Bilan

«L’impact, un concept gagnant-gagnant»

Ariane de Rothschild, CEO du groupe Edmond de Rothschild, est déterminée à accélérer sa transition vers la prise en compte de l’impact des investissements et du développement durable.
  • Ariane de Rothschild se définit volontiers comme «terrienne» et se méfie des grands discours dogmatiques sur la durabilité.

    Crédits: Dr
  • Projeté sur douze ans, le fonds Moringa veut valoriser la forêt et l’agriculture locale.

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A la tête du groupe bancaire Edmond de Rothschild depuis 2015, Ariane de Rothschild n’a pas seulement bouleversé l’équilibre des genres dans la direction de l’établissement, en constituant notamment un comité exécutif paritaire. La CEO a également accéléré la transition du groupe vers la prise en compte de l’impact des investissements et du développement durable. Entre 2015 et 2018, les montants gérés durablement sont ainsi passés de 5 à 8 milliards de francs. 

Déterminée, Ariane de Rothschild a une vision claire du sujet, dont elle parle avec passion, et l’intime conviction que l’investissement durable est une opération win-win. Celle qui se définit volontiers comme «terrienne» veut du concret, de l’impact, et se méfie des grands discours dogmatiques sur la durabilité. Sa recette: prendre les bonnes idées, où qu’elles soient, les tester, les évaluer et les dupliquer si cela s’avère pertinent. 

Quel rôle avez-vous joué dans le développement de l’investissement responsable dans le groupe? 

Le groupe a toujours été précurseur et quand je suis arrivée, nous ne partions pas de zéro. Nos équipes de gestion étaient axées sur l’investissement durable depuis 2007. En parallèle, j’avais déjà introduit la notion d’impact et de «return on engagement» dans nos activités de philanthropie. Cette nouvelle stratégie impliquait de suivre précisément l’utilisation des fonds, de mesurer l’impact et d’accompagner les structures auxquelles nous accordions des fonds. Il s’agissait d’optimiser notre action à long terme et d’évaluer le chemin parcouru, à travers des indicateurs de performance. 

Cette vision moins traditionnelle a-t-elle été bien acceptée? 

Il est vrai que cela a bousculé les habitudes de notre pratique de la philanthropie. Mais tout le monde s’est ensuite rendu compte que c’était une logique gagnant-gagnant. Je souhaite donner aux organisations ou aux entrepreneurs les moyens de se développer, de créer des modèles pérennes et non les assister. Quand j’ai pris la direction de la banque, j’ai voulu étendre ces concepts d’impact et d’investissement responsable (IR) à toutes nos activités et en particulier au private equity. Il ne s’agissait plus de parler ou penser «impact», il fallait faire de l’impact concrètement.

Justement, dans le private equity, 94 % des encours sont désormais gérés selon des stratégies d’investissement responsable, contre 77% en 2015. Pourquoi mettre l’accent sur cette classe d’actifs en particulier?

Même si la mesure de l’impact reste imparfaite, elle s’applique particulièrement bien au private equity et aux PME. Dans les pays en développement, la croissance d’entreprises familiales, bien ancrées localement, permet l’émergence d’une classe moyenne et bénéficie directement à l’économie. Notre rôle est d’accompagner leur croissance à long terme et de maximiser à la fois leurs résultats financiers et leur impact social et environnemental. Pour moi, le plus important, c’est cet impact concret. Il faut que les choses soient simples, claires et mesurables. Toutes stratégies confondues, nous avons réhabilité plus de 7000 hectares de forêts et terres agricoles, dépollué plus de 600 000 m² de terrains en Europe et créé ou maintenu plus de 5000 emplois. 

Un exemple de projet particulier? 

Je pense à Moringa, qui est né d’une réflexion à la suite d’un voyage au Congo. Pour cette stratégie, comme pour les autres projets, le concept est sur mesure: nous avons mis quatre ans pour étudier l’environnement et les paramètres locaux pour trouver un modèle économique viable, afin de valoriser la forêt et l’agriculture locale. Il s’agit d’un projet sur douze ans, qui implique beaucoup de planification et de confiance. Nous sommes de véritables partenaires présents sur le terrain et gardons en tête que le développement durable est forcément du long terme. 

Plus globalement, le groupe a déployé une stratégie «IR 2017-2020», quelles en sont les grandes lignes? 

Quand j’ai signé le Pacte global des Nations Unies, j’ai pris cela très au sérieux. Ma signature devait se traduire par des transformations réelles. En gestion d’actifs, en plus de nos fonds labellisés ISR, nous nous sommes engagés à intégrer les critères ESG dans nos stratégies d’ici à 2020. Nous avons créé un mandat IR dédié pour répondre à la demande de la clientèle privée. Et en private equity, nous souhaitons augmenter les encours de nos investissements d’impact de 20% par an jusqu’à 2020. 

Et que fait le groupe en matière de durabilité?

Au niveau de l’entreprise, nous avons fait de nombreux audits afin d’optimiser notre empreinte carbone et lancé un projet permettant de compenser une partie de nos émissions via notre stratégie de private equity, avec pour résultat 14 000 arbres plantés et 3500 tonnes de carbone compensées. Je suis aussi persuadée que nous pouvons créer davantage de synergies entre nos activités «art de vivre», la philanthropie et la banque. Par exemple, j’ai souhaité qu’une partie du mobilier du Four Seasons de Megève, labellisé HQE, provienne de l’une des entreprises dans lesquelles investit Moringa. 

A quels clients s’adressent ces stratégies d’investissement? Sont-elles de plus en plus demandées?

L’appétence des clients est incroyable. Si ce sont d’abord les clients institutionnels qui ont poussé les banques à aller vers plus de durabilité, les clients privés sont aujourd’hui également très demandeurs. Je ne pensais pas que notre fonds de private equity centré sur l’entrepreneuriat en Afrique eût autant de succès auprès des investisseurs privés. Le fait que les clients puissent apprécier de façon très concrète les résultats sur le terrain renforce encore plus leur intérêt pour ce type d’investissement.  

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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