Bilan

L’équité homme-femme pourrait rapporter 12 000 milliards

Aniela Unguresan, la cofondatrice de la Fondation EDGE, nous dévoile ses projets.

Exploiter le potentiel des femmes au travail: c'est l'objectife affiché par EDGE.

Crédits: DR

«D’après le dernier Global Gender Gap publié par McKinsey, s’il y avait autant de femmes contribuant au monde du travail que d’hommes, alors le PIB mondial augmenterait de 12 trillions de dollars, soit 12 000 milliards de dollars». C'est ce que nous répond Aniela Unguresan quand on l’interroge sur ce qui l’a motivé à fonder EDGE (Economic Dividends for Gender Equality) en 2009 à Genève avec Nicole Schwab, la fille du fondateur du World Economic Forum. Nous rencontrons cette économiste, ancienne collaboratrice d’Arthur Andersen, dans une salle du Musée Kirchner, une des rares oasis de tranquillité du 50ème Forum Economique Mondial à Davos. Cette étude constate que ce sont 78% des hommes en âge de travailler qui travaillent effectivement alors que seules 55% des femmes le font. Les 12 000 milliards de dollars représenteraient le différentiel si le taux de femmes travaillant passait d’ici 2025 à 78%. «Même si cela reste un modèle théorique, c’est très motivant.»

Crédits: EDGE.

Pourquoi une telle perte de potentiel ? «C’est la première motivation qui nous a poussé à créer EDGE. Mais pour y parvenir, il faut pouvoir rendre le travail des femmes plus attractif. Comment faire aussi pour faire évoluer les cultures des entreprises ? EDGE est à notre avis une solution qui aide les entreprises à avoir une démarche structurée pour avoir la meilleure représentation possible de l’égalité.» Comme le résume Aniela Unguresan, il y a trois composantes dans cette équation : les hommes, les femmes et les organisations. «Nous constatons que les hommes aspirent à travailler différemment. Ils souhaitent être davantage impliqués dans la vie de leurs enfants ou de leurs parents qui vieillissent. Il n’est plus faisable de travailler pendant cinquante ans à plein temps. Il faut amener davantage de souplesse.»

A ce jour, ce sont environ 300 entités (principalement des entreprises, mais aussi des ONG ou des organismes comme la Banque Mondiale) qui ont décroché la certification EDGE. Parmi elles, plus d'une dizaine sont établies en Suisse : Ikea (Suisse), Allianz (Suisse), Swiss Ré, Pictet & Cie, Lombard Odier & Cie, le CICR, Firmenich, Axa (Suisse), Deutsche Bank (Suisse), Roche Pharma (Suisse), Zurich Assurances, et, prochainement L’Oréal (Suisse). Concrètement, de quoi s’occupe EDGE ? Le premier pilier est une mesure précise du nombre de femmes présentes aux différents échelons et selon les services (production, administration, informatique, vente, etc.). Le second pilier concerne la rémunération salariale. Le 3e pilier a trait à l’efficacité des politiques et des pratiques internes pour s’assurer de l’existence d’opportunités de carrière égales. Enfin, le 4e et dernier pilier, traite de la culture d’entreprise. Est-elle inclusive ou non ? «Il y a d’abord une phase de préparation à la certification. Cette phase est réalisée à l’interne en utilisant notre plateforme technologique. Ce processus s’étend généralement sur douze semaines, mais cela ne représente en réalité qu’un travail de 5 à 8 jours à plein temps.»

Les connections de Nicole Schwab avec le WEF ont-elles contribué au succès d’EDGE ? Pour nous répondre, Aniela Unguresan nous raconte une anecdote : «En 2012, j’ai rencontré le président de la Banque Mondiale à New York en participant à une table-ronde à ses côtés. Peu après, ce dernier m’a donné un rendez-vous à Washington. Par la suite, une fois que la Banque Mondiale a effectué la certification, les autres banques centrales ont suivi le mouvement. Autrement dit, je ne sais pas s’il y a un effet WEF. Je pense plutôt que cette thématique est montée en puissance.»

Aniela Unguresan insiste sur le fait que l’analyse s’effectue avec la rigueur d’une vraie science. D’une part, lorsqu’il a fallu développer des standards de performance, EDGE a pu s’appuyer sur une douzaine de scientifiques réputés, des professeurs d’université. Ce sont eux qui sont à l’origine de la méthodologie EDGE. Puis dès 2010, quelques entreprises pilotes ont testé cette méthodologie. Enfin en 2011, les deux fondatrices ont réussi à convaincre Pierre Nanterre, le CEO d’Accenture, de leur développer gratuitement une plateforme informatique. Cela permet aux entreprises de savoir où elles se situent par rapport aux standards de performance. Puis des auditeurs indépendants (Intertek, SGS et Flo-cert) vérifient que le travail effectué correspond à la réalité. Les six premières entreprises à être certifiées l’ont été en octobre 2013, parmi elles Lombard Odier et l’Oréal USA. «La certification est valable deux ans. Faire cet exercice tous les dix ans ne suffirait pas. Ce sont des équilibres très dynamiques. La revue des salaires s’opère chaque année.» Selon le WEF, à la vitesse actuelle, il faudra encore 272 ans (!) pour qu’il y ait autant de femmes que d’hommes à travailler. Sur les trois niveaux EDGE – assess, move et lead – seules deux entreprises ont atteint «Lead», soit IKEA Suisse et SAP Chine. Comment explique-t-elle cela ? «Il y a un certain nombre d’ingrédients secret : la mesure claire et objective ; la mesure du progrès réalisé ; le support de l’équipe de direction ; les ressources allouées à ces projets ; la responsabilité par rapport aux résultats. Autrement dit, si on se donne des objectifs, il faut ensuite prendre la responsabilité de les atteindre, sans se chercher mille excuses.»

Qu’en est-il des projets de la fondation EDGE ? « Tout d’abord, il s’agit de communiquer davantage sur nos standards, très structurés et scientifiques. Puis, continuer de travailler avec les investisseurs pour qu’ils soutiennent les entreprises dans leurs démarches, lesquelles nécessitent certaines dépenses. Pour ce faire, nous travaillons déjà avec l’ILN (Investors Leadership Network), un réseau de caisses de pension, principalement canadiennes et américaines, qui travaillent sur le long terme. Enfin, nos clients sont généralement des entreprises qui ont une chaîne de valeur extrêmement longue. D’où la nécessité de faire en sorte que toute la chaîne soit impliquée.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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