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2ème pilier: les actifs paient pour les rentiers

Pour combler les lacunes de financements des rentes, environ 90 milliards de francs auraient été redistribués par les assurés actifs en faveur des retraités.

Les retraités vivent plus longtemps qu'escompté.

Crédits: Matthew Bennett/Unsplash

Depuis plusieurs années, les caisses de pension ne parviennent pas à obtenir un rendement suffisant pour payer les rentes dont les montants sont garantis par la loi. Selon la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle, «l’écart entre les promesses d’intérêts et le rendement des placements s’est tellement creusé que ce sont les assurés actifs qui doivent garantir ou financer les rentes en cours.» Cette situation «peut être perçue comme une iniquité», écrit-elle dans son rapport d’activité 2018.

Les sommes en jeu sont importantes. Entre 2014 et 2018, les lacunes de financement des rentes ont été comblées pour un montant estimé de 33,5 milliards de francs par le capital accumulé par les salariés cotisant au 2ème pilier. Soit 6,7 milliards de francs en moyenne par an. Selon un article de la SonntagsZeitung, les sommes versées dans les années précédentes étaient encore plus importantes: de l’ordre de 12 milliards par an entre 2009 et 2013. Au total, environ 90 milliards de francs auraient donc été redistribués par les assurés actifs en faveur des retraités.

Les conséquences de la crise

Jusqu’en 2007, autrement dit pour les assurés nés avant 1942, le rendement attendu des placements était plus ou moins égal aux promesses d’intérêts. Mais tout change avec la crise financière qui a obligé les banques centrales à suivre des politiques monétaires très accommodantes. Dans le même temps, la rigidité du 2ème pilier n’a pas permis aux caisses de pension de s’adapter autant qu’escompté à cette évolution. Et à cela, il faut ajouter une hausse de l’espérance de vie des retraités auxquels il faut verser une pension pendant une période plus longue que prévue.

A partir de 2007, la rémunération des placements a ainsi baissé alors que le taux de conversion minimal des rentes est resté à un niveau trop élevé. Conséquence: les rendements des institutions de prévoyance ont servi principalement à financer les rentes et n’ont pas pu être répartis proportionnellement entre les assurés actifs et les rentiers.

Baisser le taux de conversion

Pour assurer la stabilité des caisses de pension, ses acteurs estiment qu’il n’y a pas d’autre solution que de réduire le taux de conversion minimal de la partie obligatoire du 2ème pilier (il est actuellement fixé à 6,8%). Or, cette baisse était prévue dans la réforme «Prévoyance vieillesse 2020», mais celle-ci a été rejetée par le peuple. Une autre alternative serait de créer un financement complémentaire.

«Dans le futur, la priorité devrait être mise sur la génération d’assurés qui a aidé, par le passé, à financer les rentes de la génération précédente. Ceux-ci devraient bénéficier d’améliorations de leurs prestations, par exemple sous la forme d’une augmentation de leurs rentes», estimait la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle dans son rapport consacré à la situation financière des caisses de pension 2017.

Selon cette dernière, les composantes prises en compte pour estimer la redistribution entre assurés actifs et rentiers sont «la différence de rémunération entre les capitaux de prévoyance des assurés actifs et ceux des rentiers, le besoin en capital dû à l’évaluation plus prudente des engagements liés aux rentes (abaissement des taux d’intérêt techniques) et les pertes annuelles résultant des rentes calculées sur la base de taux de conversion trop élevés.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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