Bilan

Le jour où… Julia Gillard a fait un discours anti-sexiste

L’ex première ministre australienne, aujourd’hui militante pour l’éducation -notamment celle des filles- s’est fait connaître mondialement en 2012 par son discours contre la misogynie.
Julia Gillard est la première femme premier ministre d’Australie, une vraie gageure dans ce pays pour cette femme, athée, sans enfant, d’origine britannique. Durant son adolescence dans les années 70, «les filles ont des cours de cuisine et les garçons des ateliers de mécanique», raconte-t-elle lors de son allocution à la Simmons Conference de Genève, rencontre internationale de femmes destinée à lutter contre les inégalités de genre. Issue d’une famille qui croit fortement au pouvoir de transformation qu’offre l’éducation, elle s’engage immédiatement en politique, au sein du parti travailliste, durant ses études, lorsque le gouvernement conservateur d’alors décide de remettre en place des frais pour pouvoir intégrer l’université. Son parcours est brillant. Diplômée en droit, avocate, Julia Gillard est députée de 1998 à 2007, vice-premier ministre de 2007 à 2010, premier ministre et leader du parti travailliste de 2010 à 2013. Comme beaucoup de pays, l’Australie est marquée par l’inégalité femmes-hommes: ces derniers dominent le débat économique, les femmes y sont moins bien payées… La politicienne de gauche se souvient avoir expérimenté une grande solitude lorsqu’elle est arrivée au pouvoir: «j’ai connu des réunions où la seule autre femme dans la pièce était là pour servir le café». Elle subit aussi de nombreuses attaques extrêmement violentes sur le fait de ne pas avoir d’enfant. Comme toutes les femmes en politique, ses tenues vestimentaires sont largement commentées. Alors le jour où un leader de l’opposition, ouvertement misogyne, accuse Julia Gillard de défendre un allié politique accusé de harcèlement sexuel et d’être elle-même sexiste, son sang ne fait qu’un tour. Et dans un discours politiquement habile -puisqu’elle change le focus même du débat- elle s’en prend au sexisme ordinaire de son accusateur, qu’elle pointe, faits et dates à l’appui. La rhétorique et la voix de l’ancienne avocate font le reste: son réquisitoire implacable contre le sexisme devient viral, au point d’être simplement connu aujourd’hui comme LE ‘misogyny speech’. Jugez plutôt.

«Je ne recevrai pas de leçons sur le sexisme et la misogynie de cet homme. Pas question. Et le gouvernement ne recevra pas de leçons sur le sexisme et la misogynie de cet homme. Ni aujourd'hui, ni jamais. Le chef de l'opposition dit que les gens qui sont sexistes et misogynes ne conviennent pas à de hautes fonctions. Eh bien j'espère qu'il a un bout de papier et qu'il écrit sa propre démission, parce que s'il veut savoir à quoi ressemble la misogynie dans l'Australie moderne, il n'a pas besoin d'une motion à la Chambre des Représentants, il a besoin d'un miroir.»

  https://www.youtube.com/watch?v=SOPsxpMzYw4    
Camille Andres

JOURNALISTE

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