Bilan

2018, la place financière optimiste

Les emplois bancaires se stabilisent et les défis pour Genève demeurent l'accès au marché et la fiscalité des entreprises, selon la Fondation Genève Place Financière.
  • Contrairement aux idées reçues, le secteur bancaire et financier reste majeur pour Genève.

    Crédits: Keystone

En 2007, la part du secteur financier dans le PIB genevois était de 23%. Le secret bancaire international avait encore cours, la gestion offshore en général et notamment les avoirs russes étaient encore bien présents sur la place, les bonus bancaires étaient au plus haut, et les marges des banques dans la gestion de fortune pouvaient être deux à trois fois plus élevées que de nos jours.

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Changement de décor. Aujourd’hui, la finance représente 12% du PIB genevois, signe des changements de paradigme majeurs qu’a connus la place dans les domaines fiscaux et réglementaires durant la décennie écoulée. Le secret bancaire international a cédé la place à l’échange automatique d’informations. Nombre d’implantations offshore de banques ont été fermées dans des juridictions lointaines, de même que les comptes non déclarés de clients non résidents américains, européens, latino-américains et russes. La part relative du négoce de matières premières et de l'horlogerie a augmenté dans le PIB du canton.

Contribution du secteur financier au PIB genevois

L'emploi plutôt en hausse comparé à 2006

A travers tous ces changements, la résilience de la place financière a été forte. Il n'y a pas eu de chômage bancaire massif. Peu de fusions et acquisitions, sauf pour de petits établissements. De multiples family offices ont fleuri, et les fintech se développent dans les banques et hors de celles-ci. Alors que la place bancaire genevoise employait 18'000 collaborateurs fin 2006, elle en emploie 18'341 aujourd’hui, selon les derniers chiffres de la Fondation Genève Place Financière.

Evolution de l'emploi dans le secteur financier

Dans le fond, la place se retrouve, en termes d'effectifs, au même point qu’au pic de l’euphorie économique de la décennie passée. Cette résilience de la place financière s’explique par «sa diversité et sa capacité d’innovation», souligne Yves Mirabaud, président de la banque éponyme et de la Fondation Genève Place Financière. Désormais, «le règlement du passé n’occupe plus le devant de la scène», a annoncé mardi le banquier genevois, lors de la rencontre annuelle de la Fondation avec les médias. Yves Mirabaud met l’accent sur le «capital humain» comme principal atout de la place financière. «Investir dans la formation et l’attractivité des talents reste plus que jamais une priorité».

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Les défis demeurent l’accès au marché européen des services financiers, et la réforme de la fiscalité des entreprises. L’accès aux marchés revêt une «importance stratégique» pour les banques, car les apports nets d’avoirs de clientèle proviennent en très grande part d’une clientèle résidant à l’étranger. Il s’agit donc, en particulier pour les petites établissements qui veulent éviter une coûteuse implantation dans l’UE, de pouvoir accéder à cette clientèle, tout en travaillant depuis la Suisse et en y créant des emplois, explique le président de la Fondation Genève Place Financière.

L’autre enjeu majeur pour Genève est la fiscalité des entreprises. Le secteur bancaire, avec d’autres secteurs phares comme le trading de matières premières et l’horlogerie, «contribuent 66% de l’impôt cantonal et 70% de l’impôt fédéral direct», relève Edouard Cuendet, directeur de la Fondation Genève Place Financière. Dès lors, le projet de réforme de la fiscalité des entreprises (rebaptisé PF 17 depuis l’échec de la RIE III le 12 février) profitera en premier lieu à ces trois secteurs.

Gare à la concurrence intercantonale

La concurrence intercantonale pourrait jouer en défaveur de Genève, met en garde Edouard Cuendet, tant que se prolongent les incertitudes sur la fiscalité genevoise, alors que le peuple vaudois a voté en mars 2016 déjà pour un taux unique de 13,9%.

Malgré ces points d’interrogation sur les conditions futures de la compétitivité du canton, un vent d’optimisme souffle sur la place financière genevoise. Les résultats des banques sont globalement positifs, grâce à la bonne performance des marchés financiers cette année (paradoxalement aidée par l’élection de Donald Trump et par le vote britannique du Brexit) et aux apports de nouveaux avoirs de clientèle. Ces chiffres améliorés incitent une majorité des banques genevoises à prévoir que leurs effectifs l’an prochain seront stables, voire à supérieurs à 2017, selon l’enquête conjoncturelle 2017-2018 menée par la Fondation et présentée par Edouard Cuendet. En 2016, la réduction d'effectifs était davantage évoquée dans les prévisions des établissements sondés pour 2017.

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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