénéfice de l'an dernier a occasionné "un manque à gagner de 34,6 milliards de francs" pour les cantons. Il demandait donc que le rapport financier soit refusé. Au vote, ce dernier a été toutefois accepté par 98,1% des voix représentées.

Le vote sur l'affectation du bénéfice a connu le même plébiscite avec 97,9% de oui. Par la voix de Lionel Rossellat, le collectif AAA+, qui compte 26 membres, a fait la proposition à l'assemblée de revoir la base de calcul du dividende. Actuellement, un dividende représentant au maximum 6% du capital-actions est versé, soit 15 francs par action pour l'exercice 2017.

Les actionnaires d'AAA+, qui avaient déjà fait cette proposition à l'assemblée l'an dernier, souhaitent que le dividende ne soit plus versé en fonction de la valeur nominale de l'action (250 francs) mais sur la valeur du marché du titre (3889 francs à fin décembre). Selon Lionel Rossellat, cette modification profiterait surtout aux cantons, actionnaires majoritaires de la BNS.

Bond du cours de l'action

Jean Studer leur a répondu en répétant que l'objectif de la BNS n'est pas de faire du bénéfice et que cette modification pourrait attirer des spéculateurs, ce qui ferait grimper le cours de l'action et le dividende artificiellement. Cette proposition a été balayée par 92,8% des voix représentées.

Dans son discours, Jean Studer a par ailleurs évoqué la rapide hausse du cours de l'action de la BNS, qui est passée de 1750 francs à 3889 francs en un an. Il a précisé que l'action de la BNS se prête peu aux activités traditionnelles de placement, les actionnaires privés ayant des droits de participation et patrimoniaux restreints.

Lors de l'assemblée, un actionnaire s'en est pris aussi à la stratégie de placement de la BNS. Il lui reproche de n'avoir pas une politique climatique et de contribuer par ces investissements au réchauffement climatique.

Entreprises polluantes bannies

Thomas Jordan, président de la direction, lui a répondu que la BNS a exclu de ses placements les entreprises qui polluent et nuisent gravement à l'environnement. "On ne peut toutefois pas exclure des secteurs entièrement, ce qui serait mauvais pour notre politique monétaire".

Dans son discours, Thomas Jordan a par ailleurs rappelé qu'au vu du contexte toujours fragile, l'institut d'émission va poursuivre sa politique expansionniste. Selon lui, "un resserrement des conditions monétaires serait prématuré et compromettrait inutilement la dynamique positive".

Lors de l'assemblée de vendredi, 50'933 voix étaient représentées, sur un total de 66'794 actions donnant un droit de vote. Les actionnaires privés présents étaient au nombre de 338, représentant 15'049 voix. L'actionnariat de la BNS est particulier puisque 76% des actions donnant des voix sont détenues en mains publiques (cantons, banques cantonales et institutions publiques).

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