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Monde volatile et incertain: le défi des administrateurs

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

Cette semaine rencontre avec (Nicole Leyre, Directrice Financière de la société skyguide)

Crédits: DR

Nicole Leyre est Directrice Financière de la société skyguide et membre du conseil de Fondation de lacaisse de pension skycare. Elle est également administratrice de la société l'Habitat de la Prillaz.

Titulaire d'un MBA et d'un Master en Finance, elle a construit sa carrière dans le domaine financier. Elle aoccupé de nombreux postes de direction tout d'abord dans une grande entreprise industrielle cotée en bourse et ensuite dans une PME leader sur un marché de niche. Elle a mené avec succès de nombreux projets de transformation des processus financiers et d'entreprises. Secrétaire du conseil d’administration et membre de conseils d’administration de filiales commerciales pendant plusieurs années, elle a acquis une excellente expérience en matière de gouvernance d’entreprise.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

J'ai découvert la fonction d'administratrice alors que j'étais secrétaire du Conseil d'Administration au sein de l'entreprise pour laquelle je travaillais. J'ai ensuite été administratrice d'une filiale commerciale en Inde et en Chine. C'est à cette occasion que j'ai acquis ma première expérience au sein d'un Conseil d'administration.

En 2012, j'ai eu l'occasion de faire une formation sur le rôle et les responsabilités du Conseil d'administration et cela m'a donné envie de développer mon engagement dans cette voie. Dès lors, j'ai décidé d'adhérer au CSDA afin d'échanger sur ce sujet avec d'autres femmes, lorsque la société l'Habitat de la Prillaz a recherché un administrateur, un processus de recrutement a été lancé et j'ai été sélectionnée car mes compétences étaient complémentaires avec celles des autres membres.

Qu'est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction ?

Le conseil d'administration est l'intermédiaire entre la direction de l'entreprise et les actionnaires. A ce titre, il a la responsabilité de contrôler, de challenger et de soutenir le management et pour ce faire il doit avoir une vision globale de l'entreprise. C'est ce qui m'intéresse particulièrement dans ce rôle: apporter une vue externe, aider le management à prendre du recul par rapport à la gestion opérationnelle de l'entreprise. C'est aussi un travail d'équipe, avec des compétences et des expériences différentes et cela permet d'avoir des échanges enrichissants et de prendre des décisions discutées et finalement partagées.

Quelles sont les compétences clés, et la valeur ajoutée que vous apportez au CA ? 

Du point de vue compétence, mon expérience financière, extrêmement large me permet d'appréhender rapidement l'ensemble des enjeux financiers des entreprises et d'apporter des conseils au management dans ce domaine. Mon expérience dans la transformation des processus financiers et de l'entreprise est aussi un atout. Du point de vue des capacités, ma curiosité naturelle m'amène à m'intéresser à l'ensemble des domaines de l'entreprise et acquérir une vision systémique. Je sais aussi poser les bonnes questions, interroger le management pour l'aider à réfléchir, à remettre en cause certaines idées reçues.

Quelles sont les difficultés de cette fonction, les défis que vous avez rencontrés ?

La plus grand challenge pour un administratricer/teur est de comprendre et connaître suffisamment l'entreprise, son activité son environnement pour pourvoir contrôler les risques et définir la stratégie sans pour autant entrer dans la gestion opérationnelle de l'entreprise qui est du ressort du management. Cela demande une forte expérience opérationnelle à des fonctions de direction pour connaître les rouages d'une entreprise, pour être capable de comprendre les défis du management et pour le soutenir.

Quelle est votre meilleure bonne pratique en termes d’obtention de mandat dans les CA ?

Le réseautage et l'utilisation des réseaux sociaux, l'adhésion à des clubs d'administrarices/teurs tels le CDSA, restent la meilleure façon d'obtenir un mandat. Les femmes doivent aussi se valoriser et mettre en avant les compétences qu'elles apportent plutôt que se centrer sur l'expérience qui peut leur faire défaut, ce qu'elles ont parfois tendance à faire.

Quelles sont les grandes préoccupations actuelles des organes stratégiques des entreprises?

Aujourd'hui les entreprises évoluent dans un monde qui est de plus en plus volatile, complexe et incertain. La mise en place d'une gouvernance solide pour plus de clarté et de transparence, la définition d'une stratégie claire pour donner de la visibilité sont donc essentielles. La responsabilité sociétale et environnementale des entreprises est aussi une préoccupation majeure. Les actionnaires les clients et aussi les collaborateurs, demandent aux instances dirigeantes des entreprises d'intégrer ces dimensions au-delà de la performance économique, de la qualité des produits ou des services et au-delà des conditions de travail.

La crise COVID-19 a exacerbé ces défis. Dans ce contexte le rôle du conseil d'administration est de plus en plus important et c'est pourquoi nous assistons à une professionnalisation de la fonction d'administratrice/teur.

Que manque-t-il pour que les CA d'entreprises suisses comptent davantage de femmes ?

La professionnalisation de la fonction d'administratrice/teur joue clairement un rôle en faveur de l'augmentation du nombre de femmes au sein des conseils d'administration car les méthodes historiques de nomination par cooptation, voir copinage sont de moins en moins de mise. Toutefois l'évolution est extrêmement lente, trop lente et tant qu'une "masse critique" ne sera pas atteinte, je dirais au moins 30% de femmes dans les conseils d'administration, il n'y aura pas de véritable changement de mentalité. Il est donc sans doute nécessaire de renforcer les incitations, voire de mettre ne place des quotas pendant une période transitoire, jusqu'à ce que le nombre de femmes dans les conseils d'administrations soit suffisant pour pouvoir se passer de méthodes coercitives.

Tous les pays Européens qui ont atteint un pourcentage de femme significatif dans les conseils d'administrations sont passés par là.

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