Bilan

Revenir sur le marché de l'emploi après les enfants

Reprendre le travail après plusieurs années d'interruption pour éduquer les enfants reste une démarche difficile, qui demande une préparation spécifique. Des professionnels de la réinsertion nous livrent leurs conseils sur la marche à suivre pour valoriser parcours et compétences extra-professionnelles.
Catherine Ruchet, coordinatrice au Bureau Information Femmes (BIF), à Lausanne connait bien la situation pour y être confrontée régulièrement: «C'est un cas de figure récurrent. Madame s'est occupée des enfants, ça ne va plus très bien dans le couple, une procédure de séparation est envisagée ou en cours.» Pour les plus démunies, le BIF, dont la vocation est d'orienter les femmes vers les organismes les plus adaptés à chaque cas spécifique, peut mettre en contact avec la Croix Rouge pour donner une première formation, en particulier d'aide à domicile. Pour les femmes disposant déjà d'une formation initiale solide, voire pour d'anciennes cadres, la volonté de reprendre peut revêtir des motivations aussi variées qu'un complément salarial, une volonté d'un challenge ou d'indépendance, le besoin de renouer avec un contact social ou simplement développer une activité hors du foyer. Avec chaque fois un même questionnement: comment faire valoir sa période d'interruption de travail et les compétences développées auprès d'un recruteur, et reprendre la confiance nécessaire pour affronter le changement? 1- La gestion du foyer développe des compétences. Un bilan des compétences acquises durant l'éducation des enfants est la première étape. L'Association suisse des cadres propose un programme de validation de l’expérience et des compétences professionnelles et extra-professionnelles des femmes (ouverts à toutes, pas uniquement aux cadres) sur environ trois mois avec quatre entretiens en vis-à-vis et suivis par des coachs spécialisés, dont fait partie Caroline Perroud: «Il faut arriver à formaliser, coucher sur papier et inclure dans le CV les compétences multiples développées dans l'éducation des enfants, ou parfois le travail dans l'ombre au côté du mari. Ces compétences s'entendent en termes de savoir-faire, mais aussi de savoir-être.» En particulier la flexibilité, la capacité à réagir dans l'urgence, la gestion de crise et la capacité d'écoute tout comme l'organisation. La capacité à prioriser des tâches multiples peut également être valorisée, estime Caroline Perroud: «Le changement régulier de casquette, l'activité multi-tâches démontre une adaptabilité aujourd'hui très recherchée sur le marché». 2- De la prise de conscience à la prise de confiance Une fois posées clairement, il faut savoir parler de ses compétences et les faire valoir auprès des recruteurs, des employeurs ou dans le cadre du networking. «La confiance, les femmes doivent la trouver dans leur parcours, relève Caroline Perroud. Tout au long de leur parcours professionnel et extra-professionnel, les femmes ont su trouver des solutions et transcender leurs émotions. Les tactiques de survie développées doivent être exploitées.» Il est également souhaitable de légitimer les compétences développées en demandant autour de soi quelles qualité les gens vous trouvent. Le miroir extérieur peut servir d'objectivation. 3-Apprendre à «lâcher» la maison Abandonner la gestion du foyer après en avoir assumé l'entière coordination pendant des années est vécu inégalement par les femmes. Pour certaines, l'aspect libératoire prend immédiatement le dessus, favorisé par une préparation et redistribution des rôles au sein de la famille. Toutefois, pour d'autres, la perte de contrôle peut se révéler anxiogène, comme l'a constaté Caroline Perroud: «Il faut aussi apprendre à ne pas être toujours là. Cela peut être assez difficile et l'accompagnement sera individuel selon la personne et son parcours. Pour une femme anxieuse, on travaillera par exemple à mettre en place une check-list des points importants à assurer pour être rassurée sur l'essentiel, plus sereine, au moment de partir travailler». Un retour à l'emploi à temps partiel est privilégié dans la majorité des cas avec un 80% ou moins de taux d'activité. Même si, au cas par cas, un 100% peut être assimilé par certaines. 4- Réseautage et mise à jour pour les plus qualifiées Etre très qualifiée, voire même avoir une expérience d'executive ne dispense pas d'une remise à jour et d'un travail de réadaptation. Un programme de retour à l'emploi de femmes avec un niveau de formation universitaire, minimum HES, est mis en place par l'Université de Saint-Gall, et disponible en anglais pour les romandes. Étalé sur un an et demi, à raison de deux jours par mois, dispensé dans des entreprises internationales partenaires par des professeurs de l'Université de Saint-Gall, il comprend douze modules, et prépare au réseautage, à adapter un CV, à l'entretien d'embauche, ainsi qu'une actualisation générale sur les compétences manageriales. Pour Patricia Widmer, coordinatrice du programme, le réseau est essentiel: «Il ne faut en réalité jamais cesser le networking, même avec les enfants, et en cas contraire, le reprendre. Le principe est de rester visible, aller à des conférences le soir, travailler sa présence sur LinkedIn. L'avantage de programmes comme le nôtre est un retour progressif vers l'entreprise, avec notamment un stage de plusieurs mois en général dans une entreprise internationale, comme Nestlé, un de nos partenaires en Suisse romande. Se retrouver ensemble avec d'autres femmes dans la même situation rassure. On voit que l'on n'est pas seule.» A l'issue de la formation, 75% des femmes enchaîneraient soit sur un emploi, soit sur un stage longue durée, selon Patricia Widmer. Au retour toutefois, il ne faut pas nécessairement s'attendre à reprendre directement sur un poste d'executive. Gestion de projet ou assistante de projet sont souvent un passage obligé. Reste pour Patricia Widmer des progrès à faire du côté des entreprises sur l'avantage de recruter une femmes d'une quarantaine d'année, qui revient à l'emploi: «Les entreprises ont encore tendance à se concentrer sur le trou dans le CV. Alors que les avantages sont multiples: elles sont très loyales, ne changent pas tout le temps de job et apportent un stabilité dans une équipe. Un apport précieux quand on sait que les jeunes ont souvent tendance à changer tous les deux ans.»
Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Newsletter Femmes Leaders

Retrouvez chaque semaine les conseils et analyses de la rubrique Femmes Leaders

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."