Bilan

Se faire une place au sommet des dispositifs médicaux

Carine Schorochoff fait partie du comité exécutif d’Edwards Lifesciences EMEA. La Belge d’origine a gravi les échelons pour finalement arriver à Nyon. L’entreprise du domaine des dispositifs médicaux a obtenu un chiffre d’affaires s’élevant à 3,8 milliards de dollars en 2018.

Carine Schorochoff s'est peu à peu fait une place au sein d'Edwards Lifesciences.

Crédits: DR

Carine Schorochoff dirige aujourd’hui la division Critical Care d'Edwards Lifesciences en Europe. Plus précisément, elle s’assure du bon fonctionnement de six équipes - ce qui représente 110 personnes dans toute l’Europe.

«Ce qui est primordial pour moi ce sont mes équipes. Ma mission est d’assurer les performances de cette division en jouant le rôle de chef d’orchestre entre toutes les fonctions. Je tiens aussi à faire en sorte de maintenir de bonnes conditions de travail pour tous mes collaborateurs et de les accompagner dans leur développement et leur carrière», explique la dirigeante. Avant d’en arriver là, Carine Schorochoff est passée par plusieurs étapes. Entretien.

Bilan: Comment avez-vous accédé à votre poste ?

Carine Schorochoff: J’ai eu la chance que l’on me donne des opportunités - que j’ai pu saisir. Ce que je conseille aux jeunes que je recrute, c’est de penser à ce qu’ils vont créer et léguer à l’entreprise, aux médecins avec lesquels nous travaillons et aux patients. Pour ma part, j’ai abordé chaque rôle de ma carrière en me demandant ce que je pouvais apporter à la fonction. Je me suis toujours demandé ce qui serait quantifiable et qualifiable et sur quoi je pouvais m’appuyer pour éventuellement prétendre à un rôle suivant. De plus en plus, depuis que j’ai mes enfants, ce qui est important pour moi est de pouvoir leur dire ce que j’ai accompli, la valeur que j’ai créée.

Ce qui compte, c’est l’héritage et non le temps passé à chaque étape ?

Tout à fait. Pour donner un exemple, nous avons développé une nouvelle technologie de surveillance hémodynamique permettant de monitorer les patients sous anesthésie. Cette technologie qui capitalise sur l’intelligence artificielle est équipée d’algorithmes prédictifs pouvant alerter les médecins avant qu’un épisode d’hypotension se manifeste pendant la chirurgie. Assurer le bon développement de cette technologie, sa mise à disposition auprès des anesthésistes, et l’obtention de son remboursement est un enjeu majeur pour moi. Et je m’assurerai d’avoir accompli cette mission avant de penser à la prochaine étape de ma carrière.

Comment procédez-vous, pour obtenir le remboursement ?

Nous devons démontrer la valeur médicale et économique de notre technologie en fournissant des données cliniques et médico-économiques aux autorités. Aujourd’hui, les risques liés aux complications post-opératoires sont encore sous-estimés. Les cas de décès pendant la chirurgie sont aujourd’hui très rares. Cependant le nombre de décès survenant après une chirurgie à risque en raison de complications postopératoires reste important - plus de 1 adulte sur 100 (1,5%) décède au cours des 30 premiers jours suivant son opération. De nombreuses recherches ont mis en évidence une forte association entre l'hypotension pendant la chirurgie et le risque de complications graves, voir même de mortalité chez les patients à haut risque. Malheureusement, encore en Europe aujourd'hui, seules 10% des 2,4 millions de chirurgies à haut risque sont réalisées avec l’aide d’un système de surveillance hémodynamique avancé. Il faudrait standardiser l’utilisation de tels systèmes dans la pratique afin de réduire les risques de complications et améliorer la qualité des soins. C’est ce que nous nous efforçons de faire changer.

Comment le travail de l’anesthésiste et des responsables des unités de soins intensifs est-il impacté par vos technologies ?

