Bilan

2009? Mes prévisions nostradamusiennes

La crainte de se tromper tétanise même les meilleurs. Pourtant, il faut prendre le risque d'avoir tort pour y voir plus clair. Donc, en avant pour des prévisions nostradamusiennes pour 2009... Oui une récession, mais pour combien de temps? Des quatre lettres V, W, U et L décrites dans un article précédent, le marché penche aujourd'hui pour un U: en termes clairs, une reprise lente pour après l'été 2009 et qui apparaîtra dans les statistiques de fin d'année. Evidemment, personne n'en sait rien. Donc toutes les entreprises ont un plan B, au cas où... Grande question: quand l'activer? Les résultats du premier trimestre seront un bon indice. Les chiffres sur les invendus après les Fêtes indiqueront aussi l'état de la consommation.

Le monde sera inondé de dollars

Les consommateurs sont terrorisés. Comment ne le seraient-ils pas? Cent vingt?mille?emplois perdus dans le secteur bancaire mondial et 36000 milliards de francs annihilés sur les bourses n'aident pas le moral... Les gouvernements ont jusqu'ici injecté 3300 milliards de francs en plans de relance. Certes, la perte de richesse fut massive, mais pas celle des revenus: les salaires sont toujours là, même sans bonus. Que vont faire les consommateurs: acheter ou épargner? Je penche pour l'épargne, mauvaise nouvelle pour les plans de relance... Le monde sera inondé de dollars. La dette américaine est de 10300 milliards de dollars. Le déficit budgétaire sera de 1000 milliards, soit 7% du PIB. Les besoins en financement des Etats-Unis sont évalués à 2000 milliards pour 2009. Que fera la Fed' Elle inondera le marché de liquidités, en imprimant des dollars ou en rachetant des papiers-valeurs (quantative easing). La terreur des banques centrales étant le spectre de la déflation (qui augmente aussi le prix des dettes), les taux d'intérêt flirteront durablement avec le zéro... Le dollar restera faible. J'avais prévu la remontée du dollar jusqu'aux élections américaines - pas difficile, c'est toujours comme cela - puis sa chute après. Qui voudra encore des dollars? Bien sûr, les bons du Trésor sont un investissement sûr en période de crise, mais après? L'euro s'est plutôt bien comporté jusqu'à maintenant. De nombreux pays essaieront de s'en rapprocher, Danemark, Suède, pays baltes, etc. Pour la livre anglaise, c'est simple, elle poursuivra sa descente aux enfers. Quant au franc suisse, nous continuerons notre politique de couplage (caché bien sûr) avec l'euro. Où ira l'argent? Wall Street n'est pas morte mais en état critique. Les faillites, les scandales, le manque de crédibilité des instituts de régulation et de contrôle effraient l'investisseur étranger. Or les fonds souverains disposent aujourd'hui de 3000 milliards de dollars et les établissements bancaires des pays émergents ont près de 6000 milliards en devises. Ils vont sans doute chercher à mettre leur argent ailleurs (Singapour?) ou différemment, par exemple dans l'infrastructure ou les entreprises des pays émergents, plus difficilement dans des institutions occidentales.

Des fluctuations ridicules

Le prix des matières premières restera d'une volatilité extrême: 147 dollars pour le baril de pétrole en juillet 2008 contre 39 dollars en fin d'année, -50% sur les matières premières en général. De telles fluctuations sont ridicules. En dessous de 75 dollars le baril, de nombreuses exploitations ne sont plus rentables, y compris les sources alternatives d'énergie. La même volatilité se verra à la hausse quand l'économie repartira et que les pays émergents consommeront de nouveau. C'est ma cinquième récession et on en ressort toujours. Mais dans quel monde? Telle est la vraie question. Un dernier point: la terreur de tout économiste est quand quelqu'un se lève dans la salle et dit «je me rappelle ce que vous avez dit il y a un an...». Merci donc de détruire cet article après l'avoir lu...

Photo: Stéphane Garelli/ © Olivier Evard

Stephane Garelli
Stéphane Garelli

PROFESSEUR À L'IMD ET À L'UNIVERSITÉ DE LAUSANNE, ET DIRECTEUR DU WORLD COMPETITIVENESS CENTER

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Stéphane Garelli est professeur à l'International Institute for Management Development (IMD) et professeur à l'Université de Lausanne (HEC). Ses recherches portent sur la compétitivité des nations et des entreprises sur les marchés internationaux. Il est directeur du World Competitiveness Yearbook, une étude dans le domaine de la compétitivité des nations, publiée par l'IMD. Ce rapport annuel compare la compétitivité de quarante-six nations en utilisant 250 critères.

Président du conseil d’administration du quotidien suisse Le Temps, il est aussi membre de la China Enterprise Management Association, du conseil de la Fondation Jean-Monnet pour l'Europe, de l'Académie suisse des sciences techniques, de la Royal Society for the encouragement of Arts, Manufactures and Commerce et du Conseil mexicain de la productivité et de la compétitivité (Comeproc).

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