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68e fortune mondiale à 25 ans, qui est le nouveau duc de Westminster?

Suite au décès de son père le 9 août, Hugh Richard Louis Grosvenor est devenu le 7e duc de Westminster. A 25 ans, l'aristocrate anglais devient le plus jeune membre des 500 plus grandes fortunes de la planète. Mais qui est réellement cet héritier d'exception?
  • Hugh Richard Louis Grosvenor est devenu le 7e duc de Westminster et la 68e fortune mondiale, suite au décès de son père le 9 août.

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  • Eaton Hall, la résidence rurale où a grandi le duc de Westminster, dans le Cheshire.

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  • Le nouveau duc de Westminster est à la tête d'un patrimoine foncier et immobilier d'exception à Londres, dont Belgravia Square, via Grosvenor Estate.

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Au moment précis où le FMI publie une étude contredisant les théories de Thomas Piketty sur le creusement des inégalités, relativisant par conséquent le poids des héritages dans la constitution des très grandes fortunes, la famille Grosvenor vient apporter sa nuance. Le décès du 6e duc de Westminster, Gerald Cavendishh Grosvenor, propulse son fils, Hugh Richard Louis Grosvenor au 68e rang mondial des grandes fortunes. A 25 ans, il est le nouveau benjamin du classement établi par le magazine américaine Forbes.

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Le tout jeune duc de Westminster donne un coup de vieux à ceux qui faisaient jusque là figure de benjamins du classement. Elizabeth Holmes (CEO de Theranos) a 32 ans, comme Mark Zuckerberg (Facebook), Nathan Blecharczyk (cofondateur d'Airbnb) 33 ans, Brian Chesky (Airbnb) 34 ans, Joe Gebbia (Airbnb) 34 ans aussi. S'il reste loin des 44,6 milliards de dollars de Mark Zuckerberg, le jeune homme serait quand même à la tête d'une fortune estimée à 12,3 milliards de dollars. Mais à la différence du fondateur de Facebook, sa fortune ne repose pas sur un réseau social cumulant plus d'1,5 milliard d'utilisateurs quotidiens, mais sur des milliers d'hectares de propriétés foncières et des centaines de bâtiments dans pas moins de treize villes aussi prestigieuses que Londres, Stockholm, Shanghai, Washington, Tokyo, San Francisco, Hong Kong, Edimbourg, Vancouver, Lyon ou Calgary.

Un domaine foncier d'exception à Belgravia et Mayfair

Mais c'est bien dans la capitale britannique que réside le coeur du «royaume» de la famille Grosvenor. Dans les très huppés et recherchés quartiers de Belgravia, Mayfair et Knightsbridge, la quasi-totalité des bâtiments et des terrains appartiennent àa la prestigieuse famille, par le biais de Grosvenor Estate, division du Grosvenor Group. Sur la base de possessions acquises dès le XVIIIe siècle par leurs aïeux, les Grosvenor ont progressivement agrandi leur domaine, sur le sol anglais comme à l'étranger. Les loyers perçus pour ces propriétés constituent une mine d'or pour le groupe. Notamment les 190 acres du quartier de Belgravia, visibles ici sur un plan cadastral du XVIIIe siècle.

Les propriétés foncières du Grosvenor Estate à Londres au XVIIIe siècle

Avec 0,22% du sol britannique dans son escarcelle, le jeune homme devient le premier propriétaire terrien du Royaume-Uni, devant la reine d'Angleterre Elizabeth II elle-même. Ces biens fonciers et immobiliers, mais également les autres richesses de sa famille le placent non seulement au 68e rang mondial, mais aussi au 3e rang britannique.

Quelques semaines avant son décès, le père du nouveau duc avait pourtant enregistré une perte majeure: ses actifs avaient perdu près d'un milliard de dollars en valeur suite au vote britannique en faveur du Brexit. L'impact du scrutin sur la livre sterling ainsi que sur le marché de l'immobilier à Londres avait débouché sur une dépréciation importante des actifs du groupe.

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Et la situation familiale est particulière. Alors que l'immense majorité des familles du Royaume-Uni vivent sous une loi qui protège l'ensemble des enfants en partageant en parts équitables une partie de la fortune de la personne décédée, le duc de Westminster a droit à un régime spécial: «Le Grosvenor Estate est régi par une loi votée en 1933 par le Parlement, le Grosvenor Act, qui restreint l'héritage aux enfants de sexe masculin», explique l'avocate londonienne Marilyn McKeever, du cabinet Berwyn Leighton Paisner, à Bloomberg. Cependant, si le jeune duc est le seul propriétaire de fait des biens, ses trois soeurs et sa mère touchent comme lui les revenus de ces biens, au titre de trustees, comme l'explique le site du Grosvenor Group.

Une scolarité dans des écoles publiques

Et justement, en dehors de ses trois soeurs (Tamara Katharine, Edwina Louise et Viola Georgina), peu de choses ont filtré sur la vie privée du nouveau duc. Ses parents avaient en effet depuis sa naissance fait le maximum pour le préserver des médias, et notamment de la presse people et des tabloïds anglais. Tout juste son parcours scolaire et professionnel est-il connu.

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Contrairement à la plupart des héritiers de grandes familles aristocratiques britanniques, Hugh a suivi un cursus scolaire dans une école publique proche du domicile familial d'Eaton Hall, dans le Cheshire, complétée par la suite par des cours dispensés par la prestigieuse école privée Mostyn House School. Par la suite, le jeune héritier intègre l'Ellesmere College, un autre établissement public, bien loin des collèges privés huppés que fréquentent habituellement les enfants de l'aristocratie. Entre 2011 et 2013, il suit un cursus de management à la Newcastle University, dont il sort avec un Bachelor of science.

Manager dans une startup et parrain du prince George

Sa carrière débute en 2013 et 2014 par un poste au sein de la société Wheatsheaf Investment, une division du groupe familial, avant de poursuivre au sein du Grosvenor Group en 2014 et 2015. En janvier dernier, il rejoint une startup, Bio-bean, spécialisée dans le recyclage des reliquats de café pour les transformer en biocarburants et pellets pour les chaudières à bois, où il occupe le poste d'account manager.

De sa vie privée ont filtré bien moins d'informations. De ses loisirs, la presse anglaise a pu savoir que le jeune héritier avait pratiqué le football durant sa scolarité, récoltant même le brassard de capitaine de son équipe. Un des rares «scoops» sortis dans la presse anglaise concerne la fête de son 21e anniversaire: dans la maison d'Eaton Hall, le comédien Michael McIntyre, célébrité britannique du stand-up, et le groupe de hip-hop Rizzle Kicks ont assuré l'animation d'une soirée que le prince Harry a honoré de sa présence. Hugh est d'ailleurs lié à la famille royale: il est l'un des parrains du prince George, le fils de William et Kate.

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Hasard de l'histoire: son père était presque aussi jeune que lui quand il a hérité du titre et est devenu le 6e duc de Westminster (le titre de duc de Westminster n'a été créé par la reine Victoria qu'en 1874). En quarante ans, il a fait fructifier l'héritage matériel, sans jamais se risquer à des placements hasardeux mais en misant essentiellement sur le foncier et l'immobilier. Les fluctuations de sa fortune n'étaient donc pas dues principalement à des choix malheureux, mais aux vicissitudes du marché de l'immobilier en Grande-Bretagne (et à Londres en particulier), qui a flambé pendant plusieurs décennies, avant de subir un récent (et provisoire?) coup d'arrêt suite au choix des électeurs britanniques de quitter l'UE en juin dernier.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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