Bilan

«Il n’y a jamais eu autant de fonds disponibles pour le private equity»

La plateforme de financement participatif investiere.ch a conclu cet été un partenariat avec la Zürcher Kantonalbank (ZKB). Le point sur les défis à venir avec Steffen Wagner, CEO de l’entreprise.

Steffen Wagner, CEO et co-fondateur de Investiere (à droite), et Lukas Weber, co-fondateur et CTO. 

Comment avez-vous reçu l’annonce de votre collaboration avec la ZKB ?

C’est une nouvelle fantastique. Nous cherchions depuis plusieurs années déjà un tel investisseur. Peu de banques investissent dans du capital-risque. Elles manquent d’expertise dans ce domaine. Ce n’était pas le cas de la ZKB, qui avait déjà franchi le pas. L’avantage a donc été de ne pas avoir besoin de lui expliquer nos activités. 

Quelle a été votre plus grande levée de fonds à ce jour ?

C’est arrivé récemment avec DomoSafety, une start-up romande. Elle avait vécu son premier round en 2012. Lors de son second round, elle a levé la somme record d’1.06 million de francs. C’est la deuxième fois cette année qu’un investissement dépasse le million de francs. Ce qui est intéressant, c’est que les autres clôtures importantes réalisées auparavant concernaient des jeunes pousses dont les fondateurs étaient âgés de plus de 40 ans. L’expérience de ces dirigeants a certainement compté dans le processus, tout comme le rôle de l’équipe fondatrice.

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Ces entrepreneurs seniors risquent-ils alors de détrôner les plus jeunes ?

Non, parce qu’ils restent une exception. La nouvelle génération dispose par ailleurs de connaissances techniques avancées. La scène helvétique du capital-risque est encore relativement jeune. On y trouve par contre très peu de « serial entrepreneurs », surtout en comparaison internationale. Mais on la voit malgré tout mûrir.

Qui sont vos principaux clients ?

Ce sont les acteurs traditionnels, à savoir les investisseurs privés, ou « business angels ». Leurs apports seront complétés dans le futur par ceux des co-investisseurs institutionnels, avec qui nous souhaitons collaborer davantage. L’objectif n’est pas de remplacer les investisseurs privés, qui resteront fondamentaux. Ils constituent une couche additionnelle d’évaluation qualitative, une preuve de confiance qui incitera les acteurs institutionnels à investir.

Qui sont justement ceux que vous appelez « co-investisseurs institutionnels » ?

Il y en a quatre sortes : les fonds de pension, avec qui nous finalisons actuellement les négociations. Les entreprises semi-publiques, les petits fonds de capital-risque étrangers, pour qui la Suisse est attractive et fiable. Et les family offices.

Comment évolue le profil des investisseurs qui font appel à vos services ?

Il est aujourd’hui plus facile pour les start-up de lever leurs premiers millions de francs. Par contre, le besoin de fonds supplémentaires à lever lors d’un round B (ce qui équivaut à entre trois et dix millions) est important et parfois problématique. Les investisseurs à ce niveau sont principalement étrangers, alors qu’une alternative suisse serait privilégiée si elle existait. Nous devons saisir cette opportunité.

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La fintech et les banques doivent collaborer étroitement. Est-ce déjà une réalité ? Quelles sont vos observations à ce propos ?

Plusieurs partenariats ont déjà été annoncés. Comme par exemple la Banque cantonale de Bâle-Ville et True Wealth. Advanon et Contovista sont également concernés. Les banques sont plus ouvertes. De telles collaborations devraient se développer à l’avenir mais il est peut-être trop tôt pour parler d’une tendance.

Comment se porte le « private equity » en Suisse ?

Il n’y a jamais eu autant de fonds disponibles pour ça, à cause notamment de l’état du marché boursier ou de l’introduction de taux négatifs. De nouveaux acteurs souhaitent investir, y compris désormais les fonds de pension. C’est une perspective réjouissante pour l’innovation. Il faut toutefois rester prudent et ne pas injecter trop d’argent dans une courte période. Nous devons veiller à ne pas créer une nouvelle bulle. Mais le changement semble plutôt de nature organique, ce qui me rend optimiste.

Et comment qualifiez-vous l’écosystème suisse du capital-risque comparativement aux autres pays ?

On trouve en Suisse beaucoup d’individus riches et éduqués. Ils constituent de potentiels « business angels » et connaissent parfaitement les marchés sur lesquels ils souhaitent investir. Par ailleurs, la Suisse a la chance de ne pas avoir seulement des start-up actives dans le domaine de l’internet, comme c’est par exemple le cas à Berlin. Or il est important d’innover dans des technologies tangibles car elles constituent un avantage compétitif et sont moins facilement concurrencées.

Une grande partie de l’investissement se fait dans les biotech et les medtech. Qu’en est-il de la diversification ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette affirmation. Selon les chiffres du Swiss Venture Capital Report 2015, la medtech et la fintech représentent ensemble 26% . Les autres domaines sont également représentés, tels les nanotechnologies et les cleantech. La répartition entre les secteurs chez investiere se calque presque parfaitement sur ces chiffres.

Quel est l’intérêt, pour la ZKB de travailler avec un intermédiaire tel que investiere.ch ?

D’abord, son investissement pourrait devenir rentable. Ensuite, la banque cantonale bénéficie de notre expertise technique. Elle s’intéresse à notre manière d’échanger digitalement avec nos clients. Enfin, nous envisageons plusieurs projets pour créer des services communs. 

 

Valentine Zenker

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