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«Le conseil d’administration doit «sentir» l’entreprise»

Parce plus d’égalité homme-femmes c’est aussi plus de femmes dans les instances représentatives et dirigeantes, Femmes Leaders by Bilan vous propose chaque mois une rencontre avec une femme membre d’un conseil d’administration. De quoi inspirer de nouvelles candidatures ? Un texte réalisé en partenariat avec le Cercle Suisse des Administratrices.

Véronique Gigon a côtoyé les plus hautes sphères dans le secteur de l'environnement.

Crédits: DR

Cette semaine, rencontre avec Véronique Gigon, administratrice indépendante et membre de conseils d’administration dans le domaine de la mobilité (CFF et ASm AG) et de l’énergie (EDJ SA). Avocate de formation, elle a auparavant assumé plusieurs fonctions dirigeantes dans le département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, notamment en qualité de secrétaire générale adjointe de l’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard.

Comment êtes-vous devenue administratrice?

    Dans ma fonction précédente, la gouvernance d’entreprises liées à la Confédération (CFF, Swisscom, Poste) faisait partie de mon portefeuille de tâches. En qualité de représentante de l’actionnaire principal, j’étais en contact régulier avec leurs conseils d’administration et leurs directions. Cela m’a permis de suivre leur travail et leurs défis pendant quelques années. Lorsqu’un poste correspondant à mon profil a dû être repourvu au conseil des CFF, j’ai décidé de présenter ma candidature et de quitter l’administration fédérale. Après mon élection aux CFF, d’autres mandats se sont présentés.

    Qu'est-ce qui vous intéresse le plus dans cette fonction ?

    Le conseil d’administration porte la responsabilité de l’entreprise. Il lui incombe d’avoir une vision globale de celle-ci et de l’environnement dans lequel elle évolue afin d’assurer son avenir. Pour remplir ce rôle, ce qui m’intéresse particulièrement est la possibilité d’interagir au sein d’un collège d’administrateurs, mais également d’échanger avec la direction et les spécialistes de l’entreprise. A mon avis, la complémentarité des membres composant le conseil d’administration est la clé de sa performance. Cette complémentarité concerne les différentes compétences et les expériences professionnelles nécessaires aux activités de l’entreprise. Mais elle concerne aussi la diversité (genres, langues, classes d’âges et personnalités) et donc les différents angles de vue qu’apportent les membres du conseil. 

    Quelles sont les compétences clés, et la valeur ajoutée que vous apportez au CA ?

    Ma formation juridique combinée avec une longue expérience en management - notamment comme directrice suppléante de l’office fédéral de la communication - me permettent d’appréhender plusieurs facettes des questions auxquelles un conseil est confronté. Par exemple en mettant en lumière les contraintes du cadre légal et le contexte politique, mais aussi les éventuelles difficultés que peut représenter la mise en œuvre concrète des décisions.

    Ma valeur ajoutée consiste principalement en une excellente connaissance des politiques publiques, en particulier dans les domaines de la mobilité, de l’énergie, de l’environnement, du développement durable et des nouvelles technologies. A cela s’ajoutent ma connaissance des mécanismes décisionnels au niveau fédéral et cantonal ainsi qu’un large réseau professionnel.

    Travailler dans les conseils d’entreprises différentes signifie qu’il faut apprendre à connaître leurs spécificités respectives et leur environnement pour bien comprendre le contexte dans lequel les décisions stratégiques seront prises. Le conseil d’administration n’a pas de rôle opérationnel, mais il doit «sentir» l’entreprise pour pouvoir apporter un regard critique, identifier les éventuels aspects problématiques et trouver les solutions adéquates et porteuses d’avenir. 

    Quelles est votre meilleure bonne pratique en termes d’obtention de mandat dans les CA ?

    Selon mon expérience, il faut manifester à chaque occasion son intérêt à devenir membre de conseil d’administration en le communiquant à son réseau et en utilisant les canaux donnant une visibilité, tels que des organisations - par exemple le cercle suisse des administratrices - ou des headhunters spécialisés.

    Il ne faut pas hésiter à mettre en avant le know how et les expériences pertinentes que l’on apporte. Avoir plusieurs cordes à son arc est clairement un avantage !

    A côté des thèmes classiques comme le développement stratégique et le positionnement de l’entreprise, les finances et l’analyse des risques, la transformation numérique et ses conséquences sur les processus et le modèle d’affaire constituent un sujet incontournable. La gouvernance d’entreprise devient également une préoccupation importante. Cela implique par exemple de régler clairement les rôles des différents organes de la société ou les conflits d’intérêts pouvant résulter des différents mandats des membres du conseil.

    Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore une volonté réelle d’engager des femmes dont l’expérience ne correspond pas aux profils masculins usuels. Les femmes n’ont souvent pas pu assumer de fonctions dirigeantes en raison de leurs charges familiales et du travail à temps partiel. Par contre, elles ont pu accumuler d’autres expériences de conduite, que ce soit dans des organisations de projets ou dans le monde associatif. Mais cela est trop peu valorisé. Les femmes quant à elles font parfois preuve d’une trop grande prudence et renoncent à se lancer dans des activités pour lesquelles elles pensent ne pas remplir l’ensemble des exigences. Un peu plus d’audace de tous côtés pourrait faire évoluer les conseils d’administration vers plus de diversité.

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