Bilan

30% des banques privées suisses pourraient disparaître d'ici 2018

La consolidation pourrait se poursuivre et s'amplifier dans le secteur des banques privées suisses. Une étude de l'Université de Saint-Gall et de KPMG envisage la disparition de 30% des acteurs du secteur d'ici 2018.
  • L'univers des banques privées suisses est en pleine mutation et de nombreux acteurs pourraient disparaître avant la fin de la décennie.

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  • Le mariage entre les banques Notenstein et La Roche en janvier fait figure d'exception dans un marché où les fusions-acquisitions sont en pause en 2015.

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  • Les auteurs de l'étude constatent un fossé qui se creuse entre des établissements qui surperforment et d'autres qui n'ont pas su se remettre en question et relancer leur croissance.

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Et si l'hécatombe des banques privées suisses se poursuivait et s'amplifiait même dans les années à venir? C'est l'hypothèse défendue par l'étude «Clarity On Performance of Swiss Private Banks – The Widening Gap» publiée mardi 25 août par l'Université de Saint-Gall et le cabinet KPMG. Selon les auteurs de cette enquête, près de 30% des 130 banques privées du pays pourraient disparaître dans les trois années à venir. Alors que leur nombre dépassait encore les 200 à l'aube des années 2000, les institutions du genre pourraient passer sous la barre des 100 avant la fin de la décennie actuelle.

Ce n'est pas la première fois que les chercheurs de ces deux institutions dressent un constat sévère sur ce secteur: voici un peu moins de deux ans déjà, ils avaient listé les défis qui se dressaient devant ces institutions financières dans les années à venir. A l'époque, ils pointaient la fin définitive du secret bancaire, la mise en place probable de l'échange automatique d'informations et évoquaient des pistes comme la recherche d'une nouvelle clientèle directement dans les pays émergents pour conserver un volume d'actifs sous gestion suffisant (de l'ordre de 10 milliards de francs).

Le fossé entre les banques performantes et les autres

Aujourd'hui, si certaines de ces problématiques sont toujours d'actualité pour certaines banques privées, d'autres ont largement engagé le processus pour voir au-delà et envisager l'avenir plus sereinement. Voir avec des ambitions revues à la hausse. C'est cette distinction entre certains établissements en pointe et d'autres à la traîne qui ressort de l'étude qui vient d'être publiée. «Bien que les banques privées s’efforcent d’adapter leurs modèles d’affaires, une croissance de la rentabilité n’est identifiable que dans un petit groupe d’instituts performants», explique Philipp Rickert, responsable Financial Services et membre de la direction de KPMG Suisse.

Pour les petits acteurs du secteur, la pression s'accentue et l'heure du choix approche entre une adaptation du modèle d'affaires et une sortie du secteur. «Mais ils n’ont plus beaucoup de temps pour mettre en œuvre les changements nécessaires», avertit Christian Hintermann, responsable Advisory Financial Services chez KPMG Suisse. La fuite ou l'attaque: tel est le choix qui s'offre aux acteurs de la branche pour qui l'attentisme ne semble plus être une option, aux yeux des auteurs de l'étude qui observent que «de nombreuses banques semblent indécises et n’ont pas de stratégie claire en dépit d’une évolution en régression constante».

L'une des échappatoires réside dans la fusion. A l'instar du mariage entre Notenstein et La Roche en début d'année, les alliances permettent d'atteindre la taille critique pour faire face aux nouveaux défis. Mais le nombre d'établissements se réduit donc. L'union entre les institutions bâloise et saint-galloise se distingue cependant: «Alors que de nombreuses transactions M&A ont été conclues en 2014, un marasme a pu être constaté au cours des sept premiers mois de cette année», analysent KPMG et l'Université de Saint-Gall. En cause: la baisse du nombre de vendeurs mais aussi les incertitudes liées au passé, avec la crainte pour l'éventuel acquéreur de découvrir des avoirs non déclarés dans les actifs sous gestion de sa nouvelle prise.

Les auteurs distinguent donc les «Strong performers» des établissements en «Continuing decline». Les premières ont réussi à réaliser un chiffre d'affaires de 585'000 francs par collaborateur à temps plein, contre seulement 357'000 francs pour les secondes. Une performance notamment dûe à des choix stratégiques comme ceux de se focaliser sur des marchés phares à haut rendement et d'externaliser des coûts. L'afflux net d'argent frais, limité à 0,5% des avoirs pour l'ensemble de la branche, a permis aux «Strong performers» d'afficher une médiane pour les fortunes gérées en augmentation de 146% par rapport à 2008, comme si la crise financière ou les soubresauts liés à la régularisation fiscale de nombreux clients en indélicatesse avec leur fisc n'avaient pratiquement pas eu d'impact.

Disparités dans le rendement des fonds propres

Mais plus encore que l'afflux d'argent frais, c'est l'augmentation des fortunes des clients qui a permis aux établissements d'enregistrer ces derniers mois une hausse de 7,3% des avoirs sous gestion. Une augmentation du capital explicable surtout par deux facteurs: des marchés orientés à la hausse et un renforcement du dollar.

Reste la question cruciale du rendement des fonds propres et là encore, les auteurs de l'étude constatent une dichotomie entre les «Strong performers» et les établissements en «Continuing decline»: les premiers affichent «un rendement raisonnable» avec plus de 9% de rendement des fonds propres, tandis que la branche affiche un taux moyen de 3,5%. Ces «Strong performers» ne sont que 20% des acteurs du secteur, 80% affichant un rendement inférieur à 8%. Pour cet indicateur, la masse des actifs sous gestion semble primordiale: «Le rendement des fonds propres des petites banques est inférieur à la moitié de celui des banques ayant plus de 10 milliards d’actifs sous gestion», constatent les chercheurs de KPMG et de l'Université de Saint-Gall, qui ajoutent que 41% des petits acteurs (ceux ayant moins de 10 milliards d'actifs sous gestion) sont à ranger dans le groupe «Continuing decline» (contre 34% des établissements de la branche en moyenne).

Au niveau géographique, les banques privées romandes se distinguent: les établissements situés dans la partie francophone du pays affichent un rendement des fonds propres de 4,1% en moyenne, contre 3% pour les banques situées dans les régions germanophone et italophone. Même réussite sur le plan des revenus par employé: avec 428'801 francs par collaborateur à temps plein, soit légèrement mieux que les établissements alémaniques (428'430 francs) et nettement mieux que ceux du Tessin (366'942 francs).

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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