Bilan

2% des salaires des frontaliers partent en frais de transferts

Banques et bureaux de change prélèvent sur les transferts d'argent des commissions. Pour les expatriés et les travailleurs frontaliers, près de 2% des revenus partent en frais divers. En s'appuyant sur une enquête GTE/Ipsos et un sondage mené par ses propres soins, TawiPay fait le point sur ces pratiques et les alternatives.
  • Radiographie des transferts de fonds entre Suisse et France.

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  • Banques et bureaux de change captent l'essentiel des opérations de transfert d'argent des frontaliers vers la France.

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  • Les solutions alternatives permises notamment par le digital proposent une palette plus large et une concurrence accrue dans le domaine des transferts d'argent.

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A la fin du mois de juin, la Suisse comptait officiellement 308'175 travailleurs frontaliers exerçant sur son sol une activité professionnelle, dont près de 170'000 Français, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS). Sans même compter plusieurs centaines de milliers d'expatriés, travaillant aussi bien pour les multinationales que pour les ONG, les organisations internationales, des universités, des PME ou en tant qu'indépendants. De quoi générer de très importants flux d'argent de la Suisse vers l'étranger. Selon la Banque Mondiale, la France ressort en première position pour les pays destinataires de fonds en provenances de Suisse avec 1,77 milliard de francs. Une étude GPE/Ipsos pour l'Observatoire des frontaliers (en partenariat avec le Crédit Agricole Frontaliers) réalisée en 2015 avait notamment fait le point sur cette thématique. TawiPay, startup spécialisée dans la comparaison des moyens de transferts de fonds, a davantage creusé ce sujet avec une enquête menée directement auprès de frontaliers français.

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Si de nombreux expatriés n'envoient vers la France qu'une faible part de leurs revenus, tel n'est pas le cas des 120'000 frontaliers français, dont les besoins de fonds en France (loyer, dépenses courantes,...) sont importants: 72% des frontaliers envoient 60% ou plus de leur salaire vers la France. Or, pour effectuer ces transferts, «plus de 87% des frontaliers utilisent leur banque ou passent par des bureaux de change, soit les solutions les plus chères du marché», constate François Briod, CEO et cofondateur de TawiPay. Avec des frais moyens compris entre 3 et 3,8% pour ces solutions, il a calculé qu'un frontalier touchant un salaire de 5000 francs par mois perdrait entre 900 et 1200 euros par an.

Le coût comme critère principal pour le service de transfert

Pourtant, loin de ces onéreuses options, de nombreux acteurs de la fintech et sociétés spécialisées ont imaginé des solutions moins coûteuses, allant jusqu'à 0,5% de frais au maximum. Alors même que les transferts sont fréquents (91% des frontaliers effectuent au moins un transfert par mois) et importants (40% des frontaliers transfèrent de 81 à 100% de leur salaire, 35% transfèrent entre 61 et 80%), les frais conduisent à d'importantes pertes pour les intéressés. Or, 59% d'entre eux placent le coût d'une telle opération en critère déterminant pour le choix d'un type de service. «Ils estiment que le coût est le facteur le plus important, mais utilisent à 74% les banques qui sont parmi les solutions les plus onéreuses», précise François Briod.

Comment expliquer ce que le CEO de TawiPay qualifie de «dissonnance entre les intentions et les comportements» des frontaliers? En plus des habitudes héritées d'années voire de décennies de pratique, François Briod pointe «la notion de confiance envers une marque bancaire, plus qu'envers des acteurs émergents, et cette marque est souvent implantée de part et d'autre de la frontière». Mais le manque d'informations ou des frais officiellement atténués mais compensés par d'autres services surfacturés viennent s'ajouter aux freins qui maintiennent encore souvent les frontaliers dans des solutions coûteuses.

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Pourtant, comme l'explique François Briod, «les solutions alternatives sont sûres: ces sociétés sont soumises à des règles de compliance strictes. Mais elles peuvent réduire les frais en adoptant une autre structure de coûts, en évitant notamment de payer un loyer dans un site stratégique donc cher». Le manque relatif de concurrence dans le secteur des transferts d'argent pendant de nombreuses années a aussi pu contribuer, chez certains acteurs, à un renchérissement des tarifs, qui n'était jusqu'alors pas sanctionné par la clientèle. Pour David Pires, responsable du développement chez TawiPay, la situation sur le marché des transferts d'argent pour les frontaliers et expatriés en Suisse en 2016 est «comparable à celle des achats en ligne au milieu des années 2000: les gens hésitaient, puis testaient avec un petit achat, et une fois conquis ils ont massivement adopté cette solution. C'est d'ailleurs souvent le premier transfert avec une solution alternative qui est le plus dur à faire; ensuite on remarque qu'on est gagnant à comparer et on ne revient plus en arrière».

Un outil de comparaison qui affirme sa neutralité

Quel intérêt pour TawiPay? François Briod et David Pires se défendent de tout conflit d'intérêt: «Nous ne commercialisons aucune solution. Nous agissons à la manière d'un Comparis ou d'autres instruments de comparaison. Nous avons certes des partenariats avec certains acteurs du secteur, mais sur un business model qui n'entre pas en conflit avec une analyse neutre des solutions», assure le CEO, qui certifie la transparence totale de l'outil. Et son collègue de préciser que «chaque cas est différent pour un transfert et nous avons de nombreux cas de figure pour lesquels des solutions traditionnelles ressortent de notre outil comme plus intéressantes. Nos partenaires se retrouvent parfois loin des meilleures places pour certaines opérations». Car la solution conseillée réside bien dans une comparaison au cas par cas. «Il ne s'agit pas de recourir à un comparateur à chaque transfert de salaire, mais de regarder de temps à autre et surtout quand il y a un changement majeur du montant envoyé, comme après un mariage, une augmentation de salaire, un changement de poste ou le versement d'une prime importante», glisse David Pires.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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