Les algorithmes prédictifs permettent d’anticiper les problèmes tels que l’hypotension pendant l’anesthésie en salle d’opération et en salle de soins intensifs. Les anesthésistes et les responsables des unités de soins intensifs voient cela comme un progrès très intéressant. Et ce qui est important c’est de travailler ensemble pour démontrer la valeur que nous créons. L’objectif est de diminuer les taux de complications sévères, car elles entrainent des durées de séjours à l’hôpital plus longues. Si vous anticipez les problèmes, a priori les complications vont diminuer - et donc les durées de séjours vont diminuer et les coûts vont diminuer ! Et c’est ce que les études cliniques devront démontrer.

Vous évoluez dans un milieu très technique… comment faire lorsqu’on n’est pas spécialiste ?

Le CV est un tremplin. Ensuite, il faut savoir faire un bon choix pour le premier poste. Et ce afin de se retrouver dans un environnement dans lequel on se sent vraiment passionné. La progression se fait tant sur base des compétences techniques que sur l’attitude face au travail. Pour construire une carrière qui vise à occuper des postes de leadership, il faut être prêt à considérer quelques sacrifices. Mais ce n’est pas une obligation. Certains de nos collaborateurs occupent le même poste depuis des dizaines d’années. Et ce n’est pas une mauvaise chose ! Ils sont à la recherche d’un équilibre qu’ils peuvent contrôler et choisissent en conséquence. J’ai le plus grand respect pour les gens qui sont honnêtes avec eux-mêmes.

Quant à se mettre à niveau sur la technologie… à chaque étape il faut avoir envie d’apprendre, et s’autoriser du temps pour le faire. L’apprentissage se fait discutant avec les ingénieurs qui développent nos technologies et en lisant des études cliniques. Il faut aussi poser beaucoup de questions. Et il est fondamental de passer du temps sur le terrain, pour observer les utilisateurs et comprendre leur environnement et leurs besoins. Aujourd’hui je ne suis évidemment pas une spécialiste en anesthésie, mais je comprends comment ont été développé nos algorithmes et sur la base de quelles données cliniques ils sont bâtis. Par contre il faut également faire attention à ne pas vouloir devenir trop technique, auquel cas on se perd. Car mon rôle est transversal. Je dois suffisamment maitriser les sujets pour poser les bonnes questions et écouter les experts.

Pour revenir à votre situation personnelle: comment lier ce poste à responsabilités et votre vie de famille ?

Mon rôle requiert pas mal de voyages et les journées peuvent être longues. J’ai dû accepter que je ne serais pas toujours à la maison. Mon mari travaille également à temps plein et voyage professionnellement aussi. Comme nous sommes deux expatriés, nous n’avons pas de famille dans la région. Nous avons mis en place des aides à domicile qui ont géré beaucoup de choses et qui nous ont permis de profiter de moments de qualité en famille. Il a aussi fallu veiller à maintenir un dialogue honnête. Pour une femme, c’est aussi important d’avoir un partenaire à l’aise avec l’idée d’avoir une compagne qui s’épanouit dans sa carrière. Il est important d’avoir des moments privilégiés pour les «reality-check» avec son conjoint. Et il faut être clair avec soi-même ; qu’est-ce qui est vraiment important ? Par exemple, Chez nous les dates sont flexibles, les anniversaires se fêtent quand toute la famille est «pleinement» là et disponible plutôt qu’entre deux portes le jour dit…

Les femmes dans la medtech sont encore peu nombreuses. Cela change ?

De fait, le secteur des technologies médicales reste un milieu plutôt masculin. Autant dans l’industrie que dans l’académie, la vie de famille et les charges ménagères freinent la progression des femmes dans le milieu. Et il me tient à cœur de montrer aux femmes qu’elles ont leur place dans les entreprises technologiques. Au sein d’Edwards, nous engageons de plus en plus de femmes pourvues d’un diplôme d’ingénieur biomédical ou d’école de commerces. Les études ont démontré que la diversité et l'inclusion contribuent à la créativité, l'innovation et conduisent à de meilleures performances. Dans notre entreprise, cette culture de la diversité va bien au-delà du spectre hommes/femmes. Il s’agit aussi de promouvoir la diversité des cultures, des parcours, des générations. Et surtout, grâce aux technologies, le monde du travail est en pleine mutation. L’entreprise doit s’adapter, et se montrer attractive pour les jeunes talents. Et je suis heureuse de pouvoir contribuer à porter ce changement.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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