Bilan

2019, année à risque sur les marchés

Malgré des indicateurs encore dans le vert, ralentissement de la croissance mondiale et incertitudes géopolitiques créent une situation anxiogène sur les marchés boursiers. Le spectre d’une correction marquée en 2019 n’est pas écarté par les analystes.

Les analystes n'excluent pas une sévère correction des marchés financiers en 2019.

Crédits: AFP

A première vue, le plus dur semble passé. Après un dernier trimestre marqué par la baisse significative des indices boursiers (-18% pour le Dow Jones, -12% pour le SMI), plus encore des valeurs technologiques avec le repli de plus de 20% du Nasdaq, les marchés se reprennent timidement. L’indice américain affiche près de 8% de gain et le suisse 5% depuis le 25 décembre. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine semble même en mesure de trouver une issue, suite à la réception d’une délégation américaine en Chine. 

Retour sur terre après 10 ans d’euphorie

Pas certain pour autant que la correction constatée au dernier trimestre ne suffise à normaliser des valeurs qui ont plus que doublé sur la décennie. Porté par la baisse continue des taux et le quantitative easing, l’appréciation générale des cours peu différenciée en termes de classes d’actifs s’est inscrite dans un contexte de volatilité faible.

Une situation jugée artificielle par Jacques Lemoisson, responsable analyse macroéconomique chez Compagnie bancaire helvétique à Genève: «Depuis 10 ans, on a créé une sorte de réalité virtuelle de laquelle on est en train de sortir. 60 à 70% de la hausse des indices a été portée par les rachats d’actions pour les sociétés américaines et chinoises. Dans le même temps, les dividendes sont souvent payés grâce à l’emprunt, ce qui a abouti à une déconnexion totale entre les marchés et l’économie réelle.» 

Le ralentissement économique au cœur des préoccupations

Désormais, le retour à une certaine volatilité semble traduire un sentiment de fin de cycle qui s’installe, porté par des perspectives de croissance mondiale qui marquent significativement le pas. Selon les prévisions de BNP Paribas, la hausse du PIB américain devrait passer de 2,9% en 2018 à 2,1% cette année, malgré le stimulus fiscal à contretemps mis en place par Donald Trump et dont les effets trouvent déjà leur limite.

Même inflexion en Chine qui expérimente un plus bas historique, ainsi qu’en Europe où l’on attend 1,4% de croissance en 2019 contre 1,9% en 2018. Des niveaux encore acceptables en valeur absolu, mais une dynamique négative à laquelle les marchés sont susceptibles de sur-réagir, comme le détaille William De Vijlder, chef économiste à BNP Paribas: «Le risque est que les marchés se fixent d’avantage sur le delta de croissance que sur le niveau de croissance en lui-même, ce qui crée de l’inconfort. C’est comme quand on regarde un très bon film et qu’on sent que la fin arrive, sans savoir quand. On n’en a pas envie, alors ça pourrit les dernières minutes.»

L’analyste garde toutefois une perspective confiante mais prudente: «Rien ne permet actuellement de tabler sur une entrée en récession à court terme. Les marchés dominés par l’aversion au risque vont faire du yoyo, mais tant que la croissance ne connaît pas de dégradation marquée, ils devraient tenir.»

Incertitude, vecteur de stress

Des doutes demeurent cependant quant à la tenue de l’économie mondiale. Les difficultés rencontrées par les valeurs technologiques américaines pourraient se prolonger face à l’émergence de la tech chinoise, estime Peter Rosenstreich, chef économiste de Swissquote à Nyon: «On assiste à un tournant. Les marques chinoises sont en train de surpasser les marques occidentales et de reprendre le marché domestique. L’époque pendant laquelle, pour donner une impulsion à la croissance d’une société technologique occidentale, on se lançait sur un marché chinois encore vierge, est terminée.»

Egalement relevés par les analystes, l’issue incertaine des négociation sur le Brexit, la montée des populismes et des tensions sociales, et les niveaux d’endettement qui font craindre pour les marchés européens. Les prévisions de Goldman Sachs, qui estime à 43% l’entrée en récession d’ici à 2021 ou encore les dix scénarios alarmistes dévoilés en décembre par Saxo Bank  alimentent le stress sur les marchés. 

La possibilité d’un krach?

Dans ce contexte tendu, les positions devront faire l’objet d’une analyse plus approfondie, selon Jacques Lemoisson, responsable analyse macroéconomique chez CBH: «La création de valeur existe encore. Il faut chercher la qualité, un bilan solide, des liquidités et niveaux d’endettement acceptables, et cesser la chasse aux rendements. L’or est une option, diversifier les zones géographiques en prenant moins de positions en Europe reste également envisageable.» Avec le risque pour la Suisse de voir le franc reprendre un rôle de valeur refuge et s’apprécier de manière pénalisante pour l’économie.

Reste que la possibilité d’une correction très marquée voire d’un krach boursier «ne peut être exclue», selon Jacques Lemoisson, qui met l’accent sur le mécanisme pervers des algorithmes, dans lesquels les banques ont continué d’investir plusieurs dizaines de millions depuis 2008: «A priori il n’y a pas de cygne noir qui débouche sur un krach, juste des cygnes gris, des risques plus modérés. Ce qui est inquiétant, c’est la tendance d’algorithmes souvent simplistes à exagérer les mouvements. Si la volatilité devient extrême, ils retirent tous leurs ordres laissant des trous béants, des flash krachs dans lesquels les banques perdent parfois des centaines de millions. Le risque est accru par une génération de jeunes traders-programmeurs, les anciens ayant disparu avec la crise de 2008, qui n’ont connu que la période d’euphorie. On n’est pas certain de leur compréhension de l’environnement et de leur réaction face à une chute des marchés.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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