Bilan

2017, année charnière pour l’emploi bancaire

Après huit années d’érosion de l’emploi dans les banques suisses, 2016 affiche une fragile stabilisation sur les trois premiers trimestres. Le calendrier politique de 2017 pourrait être déterminant pour l’avenir du secteur.

Si les suppressions de postes se poursuivent, notamment dans le back-office, certaines activités affichent d’importantes prévisions de recrutement.

Crédits: keystone

Malgré les vagues de licenciements annoncées l’an passé en Suisse - 4,1% des effectifs des banques sur le seul premier semestre de 2016 - l’emploi semble avoir plutôt bien résisté. Selon l’Association suisse des banquiers (Swissbanking), sur les neuf premiers mois de 2016, la situation de l’emploi enregistre même une croissance de 0,2% en comparaison avec 2015, avec un effectif moyen de 104 066 employés.

De nouvelles compétences dans un secteur en mutation

Difficile de parler déjà d’embellie après un déclin continu depuis 2008, quand la branche employait alors plus de 110 000 personnes sur le territoire. Toutefois, le développement de nouvelles activités financières et la tendance à l’externalisation, notamment dans l’IT, se traduisent d’avantage par une mutation que par une destruction de l’emploi, comme le relève Edouard Cuendet, directeur de la fondation Genève place financière: «Nous sommes passés depuis 2015 sous la barre des 19000 emplois bancaires sur Genève, mais le secteur banque-finance dans son ensemble affiche sur la durée une remarquable résilience autour des 37 000 postes. On note en particulier un transfert de l’emploi depuis la banque vers l’écosystème bouillonnant des fintech, dont le développement -encore perçu encore comme une menace il y a quelques années- et désormais appréhendé comme une opportunité.»

Lire aussi: Les banques suisses confrontées à une pénurie de personnel 

Si les suppressions de postes se poursuivent, notamment dans le back-office, certaines activités affichent d’importantes prévisions de recrutement. La compliance, qui a vu ses effectifs s’étoffer dans le cadre de la préparation de l’échange automatique de données et la régularisation des avoirs non déclarés, continue à être porteuse, comme le détaille Edouard Cuendet : «La force de la place suisse est de pouvoir répondre aussi bien aux exigences d’une clientèle étrangère sophistiquée qu’à des questions pointues liées à la compliance et à la gestion des risques. Ces prestations de services s’étendent à l’ensemble des marchés financiers mais également aux domaines de l’art, de l’immobilier ou encore aux aspects successoraux. Cette compétence incontournable est aujourd’hui valorisée à l’international.» 

Des décisions politiques décisives en 2017

Toutefois, face à ces nouveaux besoins, des difficultés accrues de recrutement se font jour. Selon le moniteur «employeurs banques» publié en 2016 par Swissbanking, 94% des recruteurs interrogés déclarent faire face à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, et près d’un tiers prévoit ou envisage de recruter d’avantage à l’étranger. Une situation qui pourrait être aggravée par la mise en œuvre de la votation du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse», selon Edouard Cuendet: «On constate déjà que quand les banques suisses ne peuvent plus aller démarcher les clients à l’étranger depuis la Suisse, elles recrutent sur place. Si en plus on limite la venue de talents étrangers et qu’on ne met pas fortement l’accent sur la formation dans le pays, la tendance à la délocalisation va s’accélérer.» 

Le secteur, qui fait face à une érosion marquée de ses marges depuis plusieurs années, suit également avec attention la votation sur la RIE III, programmée en février et jugée décisive pour le maintien de conditions-cadre favorables. «Un niveau d’imposition plus bas se répercuterait directement sur les marges du secteur, estime Edouard Cuendet. Il permettrait de dégager des moyens pour investir dans la technologie et la main d’œuvre. La compétitivité de la place bancaire et financière suisse est en jeu.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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