Bilan

L’IA qui met en lumière les femmes scientifiques sur Wikipédia

Plus de 40’000 scientifiques devraient désormais disposer de leur propre page Wikipédia grâce à une intelligence artificielle. La start-up Primer a créé le projet Quicksilver pour valoriser les scientifiques oubliés. Et ce sont les femmes qui en bénéficient le plus.

Réussir à s’établir en tant que scientifique reconnue est un véritable défi, et cela se manifeste jusqu’aux pages Wikipédia des expertes. Joelle Pineau, par exemple, est une roboticienne canadienne. Elle dirige notamment le laboratoire de recherche sur l’intelligence artificielle de Facebook, à Montréal, mais n’avait pas sa propre page Wikipédia jusqu’à l’apparition de «Quicksilver». Ce projet est né de la volonté de la start-up américaine Primer de rendre visibles les scientifiques. Une intelligence artificielle créé ou complète les biographies des hommes comme des femmes. Cependant, ce sont principalement ces dernières qui demeurent dans l’ombre. Sur 1’557’032 biographies en anglais, l’encyclopédie en compte 82.3% d’hommes et 17.7% de femmes. Les chiffres des pages francophones sont similaires, avec également une forte propension de célébrités masculines. 

Quand l’IA cohabite avec l’humain

L’absence de certaines figures pourtant importantes dans leur domaine provient d’erreurs humaines, selon les développeurs du projet Quicksilver. Ils expliquent dans leur blog que les volontaires réalisent un travail titanesque pour mettre par écrit leurs connaissances, mais sont parfois biaisés ou omettent d’inclure des informations. D’où l’intérêt de les aider avec une intelligence artificielle capable de déceler les failles.

Si les algorithmes sont déjà utilisés pour détecter le vandalisme et identifier les articles trop peu étayés, les machines sont capables d’en faire davantage. «Elles peuvent traquer et résumer les informations manquantes dans les articles Wikipédia. Elles peuvent même identifier des articles qui sont totalement absents, et générer un premier brouillon». Ces textes rédigés par l’intelligence artificielle sont composés de phrases simples. L’un des grands avantages est que l’AI permet un référencement systématique, et est capable de mettre à jour les pages régulièrement, à mesure que des articles paraissent à leur sujet.

L’IA propose une centaine d’ébauches de bibliographie et encourage les contributeurs de l’encyclopédie à s’en emparer. A terme, ses créateurs espèrent lancer une synergie entre volontaires et intelligence artificielle. Avec l’un qui corrige les erreurs de l’autre.

Création d’un justicier

Pour mettre au point Quicksilver, les développeurs ont utilisé le concept du machine learning. Avec pour modèles 30’000 articles déjà publiés sur Wikipédia, l’intelligence artificielle a assimilé les informations sur la page du scientifique elle-même, mais aussi à travers les références qui y figurent. Ce panorama complété avec les articles de presse a permis à la technologie de trouver 40’000 personnes inexistantes aux yeux de Wikipédia. Pourtant, elles avaient toutes autant - voire davantage - publié que leurs pairs.

Le temps de la révolution des chercheuses ?

La création du projet s’inscrit dans un mouvement général de féminisation de la science. Selon un rapport de l’UNESCO, moins d’un tiers des scientifiques dans le monde sont des femmes. La Suisse fait un peu mieux avec 33.5% de chercheuses. Des communautés comme celle de «500 Women Scientists» luttent pour faire reconnaître leur expertise. La création du collectif est en grande partie dûe aux discours prononcés lors des élections présidentielles américaines. Les fondatrices dénoncent également les mouvements anti-science. Elles l'écrivent dans un plaidoyer: «dans le monde entier, les femmes, en science et ailleurs, doivent faire face quotidiennement à la discrimination, aux salaires inégaux et au manque d’opportunités. Notre objectif, de créer une société plus juste à travers la recherche scientifique n’a pas commencé avec cette élection, mais cette dernière l’a bien ravivé».

Le collectif a notamment mis en place une plateforme de recommandation d’expertes. Une liste recense toutes les scientifiques ainsi que leurs domaines de prédilection, afin de faciliter la prise de contact de la part de médias ou d'organisateurs d’événements.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de sociétés, au business du sport et aux jeux vidéo.

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