Bilan

«L’éducation à l’égalité reste embryonnaire»

En pleine promotion pour son dernier album, The End, Zep a accepté de répondre à Femmes Leaders sur la libération de la parole des femmes au sujet du harcèlement.
ZEP a longtemps travaillé la question de l’égalité entre les sexes. Qu’il s’agisse de son oeuvre – on connaît Titeuf …mais aussi son ‘alter égo féminin’, Nadia-, des campagnes contre le harcèlement qu’il a réalisées notamment pour la ville de Genève, ou d’actions auxquelles il participe, notamment récemment, avec l’Etat français dans des écoles. Son Guide du zizi sexuel, véritable best-seller a contribué à dédramatiser la question de la sexualité chez les enfants et les adolescents, alors que Happy sex l’a fait pour les adultes. Un rapport sain à la sexualité reste pour Zep une question centrale pour construire une réelle égalité hommes-femmes. [caption id="attachment_4298" align="aligncenter" width="225"]Une campagne contre le harcèlement sur un bus genevois, illustrée par ZEP. Une campagne contre le harcèlement sur un bus genevois, illustrée par ZEP.[/caption]

Comment observez-vous le mouvement #Metoo?

C’est évidemment très bien. Mais en termes d’éducation à l’égalité, l’école devrait proposer plus de choses sur ce thème. Il y a l’éducation civique pour aborder ces questions mais cela reste embryonnaire. Je constate que si on est peut-être ‘monté d’un cran’ en termes de sensibilisation sur l’égalité hommes-femmes par rapport à ma génération, il y a toujours des retours en arrière. On voit des enfants qui ne veulent plus des maîtresses mais des maîtres, pour des raisons religieuses! Chacun a le droit d’avoir la religion qu’il veut, mais il est important de marquer les avancées sociales que nous avons faites, nous ne pouvons pas revenir en arrière pour des questions de mode et cela mérite d’être défendu.

Vous avez beaucoup travaillé sur la question de l’éducation sexuelle, pourquoi est-elle importante à vos yeux ?

J’avais fait le Guide du zizi sexuel et Happy sex, effectivement. L’éducation autour de la sexualité est un enjeu important, notamment pour pouvoir faire de la sexualité quelque chose de drôle. Le risque, sinon, c’est qu’elle provoque un blocage dans les relations, et devienne un catalyseur de violences relationnelles, au sein du couple ou au travail. Ne pas en parler est anxiogène. On finit par inventer plein de choses autour. Il faudrait au contraire l’anticiper, comme le fait d’avoir un métier plus tard. Quand ça arrive d’un coup, sans préparation, c’est violent, il y a beaucoup d’informations à gérer d’un coup (rires). Le fait qu’il y ait de plus en plus de femmes dans des postes dirigeants c’est hyper important. Mais cela reste hallucinant de voir que c’est encore compliqué, ou qu’on puisse se faire siffler ou subir des remarques parce qu’on marche en jupe à 22 heures en ville. Parfois je me dis que certaines choses que je pensais acquises ont été perdues.

Par exemple ?

Enfant, dans les années septante et à la télévision il y avait des films et des émissions libérées autour de la sexualité. Le sexe était vécu comme un épanouissement, la nudité assez facile. Puis est arrivé le Sida est le sexe est devenu synonyme de mort. Un tabou s’est installé. Et aujourd’hui, on se retrouve avec des films «familiaux» qui évoquent le sujet par allusions, parfois incompréhensibles pour des enfants. Je trouve cela bizarre. On n’ose pas aborder la question de manière éducative et compréhensive.

Le congé paternité, une évidence pour vous?

Oui, pour ma part, je travaillais de chez moi et c’était donc évident que je m’occupe de mes enfants lorsqu’ils étaient petits. Mais je crois qu’il ne suffit pas d’avoir le congé paternité sur un plan juridique. Si chacun peut désormais endosser tous les rôles, il faudra une éducation en conséquence, sinon on va s’engueuler en permanence, puisqu’on aura toujours l’impression de faire plus que son conjoint. Je viens d’un modèle de famille assez traditionnel –père actif, mère au foyer-. Je préfère largement l’équilibre actuel, mais le congé paternité, en demandant à chacun de pouvoir se mettre à la place de l’autre va complexifier les rapports humains, tout du moins pour la génération actuelle. Pour les enfants, je crois que c’est acquis. Ma fille adore le foot, mon fils pas du tout. Aucun d’eux n’envisagent les métiers de manière genrée. Je crois que certaines avancées, petit à petit, ont été réalisées.   The End, Zep, Editions Rue de Sèvres, 19 euros, sortie le 26 avril en Suisse.  
Camille Andres

JOURNALISTE

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